Il est « l’inventeur » de la nouvelle cuisine, mais ce critique gastronomique préfère se définir comme un « flâneur de la fourchette ». Auteur d’un savoureux Dictionnaire de la gastronomie, Christian Millau a l’art de ne pas mâcher ses mots, sans mettre les pieds dans le plat. Rencontre avec un gentleman gourmand.

Ce jeune homme de 79 ans a su rester simple. Voilà quelqu’un qui s’est assis dans les plus grands restaurants du monde, et pas qu’une fois. Mais Christian Millau reçoit dans un bistrot parisien, le Paul Bert, où la daube choisie dans la joue de bœuf n’a pas son pareil. Il pourrait se vanter d’avoir « découvert » les plus grands chefs, Michel Guérard ou Alain Senderens, comme Christophe Colomb l’Amérique. Car, c’est lui qui a planté sa fourchette sur ce nouveau continent, aussitôt baptisé, avec son camarade Henri Gault, « nouvelle cuisine française ».
La cuisine, reflet de la société

Mais non, « que ce soit clair, nous n’avons rien inventé, déclare-t-il d’emblée, c’était dans l’air. Les chefs faisaient à l’époque une cuisine qu’ils avaient apprise, et souvent qu’ils ne mangeaient pas. La hiérarchie des étoiles du guide Michelin reflétait une France officielle figée dans la mayonnaise, et prisonnière de figures imposées. Par exemple, le veau devait forcément être accompagné d’épinards.

Alors, nous avons fait notre révolution de palais, en lançant un magazine gastronomique en 1969, dans la foulée de Mai 68. Ce n’est pas un hasard, la cuisine est le reflet de la société ». Quatre ans plus tard, les deux compères remettent le couvert. Ils cherchent une idée de couverture, et titrent « Vive la nouvelle cuisine », en donnant les dix commandements de ce mouvement minimaliste. « Des cartes plus courtes, des temps de cuisson réduits, des plats plus épurés, avec une cuisine du marché, et le souci de la diététique, raconte Christian Millau, avec la candeur d’un commis qui vient de mettre au point le bain-marie. « Nous avions même ajouté un onzième précepte : l’amitié ». Tout paraît évident aujourd’hui, à tel point que Joël Robuchon estime que « la nouvelle cuisine, c’est celle que je fais tous les jours, depuis toujours. »

Un formidable conteur

Gourmand, plus que gourmet, il y tient, Christian Millau se révèle surtout comme un formidable conteur. Qui d’autre pourrait raconter un banquet chinois, impérial en tous points, au cours duquel il eut l’occasion de déguster de la queue de daim « au goût durable et très fin », ou du corail de crabe aux pignons de pin ? Au mot « bouillabaisse », il passe en revue toutes les recettes, à la morue comme à Martigues, au vermouth à Agde ou bien aux bettes et à l’oseille près de Toulon, avant de conclure que « la vraie », il l’a mangée à Shanghaï, chez Madame Rosy. Le lit n’est jamais loin de la table, c’est bien connu, et, sur ce chapitre, Millau garde une discrétion de confesseur, préférant l’allusion au bavardage. Mais son récit est lardé d’anecdotes, qu’il a l’air de ramasser comme des truffes au bois de Boulogne, en plein Paris. On en trouverait même du côté de Meudon, ou de Rambouillet. Alors, grâce au réchauffement climatique, à quand la truffe en Bretagne ? « Vous êtes déjà bien doté, réplique celui qui a ses habitudes chez Olivier Roellinger. C’est une des rares régions où la symbiose entre la terre et la mer soit parfaite, où la proximité entre maraîchers et pêcheurs est si forte. Avec des chefs allumés, comme Jean-Paul Abadie à Lorient, ou Patrick Jeffroy à Carantec. » Allumés, dans sa bouche, cela désigne autant ceux qui ont la flamme, que ceux qui sont habités par ce qu’ils font. Avec en prime, la fantaisie des jongleurs !

Un ouvrage à picorer au fil des pages

Bref, on ne s’ennuie jamais dans cet ouvrage à picorer au fil des pages et de l’ordre alphabétique. Qu’importe si le terme « gastronome » donne des boutons à l’auteur, parce qu’il suppose « des secrets que détiendrait le membre d’une secte réservée à de prétentieux initiés ». Il aurait en effet préféré écrire un dico de la cuisine, mais le mot était déjà pris par Alain Ducasse, qui a déjà signé un livre dans la même collection, et dont Millau assaisonne sa cuisine de palace d’un « ennui princier », qui sonne comme un enterrement de première classe. « Ceci n’est qu’un dictionnaire, conclut-il. Les Mémoires d’avant-tombe, on verra plus tard. » « Dictionnaire amoureux de la gastronomie », par Christian Millau, Plon. 25 euros.

Thierry Dussard
admin On December - 31 - 2008

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.

  • RSS
  • Delicious
  • Digg
  • Facebook
  • Twitter
  • Linkedin
  • Youtube
kristen_stewart_wide_2-wide

Kristen Stewar

La seule « habitude de diva » de Kristen Stewart ...

TN0301114.eps

Un dîner presque pa

Le succès du divertissement lui vaut prime time et nombre ...

beyonce-7413

Beyoncé prépare un

Après Gwyneth Paltrow et Eva Longoria, c'est au tour de ...

sans-titre

Pour aider le Sidact

Aujourd’hui, partout en France, 170 cuisiniers patrons de restaurants se ...

imagesCA6KZ3DI

Cuisine : La transmi

Le chef présidait le jury pour la partie cuisine du ...

Autres sites

  • Et vos vacances prennent un autre sens en gîte rural
  • Retrouvez nos livres de cuisine.
  • Matériels de cuisine pour particuliers & professionnels
  • 1001 Recettes de cocktails

stack