RÉPUBLIQUE FRANÇAISE AVIS ET RAPPORTS DU CONSEIL ECONOMIQUE ET SOCIAL
Etude présentée par Mme Michelle Ologoudou
LE RÔLE DE L’ÉDUCATION DANS L’ALIMENTATION
I
SOMMAIRE
Pages
INTRODUCTION…………………………………………………………………………………..3
I – LES GRANDES TENDANCES DES COMPORTEMENTS
ALIMENTAIRES…………………………………………………………………….5
1. Les tendances lourdes de l’environnement économique et social
à l’origine des modifications du comportement alimentaire …………6
2. L’évolution des consommations alimentaires……………………………13
3. L’observation des consommations alimentaires au travers de
l’enquête INCA, les premiers résultats du baromètre « santénutrition
2002 » publiés par l’Institut national de prévention et
d’éducation pour la santé et les résultats de l’enquête
SUVIMAX………………………………………………………………………….27
II – L’INTÉRÊT D’UNE EDUCATION À L’ALIMENTATION ………..37
1. Les états généraux de l’alimentation ……………………………………….37
2. Au niveau européen : la résolution du Conseil du 14 décembre
2000 …………………………………………………………………………………..38
3. Le programme national nutrition santé (PNNS)………………………..38
4. L’éducation au goût et au plaisir …………………………………………….43
5. Une situation particulière à prendre en compte : les personnes en
situation de précarité …………………………………………………………….49
III – LES ACTEURS DE SA MISE EN OEUVRE ……………………………..55
A – LES ACTEURS ESSENTIELS …………………………………………………55
1. La famille ……………………………………………………………………………55
2. L’Education nationale …………………………………………………………..62
B – LES AUTRES ACTEURS………………………………………………………..82
1. Le rôle des diététiciens ………………………………………………………….82
2. Le rôle des interprofessions……………………………………………………82
3. La grande distribution……………………………………………………………89
4. Les industries agroalimentaires ………………………………………………89
5. La restauration hors domicile …………………………………………………95
6. Les services de l’Etat et les autres organismes impliqués dans
cette mise en oeuvre……………………………………………………………..98
IV – UNE ÉDUCATION AXÉE SUR LE DISCERNEMENT QUI
S’ADRESSE À L’ENSEMBLE DE LA POPULATION………….103
A – L’INFORMATION DU CONSOMMATEUR …………………………..103
1. L’étiquetage……………………………………………………………………….103
2. Les allégations……………………………………………………………………111
3. Produits « diététiques » et compléments alimentaires ………………114
II
4. Problèmes particuliers d’étiquetage……………………………………….114
5. Les signes officiels de qualité et d’origine ……………………………..118
B – UN ESPRIT CRITIQUE À DÉVELOPPER………………………………121
1. L’action des associations de consommateurs ………………………….122
2. Le rôle de l’Institut national de la consommation (INC) …………..123
CONCLUSION ET PROPOSITIONS…………………………………………………..125
ANNEXES…………………………………………………………………………………………..129
Annexe 1 : Résultat du vote de l’étude en section………………………………………131
Annexe 2 : Liste des personnalités rencontrées………………………………………….133
Annexe 3 : Tableau récapitulatif des émissions gastronomiques françaises …..135
Annexe 4 : Liste des sigles ……………………………………………………………………..137
1
Le 25 juin 2002, le bureau du Conseil économique et social a confié à la
section de l’agriculture et de l’alimentation la préparation d’une étude sur « Le
rôle de l’éducation dans l’alimentation ».1
La section a désigné Mme Michelle Ologoudou comme rapporteure.
Pour son information, la section a procédé à l’audition de :
- M. Christian Babusiaux, conseiller maître à la Cour des comptes,
président du Conseil national de l’alimentation ;
- M. Bernard Chardon, directeur du comité scientifique de Sodexho
France ;
- M. Jean-Pierre Corbeau, sociologue ;
- Mme Christine Kerneur, de la direction de l’enseignement scolaire au
ministère de la Jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche ;
- M. Patrick O’Quin, directeur des relations extérieures au groupe
Danone.
La rapporteure a, par ailleurs, rencontré de nombreuses personnalités 2.
La section et la rapporteure remercient l’ensemble de ces personnalités
pour leur contribution à la préparation de cette étude.
1 Le résultat du vote de l’étude en section figure en annexe 1.
2 Voir en Annexe n°2 la liste des personnalités rencontrées.
2
3
INTRODUCTION
Le sociologue Claude Fischler, spécialiste de l’analyse des comportements
alimentaires, a fait ressortir1 qu’il existe un paradoxe de la prospérité : dans
toutes les sociétés dites d’abondance, celles qui ont surmonté les problèmes de
pénurie, l’alimentation est de plus en plus un sujet problématique. A l’échelon de
la santé publique comme à celui des individus, plusieurs problèmes sont posés.
Les uns concernent les aliments et leur mode de production ( ). Les autres
mettent en cause le mangeur lui-même ou ce que les médecins appellent son
comportement alimentaire ».
En premier lieu, poursuit-il, la période récente, en particulier depuis 1996
et la première crise de la vache folle, a propulsé au premier plan de l’actualité et
du débat public la question de la sécurité alimentaire2. Les crises qui se sont
succédé ont eu pour effet notamment de mettre en cause radicalement le
processus de production agroalimentaire qui s’était progressivement mis en place
depuis les années 50 et que l’on taxe aujourd’hui de productiviste…».
M. Fischler note que « dans tous les pays développés, les produits
transformés par l’industrie agroalimentaire sont au mieux perçus comme un pisaller
: leur prix, leur commodité d’emploi, qui permet des gains de temps
appréciables, ne contrebalancent pas complètement dans l’esprit des
consommateurs leurs insuffisances sinon leurs défauts constitutifs. Pour les uns,
c’est le goût qui n’est plus ce qu’il était ; pour les autres, c’est en termes d’effets
sur la santé qu’ils présentent un vice radical. Chacun valorise et regrette le
naturel irrémédiablement altéré, pollué semble-t-il à l’issue du processus de
transformation et de distribution…. En outre ( ), se pose la question du risque
nutritionnel et, à travers elle, celle de la régulation quantitative et qualitative de
la prise alimentaire. L’inadéquation des pratiques alimentaires est incriminée
dans la montée de l’obésité (…), les pathologies cardio-vasculaires et certains
cancers3 .».
Il faut cependant éviter de médicaliser l’alimentation car il convient de ne
pas oublier que manger, c’est non seulement se faire plaisir mais c’est également
pouvoir communiquer autour du plaisir.
M. Fischler précise dans ce même article que « les pratiques alimentaires ne
sont pas la somme de choix individuels plus ou moins éclairés et rationnels,
malléables à volonté… Elles s’inscrivent dans un réseau de contraintes
1 Claude Fischler-« Le paradoxe de l’abondance » in la revue « Sciences humaines » n° 135 – février
2003
2 Le Conseil a abordé ces questions dans un avis intitulé « La sécurité sanitaire des aliments : un
enjeu majeur » – rapporteur : M. Gilbert CAPP – JO n° 41101-0022 du 21.11.2001
3 Cf. rapport du CES de M. Guy Robert intitulé « La prévention en matière de santé » en cours
d’élaboration
4
matérielles (prix, temps, travail, etc. …) et dans un tissu serré et complexe de
représentations et de fonctions sociales et symboliques (religions, systèmes de
croyances diverses,, appartenances sociales ou culturelles, ethniques, etc.…) ».
D’une manière générale, si les mangeurs ne souhaitent pas devenir des
experts en alimentation, les mangeurs veulent cependant pouvoir comprendre les
informations et doivent donc avoir un niveau de connaissance approprié. La
formation sur les compositions des aliments et sur les conséquences de leur
consommation est souvent revendiquée : l’éducation du goût et l’éducation pour
la santé. Par contre, il n’existe pas une prise de conscience aussi développée sur
la nécessité de formation sur les systèmes de production pour mieux comprendre
« d’où cela vient ».
L’utilisation du terme « éducation » montre bien qu’on demande à celle-ci
de fournir un corps de règles normatives et de remédier aux connaissances jugées
insuffisantes. La formation alimentaire se fait surtout lors de l’enfance en même
temps que les apprentissages élémentaires. Elle doit être d’une certaine manière
permanente car le système de production évolue sans cesse. S’y ajoute le fait
qu’existe une grande rémanence des comportements. Ceux des seniors
d’aujourd’hui restent empreints de la période ou le travail consommait beaucoup
d’énergie et où la nourriture n’était ni diversifiée, ni pléthorique. Quelles doivent
être alors les parts respectives des parents et de l’école dans la transmission des
apprentissages alimentaires ? Quand de nombreux parents avouent leurs faibles
connaissances dans le domaine alimentaire, le rôle de l’école ne devrait-il pas
être renforcé ?
Dans ces conditions, on s’interrogera sur l’intérêt ou non de mettre en
œuvre un programme d’éducation à l’alimentation et sur les actions déjà
engagées dans ce domaine. En effet, les pouvoirs publics, grâce à l’éducation et à
l’information, espèrent conduire les mangeurs à une double prise de conscience :
celle, d’abord, de l’étroitesse du lien entre notre façon de manger et notre santé ;
celle, ensuite, des responsabilités de chacun en la matière : Vis-à-vis de nousmême
mais aussi vis-à-vis de nos enfants et des proches. Les difficultés générées
par ces actions et les moyens d’y pallier seront abordés.
En définitive, l’éducation à l’alimentation peut-elle à elle seule contribuer
à nous apprendre à bien manger ?
5
I – LES GRANDES TENDANCES DES COMPORTEMENTS
ALIMENTAIRES
Au cours de l’histoire de l’humanité, le contexte dominant a été celui de
la pénurie alimentaire. La principale préoccupation des populations était la peur
de manquer. La sécurité alimentaire signifiait l’assurance des
approvisionnements pour assurer la survie. Cette situation n’a pas encore
disparue. La FAO estime en effet que 800 millions d’individus sont sousalimentés.
Mais les fractions riches de la population (les classes aisées des pays
pauvres et la plupart des individus des pays riches) se trouvent désormais dans
un contexte alimentaire complètement nouveau qui est celui de l’abondance.
Alors que dans les contextes de pénurie, les contraintes économiques sont les
éléments les plus déterminants des choix alimentaires, celles-ci deviennent
moins importantes dans le contexte de richesse et d’abondance actuelle. Les
mangeurs peuvent alors trier dans le disponible beaucoup plus en fonction de
leur culture.
Pendant la seconde moitié du 20ème siècle, en même temps que les
disponibilités alimentaires se sont accrues, les besoins nutritionnels ont
nettement diminué. Les modifications de l’organisation du travail (par la
mécanisation, l’automatisation, et la robotisation), le développement des moyens
de transport et l’augmentation du confort des différents lieux de vie ont entraîné
une réduction des activités physiques. Le niveau individuel moyen des dépenses
énergétiques s’est beaucoup réduit en quelques dizaines d’années. A l’échelle de
l’histoire de l’humanité, ce changement doit être considéré comme un véritable
bouleversement.
Jusqu’alors (et c’est encore la situation majoritaire au niveau mondial),
les apports nutritionnels étaient conditionnés par la prédominance des périodes
de vaches maigres avec quelques rares moments de vaches grasses. Ces apports
étaient donc généralement insuffisants et la malnutrition dominait. La majeure
partie de la population dans les pays riches est désormais confrontée à un
environnement d’abondance : elle doit donc « faire maigre » en « période de
vaches grasses ».
Après avoir procédé à l’examen des comportements alimentaires1, sera
analysée l’évolution des consommations alimentaires à partir des données de
l’INSEE, de l’enquête nationale (INCA) et à partir du baromètre santé nutrition
établi par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé.
1 Cette partie a été rédigée à partir des travaux de plusieurs sociologues de l’alimentation :
C. FISCHLER – « L’homnivore » et du même auteur « Le paradoxe de l’abondance »
J.L. LAMBERT – « Perception des innovations alimentaires par les consommateurs »
J.P. CORBEAU : Audition au Conseil économique et social en date du 26 mars 2003
6
1. Les tendances lourdes de l’environnement économique et social à
l’origine des modifications du comportement alimentaire1
1.1. « La civilisation du bureau faible consommatrice d’efforts
physiques »
« En France comme dans les autres pays développés, les individus ont eu
tendance à dépenser de moins en moins d’énergie musculaire … Les emplois
industriels font aujourd’hui de moins en moins appel à la force physique et les
tâches « manuelles » tendent de plus en plus à se réduire avec les processus de
production modernes… Dans les villes – et même les campagnes – la
généralisation du chauffage central a fait augmenter la température ambiante
moyenne et baisser du même coup les dépenses en calories nécessaires à la
thermorégulation des individus. De même, dans le mode de vie urbain,
l’automobile et les transports diminuent le travail musculaire. Ainsi la dépense
énergétique moyenne, qui est estimée à plus de 3 000 calories par jour chez
l’homme et 2 400 chez la femme, serait tombée progressivement, depuis la fin
des années cinquante environ, à 2 200 et 1 800 respectivement…. Il y a donc, au
moins statistiquement, un solde nettement positif au bilan énergétique … Ces
données, concordent avec celles de la distribution sociale de l’embonpoint et de
l’obésité : dans les pays développés, le popolo minuto, le peuple maigre se
recrute désormais dans les couches supérieures et le popolo grasso, dans les
classes populaires (Dupin-1981, Lambert- 1987, François- 1990) ».
1.2. La féminisation de la société
« Avec l’urbanisation, la structure familiale traditionnelle s’est
transformée. La famille dite étendue s’émiette ou ne subsiste que de façon
résiduelle, laissant la plus grande place à la famille mononucléaire, qui devient
de plus en plus la seule institution sociale de base (Scardigli- 1987) »…
« Dans les années 80, une tendance s’affirme nettement : la
« féminisation » du monde du travail, avec ses répercussions qui apparaissent de
plus en plus considérables sur l’ensemble de la société… ». « La véritable
nouveauté tient sans doute à la tension qui s’exerce chez les femmes salariées
dans la perception qu’elles ont de leur rôle et de leur identité. L’accession à la
vie professionnelle, lorsqu’elle n’est pas simplement dictée par la nécessité d’un
deuxième salaire, a sans doute été vécue comme une libération, un arrachement à
l’enfermement domestique.. Mais les contraintes nouvelles que cette vie impose
sont source de tiraillements… ».
« Symétriquement, des valeurs traditionnellement masculines tendent à
régresser comme l’indiquent la réprobation croissante à l’encontre de la violence
ou le fait que les hommes dans les couches les plus jeunes et les plus en
« pointe » acceptent graduellement leur part de certaines tâches
1 Les développements qui suivent sont empruntés à l’ouvrage de Claude Fischler- « L’homnivore »-
Editions Odile Jacob- février 2001 dont on trouvera ci-après d’importantes citations.
7
traditionnellement féminines (les soins des enfants davantage que le ménage ou
la cuisine). Des pratiques relevant de la « culture » féminine ont tendance à être
peu à peu adoptées par les hommes, en particulier dans le domaine du corps ou
du vêtement… Il est de moins en moins suspect pour les hommes et pas
seulement dans les classes supérieures de manifester le souci de leur
apparence… Les pratiques corporelles et sportives reflètent la montée des
préoccupations esthétiques : le développement du sport ne se fait pas seulement
dans un contexte compétitif, mais aussi dans un but d’hygiène corporelle et de
maintien de « la forme », un terme qui recouvre aussi les formes, c’est-à-dire
l’apparence (Irlinger et al-1990)… ».
1.3. « Individu et collectivité »
« La civilisation urbaine et technique qui s’est installée à partir des années
soixante apporte avec elle des rapports nouveaux entre individualité et
collectivité. L’individualisme et l’hédonisme gagnent. Mais avec
l’individualisme on voit aussi progresser des problèmes qui lui sont liés, et
notamment le relâchement de certains liens sociaux… ».
« Mais la vie citadine, l’univers techno-bureaucratique du travail, tout cela
va de pair aussi avec une certaine atomisation de l’individu et de nouvelles
formes d’isolement ou de solitude urbaine… L’entreprise et l’habitat ne suffisent
pas à remplacer dans la vie quotidienne les réseaux de relations et d’habitudes
caractéristiques des modes de vie plus traditionnels… L’isolement est
aujourd’hui accentué par les tendances démographiques. Outre le vieillissement
de la population, commun à la plupart des pays développés, on constate un
accroissement du nombre des solitaires…. ».
1.4. « L’industrialisation de l’alimentation ».
« L’alimentation est devenue une industrie. Les produits que nous
mangeons sont de plus en plus transformés : les trois quarts de nos aliments sont
passés entre les mains de l’industrie, et ceux qui viennent encore directement de
la ferme sont souvent eux-même de plus en plus porteurs de valeur
ajoutée : emballage, conditionnement, préparation, etc. Dans les années quatrevingt,
l’agroalimentaire est devenu le premier secteur industriel français… »
« Depuis les années cinquante, la production et la distribution des denrées
alimentaires se sont transformées radicalement… ». Jusqu’à une date assez
récente, dans beaucoup de pays occidentaux, le système agroalimentaire était
caractérisé par le fait qu’une partie importante des ressources alimentaires
consommées était produite sur place, dans le cadre de ce que les écologistes
appellent des « écosystèmes domestiques diversifiés » (Barreau 1974 et 1983).
Le « terroir » local fournissait une bonne part de l’alimentation quotidienne et le
répertoire culinaire était construit autour de cet éventail de ressources. De
l’extérieur provenait un nombre relativement restreint de produits, souvent très
valorisés, soit parce que consommés exceptionnellement, soit parce que
permettant de relever le goût de l’ordinaire (sel, sucre, épices etc.…) ».
8
« La révolution agroalimentaire a instauré progressivement un système où
la production des denrées s’organise à l’échelle régionale, nationale ou même
mondiale… ». « L’alimentation est devenue, selon la terminologie technoéconomique
officiellement employée, une « filière » agro-industrielle (François-
1990) ».
« Les individus, avons nous vu, cherchent de plus en plus à compresser la
part de leur temps quotidien qui relève de la contrainte. L’industrie
agroalimentaire cherche à répondre à cette demande. En transformant les
produits agricoles, elle ne se substitue pas seulement aux métiers de production
traditionnels, mais aussi et de plus en plus à l’utilisateur final, c’est-à-dire à la
ménagère et aux professionnels de la restauration. La préparation culinaire ou
pré-culinaire se déplace de plus en plus de la cuisine à l’usine : les nouveaux
« aliments-service » incorporent de plus en plus de travail et de temps, qu’il
s’agisse de plats tous préparés ou de légumes pré-épluchés, de purées
instantanées ou de café soluble, en déchargeant d’autant le consommateur
(Sylvander-1988). La cuisine s’industrialise autant que l’agriculture et que la
transformation de ses produits. ».
1.5. Le supermarché planétaire
« Dans les années soixante survient un événement considérable: la
naissance des grandes surfaces, hyper ou supermarchés. L’urbanisation et son
double corollaire, la banlieusardisation et surtout le développement de
l’automobile, sont les conditions essentielles de cette révolution du commerce de
détail. La montée des grandes surfaces va révolutionner la consommation, les
modes de vie après avoir provoqué des remous sociaux et bouleversé la vie
politique ». Nés en 1957, les supermarchés seront au nombre de 44 deux ans
plus tard, 1453 en 1970, 3692 en 1980 et 7800 en 2000. Il en va de même pour
les hypermarchés : une unité en 1963, 124 en 1972, 426 en 1980, 1000 en 1993
et 1150 en 2000.
Ainsi, en 1970, l’ensemble hypermarchés et supermarchés représentait à
peine 13% des ventes de produits alimentaires ; trente années plus tard, leur part
de marché totale dépasse les 65%. A l’inverse, les petites alimentations générales
ne distribuent plus que 10% des produits alimentaires aujourd’hui contre 35% en
1970. Les grandes surfaces font aujourd’hui de plus en plus partie constitutive du
tissu et du paysage de la périphérie urbaine. « A partir de 1980, les dernières
épiceries, celles qui subsistaient en milieu rural, ont commencé à disparaître (
Courson-1990) ».
« Avec le supermarché, les stratégies d’achat sont transformées. Les
« courses » quotidiennes tendent à disparaître au profit de « l’expédition »
hebdomadaire (ou même moins fréquente). La planification des achats se fait
donc à plus long terme… Dans les allées des hypermarchés, les chalands
pratiquent « la cueillette » et le stockage à grande échelle… ».
9
« Le développement de la grande distribution ouvre véritablement l’ère de
la consommation de masse dans le domaine agroalimentaire en France.
L’industrialisation de l’alimentation peut se poursuivre et s’accomplir. Ses
corollaires, la publicité, le marketing de masse et les marques, se développent.
Les aliments deviennent des produits industriels à part entière, de plus en plus
transformés, incorporant une valeur ajoutée de plus en plus grande. Ils sont
désormais vendus sous une marque, sont conçus, emballés et commercialisés
avec l’appui de toutes les techniques du marketing, de la publicité et des autres
techniques de promotion. ».
« Les conséquences sur la consommation sont considérables et complexes.
D’une part, les nouveaux aliments industriels tendent à se standardiser, à
s’homogénéiser. Les qualités principales que la nouvelle distribution attend
d’eux sont la régularité, la durée de conservation et le « mass appeal », c’est-àdire
l’attrait généralisé, au-delà des distinctions d’âge, de classe et de culture.
Dans cette logique, les saveurs fortes, les particularités reposant sur des
traditions locales, régionales, de terroir, tendent à se diluer au profit d’un « plus
petit dénominateur commun ». Les nouveaux produits de masse sont consommés
aux quatre coins du pays et même, de plus en plus, de la planète. Sur tous les
linéaires de supermarchés du monde, figurent le ketchup Heinz et le Nescafé, les
yoghourts et les glaces, le whisky écossais et les sodas.».
« Mais en même temps que cette standardisation, progressant du même pas
qu’elle, on note des tendances de sens contraire et d’abord une diversification
des produits consommés. Super ou hyper, la grande surface est d’abord un
marché, et les produits du monde entier y entrent de plus en plus. En vingt ans,
mille nouveautés se sont imposées dans nos approvisionnements. Les
supermarchés ont entraîné avec eux le perfectionnement et la généralisation de
la chaîne du froid. C’est dans les linéaires des supermarchés, en particulier dans
les présentoirs réfrigérés, qu’on a vu apparaître en rangs serrés des produits
nouveaux appelés à devenir fondamentaux dans notre alimentation. C’est là
qu’ont proliféré d’abord les yoghourts (encore vendus en pharmacie avant
guerre), puis les fromages frais et les desserts laitiers, les glaces et les surgelés.
C’est dans les mêmes « gondoles » de supermarchés que l’on a vu
progressivement s’imposer le ketchup et les corn flakes, les conserves d’ananas
et les jus d’orange en bocaux, le café instantané et les bouteilles plastique. Le
maïs, l’avocat, le kiwi, les litchis, d’abord en conserve puis frais : toutes sortes
de nourritures étranges ou exotiques se sont généralisées, sinon banalisées en
vingt ans. ».
1.6. « La multiplication de l’offre de la part des industries
agroalimentaires »
« Dans le supermarché planétaire qu’ils contribuent à installer, les colosses
de l’agroalimentaire eux-mêmes doivent tenir compte de certaines particularités
locales lorsqu’ils cherchent à imposer leurs produits universels… ».
10
« Les apôtres de la gastronomie et de la bonne chère déplorent l’arasement
des particularités, le déclin irrémédiable de la qualité, l’extinction des saveurs, le
triomphe des succédanés. Ils décrivent avec une morbide délectation
l’effondrement lamentable des fromages, la standardisation pitoyable des
charcuteries, l’affadissement des fruits et des légumes, l’homogénéisation
truqueuse des vins. Le développement de produits de haut de gamme, qu’ils
voient comme des survivances luxueuses ou des gadgets trompeurs, ne les
console pas (Coffe-1992)… ».
« La planétarisation de l’agroalimentaire et la grande distribution
introduisent une sorte de syncrétisme culinaire généralisé… En même temps
donc qu’elle rabote les différences et les particularités locales, l’industrie
agroalimentaire expédie dans les cinq continents des spécialités régionales et
exotiques, adaptées ou standardisées. Les fromages « traditionnels » devenus
rarissimes et chers sont remplacés par des succédanés pasteurisés, mais ces
fromages français industriels sont consommés en Allemagne comme au fin fond
du Midwest. Nestlé, par le biais de Findus, s’étonne de si bien vendre en France
de la moussaka à la grecque surgelée. Le müesli suisse s’introduit de plus en plus
dans les breakfasts britanniques et les petits déjeuners français. Ainsi, l’agrobusiness
planétaire emprunte aux folklores culinaires qu’il a contribué à
désintégrer pour en propulser des versions homogénéisées ou édulcorées aux
quatre coins de l’univers. » .
« Sur des marchés alimentaires arrivés à maturité, les industriels
développent des stratégies de différenciation notamment par l’innovation. Il
s’agit le plus souvent de déclinaisons de gammes (composition, caractéristiques
organoleptiques…) ou de modifications des emballages. Ces innovations ne sont
pas toujours très perceptibles par les mangeurs, mais leur nombre croissant et la
communication qui attire l’attention sur la nouveauté (produit nouveau) peuvent
donner l’impression d’une modification importante de l’offre. ».
« L’ère de la conservation et de la transformation des aliments (séchage,
salage, fumage, stérilisation, surgélation) est relayée par celle de la création
d’aliments ».
« Jusqu’à la moitié du 20ème siècle, l’environnement alimentaire des
individus était relativement stable pendant toute leur vie. Par contre, pour les
populations actuelles, l’environnement alimentaire est en décalage croissant avec
l’environnement de leur enfance au cours duquel se sont constituées leurs
principales représentations. Il semble bien que les systèmes de représentations
des mangeurs évoluent plus lentement que les systèmes de productiondistribution
et leurs innovations technologiques ».
Pour les mangeurs qui sont dans l’ignorance du fonctionnement du
système international complexe de production et de distribution alimentaire,
cette méconnaissance apparaît comme une véritable boîte noire. Celle-ci est sans
doute à l’origine d’une bonne part de la montée de l’anxiété alimentaire que l’on
constate dans les pays industrialisés.
11
1.7. La résultante : « une cacophonie alimentaire »
Ainsi, avec l’industrialisation de l’alimentation, les choix et les préférences
alimentaires sont devenus des enjeux économiques planétaires. De puissants
acteurs tentent avec plus ou moins de succès, à plus ou moins long terme, de les
infléchir ou de les orienter. Cet confrontation passe par un affrontement sur le
terrain de la recherche, un choc d’experts et de scientifiques, chacun suscitant et
invoquant des études à l’appui de ses thèses. Dans le monde développé, un
brouhaha diététique s’est installé pratiquement en permanence : l’Etat, le
mouvement consumériste, les médecins de diverses disciplines, les industriels,
les médias y contribuent constamment, de façon plus ou moins confuse et
contradictoire pour le « mangeur ». Ce brouhaha diététique se fond dans une
véritable cacophonie alimentaire : les discours diététiques se mêlent, s’affrontent
ou se confondent aux discours culinaires et gastronomiques, les recueils de
régimes aux recueils de recettes, les manuels de nutrition aux guides
gastronomiques. Partout montent de la prescription et de la prohibition, des
modèles de consommation et des mises en garde : dans cette cacophonie, le
« mangeur » désorienté, à la recherche de critères de choix, trouve surtout à
nourrir son incertitude. Ainsi, à la fin des années 90, une étude menée en
Californie montre que deux habitants de l’Etat sur trois, submergés
d’informations contradictoires, ne parviennent plus à se faire une idée claire de
ce que doit être leur alimentation. L’Etat de Californie a donc décidé de publier
un « daily food guide » distribué gratuitement et d’installer un centre
d’information téléphonique gratuit. Tel n’est-il pas le cas également en France
avec la distribution au grand public, sous l’égide des pouvoirs publics, d’un
guide de l’alimentation.
1.8. La transmission du savoir culinaire en question
L’urbanisation, la modification de la structure familiale, le travail salarié
des femmes, le nombre croissant de repas pris à l’extérieur, tout cela a contribué
à modifier considérablement la transmission du savoir et des tours de main
culinaires qui, traditionnellement, se faisait de mère à fille (il n’est pas question
ici, bien entendu, de cuisine professionnelle). Dans une enquête récente, un
questionnaire « à choix multiples » portait sur la manière dont les répondants
avaient appris à faire la cuisine : 53 % retenaient la réponse « par ma mère »,
53 % « par moi-même », 32 % « par les livres », ces réponses pouvant se
combiner.
Dans la répartition des tâches entre les époux, il semble que l’on assiste à
un nivellement des différences de compétence culinaire entre les sexes. Tout se
passe comme si, en quittant leur famille, les jeunes femmes et les jeunes gens
étaient désormais à égalité de compétence (d’incompétence ?) culinaire. C’est de
moins en moins dans la famille d’origine, de manière de moins en moins
différenciée selon les sexes, que s’opère désormais l’initiation ou la formation
culinaire, de plus en plus, au contraire, au moment où l’on quitte cette famille
pour s’installer seul ou en couple, ce qui explique qu’une forte proportion
12
d’interviewés déclarent avoir appris à faire la cuisine par eux-mêmes et par les
livres. Cette dernière réponse est confirmée par une question sur la manière dont
sont conçus les repas exceptionnels, ceux où les enjeux sociaux sont
importants : les répondants déclarent faire appel tout particulièrement, dans ce
cas, à un livre de cuisine (42 %).
Les interviews menées récemment auprès des mères de famille montraient
que celles-ci sont nombreuses à collectionner les « fiches-cuisine » des
magazines féminins, les recettes qui sont proposées avec les produits
alimentaires industriels ou les ustensiles de cuisine. L’ensemble des données
empiriques semble indiquer que l’on est en voie de passer non pas d’une
tradition orale à une tradition écrite et livresque, mais à une situation mixte,
indéterminée, ouverte à toutes les transformations. Il s’agit d’un processus de réapprentissage
individuel. Par essai, erreur, chacun doit refaire tout le chemin, en
intégrant des informations multiples : souvenirs familiaux, sources écrites
diverses, informations glanées auprès des proches. Dans cette nébuleuse
d’informations hétéroclites et de tâtonnements personnels peuvent coexister des
influences culinaires très diverses et syncrétiques, puisque les recettes mises en
pratique ne sont plus formalisées ni surtout liées à des automatismes familiers, à
une longue habitude de répétition de gestes et de tours de main. Les informations
utilisées ne proviennent plus exclusivement de la tradition culinaire locale ou
familiale ; l’originalité, éventuellement l’exotisme, sont jugés positivement. Les
influences ne relèvent même pas nécessairement du domaine proprement
culinaire : les conseils diététiques (qui prennent d’ailleurs de plus en plus
souvent la forme de recettes) peuvent être directement pris en compte.
L’expérimentation aventureuse et joueuse est encore favorisée par le fait que la
cuisine devient de plus en plus souvent une activité de loisir et non pas
seulement une contrainte quotidienne. Ce préapprentissage individuel est donc
l’occasion de l’intégration composite d’éléments culinaires extérieurs à la
tradition locale, de la prise en compte de préoccupations diététiques.
1.9. Le paradoxe de la sécurité alimentaire
L’allongement de l’espérance de vie et d’autres facteurs comme la
réduction des influences religieuses entraînent une moindre acceptation de la
mort. De plus, le développement des connaissances scientifiques induit l’opinion
que « tout est possible », y-compris le risque zéro. Ces connaissances permettent
une augmentation notable de la sécurité alimentaire. L’augmentation et la
fiabilité des contrôles permettent de limiter les risques. Les cas de toxi-infection
alimentaire deviennent donc très rares. Mais la rareté des risques entraîne une
croissance importante de leur médiatisation et donc de la perception qu’en ont les
mangeurs.
Dans le contexte d’anxiété alimentaire, lorsque les « mangeurs » ne
connaissent pas les effets de la consommation des nouveaux produits, ils ont
tendance à surévaluer les effets négatifs (hormones, ESB, OGM). L’attitude est
alors binaire (consommation ou non-consommation) sans prise en compte de la
13
notion de dose. Il existe bien des aventuriers de l’alimentation, mais la majorité
des mangeurs semble plutôt très précautionneuse. L’environnement d’abondance
permet facilement ce choix. Mais lorsque les « mangeurs » pensent qu’ils n’ont
plus la liberté de choix, ils réagissent vigoureusement et dans ce cas, les discours
rationnels supposés rassurants ont alors peu d’effets.
2. L’évolution des consommations alimentaires
2.1. Le budget alimentation et son évolution
Selon l’économiste Pierre Combris, l’on peut considérer que l’évolution de
la consommation alimentaire se caractérise par trois phases : « une phase de
croissance quantitative de la consommation de tous les aliments ( qui apparaît
dès que les contraintes de revenu et l’offre le permettent), puis par une phase
d’évolution de la structure nutritionnelle de la ration (liée au développement
économique), et enfin une phase de différenciation généralisée des produits
(comme réponse à la concurrence) ».
a) La part des dépenses d’alimentation dans le budget des ménages
La consommation alimentaire qui représentait selon les études de
l’INSEE 1 20 % des dépenses de consommation des ménages en 1960 n’en
représentait plus, quarante ans plus tard que 14 %. Les dépenses d’alimentation
viennent après le logement (24 %) et les transports (15,4 %). Ces dépenses
n’incluent pas les repas pris hors du domicile dont la part dans le budget
alimentaire a doublé entre 1960 et 1980 pour atteindre 22 %, se stabilisant
ensuite.
Sur ces quarante années, la consommation alimentaire a crû de 1,6 % par
an et par habitant en volume, hausse liée, selon l’INSEE, pour une faible part à
l’accroissement de population mais résultant d’une augmentation des quantités
consommées et d’une orientation de la demande vers des produits élaborés puis
vers des produits de meilleure qualité et plus onéreux.
Après une forte croissance des dépenses alimentaires de 2,7 % par an de
1960 à 1973, liée à une augmentation du pouvoir d’achat, qui a permis la
couverture des besoins essentiels, la hausse n’est plus que de 1,8 % entre 1973 et
1978 et de 1,5 % entre 1978 et 1989. A partir de cette date l’augmentation
annuelle n’est plus que de 0,3 % entre 1990 et 1996, puis de 0,5 %.
1 La consommation alimentaire depuis quarante ans – INSEE Première n° 846 mai 2002
14
b) L’évolution de la consommation des différents produits
Graphique 1 : Evolution de la consommation des familles de produits
Evolution en volume par habitant (base 100 en 1960)
Source : Comptes nationaux – base 1995, INSEE.
L’étude de l’INSEE révèle, sur cette longue période, une forte modification
dans la répartition entre les produits consommés. Les produits bruts traditionnels
(pommes de terre, légumes secs, œufs, farines, riz, pain, pâtes) qui représentaient
23,1 % des produits alimentaires consommés à domicile n’en représentaient plus
que 12,6 % en 1980 et 9,5 % en 2001.
La consommation de pain, dont le prix augmente plus vite que la moyenne
des aliments, diminue de 1,4 % en moyenne par an depuis 1971. Celle du sucre
diminue de 3,1 % par an, remplacée en partie par le miel ou les édulcorants de
synthèse.
Le consommateur, de plus en plus sensibilisé aux effets de l’alimentation
sur la santé, a réduit la consommation de graisses dès les années 70, pour le
beurre, à partir des années 1980 pour les autres graisses.
La consommation de viandes rouges diminue à partir de 1987, les ménages
consommant davantage de volaille et de produits transformés de la pêche.
Les courbes d’évolution de consommation des viandes et des produits de la
mer préparés traduisent à la fois l’augmentation de l’offre de produits
transformés par l’industrie alimentaire et le changement de modes de vie de la
population et le temps consacré à la préparation des repas.
15
Graphique 2 : Viande et poisson : avantage aux produits préparés
Evolution en volume par habitant (base 100 en 1960)
Source : Comptes nationaux – base 1995, INSEE.
De même, les achats de légumes frais et de fruits frais n’augmentent que de
0,5 % et 0,6 % par habitant depuis 1960, à l’exception de la consommation de
fruits exotiques qui croît depuis 1980 de 2,8 % par an. Les facilités d’utilisation
expliquent la croissance d’achat des préparations et des conserves de légumes,
très rapide entre 1960 et 1975 (7,8 % par an et par habitant) qui diminue ensuite
fortement avant de ré-augmenter légèrement.
En quarante ans, la part des produits laitiers dans l’alimentation passe de
7,4 % à 13 %. En 1960, yaourts et desserts lactés sont encore peu consommés,
les Français en mangent 15 fois plus aujourd’hui. La consommation de fromage
par personne a été multipliée par 3,4. L’INSEE note que les prix de ces produits
augmente moins vite que ceux des produits alimentaires en général.
Les produits « santé forme » (aliments pour enfants et diététiques, soupes
et potages, céréales pour petits-déjeuners, eaux, jus de fruits et de légumes)
enregistrent un très grand succès, la consommation en volume par habitant étant
multipliée par six.
Les considérations diététiques ne sont pas les seules à influer sur
l’alimentation, la consommation par habitant de limonades et sodas augmente de
4,5 % par an en moyenne sur cette période. Il en est de même pour les glaces et
sorbets dont la consommation est favorisée par l’équipement des ménages en
réfrigérateurs et congélateurs.
16
c) La consommation varie avec l’âge
L’INSEE a étudié les comportements alimentaires selon l’âge de la
personne de référence du ménage en ce qui concerne la consommation à
domicile (hors restaurant et cantine). La dépense annuelle moyenne pour une
unité de consommation s’accroît fortement en fonction de l’âge, les jeunes
mangeant plus souvent à l’extérieur et les personnes plus âgées, dont le revenu
est souvent plus élevé, achetant des produits plus chers.
Graphique 3 : Dépenses annuelles selon l’âge de la personne de référence
du ménage
Pour chaque produit, 100 = dépense annuelle moyenne par unité de consommation de l’ensemble des
ménages.
Source : enquête budget – famille, 1995, INSEE.
La structure de la dépense est différente selon l’âge des ménages, les plus
âgés (entre 55 et 75 ans), qui disposent généralement de plus de temps pour faire
les courses et la cuisine, consomment plus de poissons, viandes blanches, fruits
et légumes, les plus jeunes consomment comparativement plus de produits
« santé forme », de confiseries, pâtisseries, boissons sucrées.
d) et avec la catégorie socio-professionnelle
La structure de la consommation des plus jeunes ne change pas
radicalement avec le revenu selon l’INSEE.
Par catégorie socioprofessionnelle, l’INSEE note, à partir de l’enquête
budget-famille de 1995, que les ouvriers et employés dépensent 15 % de moins
que la moyenne des ménages en ce qui concerne l’alimentation à domicile, les
cadres consommant 10 % de plus et les retraités 17 % de plus. Fruits et légumes,
poissons et viandes blanches sont davantage consommés par les ménages à
revenu élevé.
17
Pour les agriculteurs dont la consommation est proche de la moyenne,
l’autoconsommation est toutefois, ce qui apparaît tout à fait logique, supérieure à
ce qu’elle est pour les autres catégories de ménage.
2.2. Le temps consacré à l’alimentation se réduit
La part consacrée à l’alimentation diminue également dans les
budgets-temps. Les industries alimentaires offrent des produits qui nécessitent de
moins en moins de travail de préparation ménagère, des « aliments-services ».
Parmi les aliments en ascension ou ceux qui échappent au déclin de leur
catégorie, figurent souvent des produits qui présentent la caractéristique d’être
pratiquement prêts à l’emploi. Les légumes surgelés (épluchés, prêts à cuire) ont
connu un grand développement.
Un autre phénomène relève en partie de la relation au temps, comme dans
les pays développés, on constate en France une augmentation du nombre des
repas pris à l’extérieur. Aujourd’hui, un repas sur cinq en moyenne est pris hors
du domicile, à la « cantine » ou au restaurant, et la tendance est nettement à
l’augmentation. Pour l’instant, le phénomène concerne encore essentiellement
l’agglomération parisienne : les Franciliens prennent en moyenne 3,9 repas à
l’extérieur par semaine, alors que cette moyenne n’est que de 2,7 pour
l’ensemble des villes de plus de 200 000 habitants. Peut-être la France se
rapprochera-t-elle progressivement, dans l’avenir, de la situation américaine, où
plus de 40 % des repas sont pris hors domicile. La tendance semble pousser vers
une situation où l’on consommera à l’extérieur, par exemple au restaurant, des
repas préparés industriellement : le restaurant deviendrait ainsi un distributeur
plutôt qu’un prestataire de service. De nouvelles technologies, par exemple la
cuisson sous vide à basse température, permettent en effet de préparer en cuisine
centrale (qui de plus en plus sont des cuisines d’assemblage) des aliments ou des
plats qu’il suffit ensuite de servir.
2.3. La femme à l’origine du « modèle de consommation »
Parmi les tendances « lourdes » du changement social isolées plus haut, il
en est une qui pèse d’un poids de plus en plus considérable sur l’évolution des
consommations alimentaires : la « féminisation ». Les marchés de masse de
l’agroalimentaire reflètent en effet clairement cette tendance. Les produits « en
pointe » sont aujourd’hui conçus très spécifiquement pour une femme devenue
une consommatrice directe et dont on cherche à saisir les préoccupations, les
représentations, bref la demande propre. Une bonne partie de l’innovation
agroalimentaire de la fin des années 90, en France, s’adresse prioritairement aux
femmes. C’est le cas de tous les produits dits allégés (beurres, fromages allégés
en matière grasse ; boissons sans sucre, etc.) dont la croissance a été
considérable. C’est le cas de toute une série de produits se situant dans le registre
de la légèreté, de la fraîcheur, par exemple les jus de fruits frais réfrigérés. Mais
comme dans d’autres domaines, la consommation féminine préfigure désormais
18
l’évolution de la consommation masculine : aux Etats-Unis, cette dernière est
d’ores et déjà équivalente à celle des femmes en matière de produits allégés.
Il faut sans doute considérer également l’évolution des valeurs culinaires et
gastronomiques à la lumière de cette féminisation. Depuis les années 70, en effet,
on a vu s’affirmer dans la grande cuisine des valeurs de nature, de « légèreté ». Il
est tentant de les considérer comme l’expression d’une « féminisation » des
valeurs culinaires, qui se confirme dans les quantités réduites, les saveurs
délicates, les couleurs tendres et les tons pastel de la « Nouvelle Cuisine » plus
ou moins passée de mode. L’apparition de préparations nouvelles et de sauces
légères, l’évolution des modes et des degrés de cuisson, la montée de certains
aliments (poisson, légumes), la stagnation de certains autres (viande rouge,
charcuterie) témoignent de cette féminisation et de cette préoccupation diététicoesthétique
qui s’affirment aujourd’hui.
2.4. La déstructuration des habitudes alimentaires
Ainsi, la nature des aliments consommés a évolué, parfois
considérablement. Les modalités de la consommation ont-elles autant évolué ?
Des changements sont-ils perceptibles aussi dans les structures mêmes de
l’alimentation et notamment dans l’organisation des « prises » alimentaires : les
repas ou le grignotage, leur nombre, leur rituel, leur contenu ?
Dans une société rurale et villageoise, la latitude dont disposaient les
individus en matière alimentaire était en fin de compte relativement restreinte. La
saison, les contraintes économiques imposaient les produits. Les usages dictaient
les heures de repas. La religion influait sur l’hygiène alimentaire. La vie sociale
structurait les occasions de prise de repas. Le calendrier, saisonnier ou religieux,
ordonnait les consommations : une saison pour chaque fruit, un jour pour le
poisson, une heure précise pour la soupe ou le casse-croûte, une place à table
pour chacun. Le temps, les rites de la vie sociale et familiale, une complexe
grammaire des convenances, des usages alimentaires, régissaient et structuraient
les menus.
Les effets attribués par la sagesse populaire aux aliments justifiaient leur
consommation par telle ou telle personne, en telle ou telle circonstance. La
répartition du travail entre les sexes attribuait aux femmes les fonctions
domestiques, notamment celle de préparer les repas, et donc de veiller à la
conception des menus, en accord avec les règles traditionnelles et les contraintes
de l’approvisionnement. Les gros travaux agricoles venaient à la fois perturber et
scander cette organisation. Dans les villes, les mœurs alimentaires ont subi de
plein fouet, au moins depuis la révolution industrielle du XIXème siècle, les
contraintes de la vie laborieuse qui, surtout dans la classe ouvrière, dans les
usines et les ateliers, limitent le temps et la nature même des prises alimentaires,
la réduisant parfois à une simple recharge énergétique.
19
Dans les classes supérieures de la société, le formalisme des rituels
alimentaires était d’autant plus rigide qu’il était l’objet d’une étiquette à travers
laquelle était en jeu la reconnaissance sociale ou l’exclusion. Dans la
bourgeoisie, ce formalisme portait sans doute davantage sur les manières de table
que dans les autres classes.
Dans le cours le plus récent de la civilisation urbaine le mangeur est
devenu un individu beaucoup plus autonome dans ses choix, de plus en plus
affranchi de ces encadrements sociaux des conduites individuelles : temps, rites,
s’imposent avec moins de rigueur et de formalisme. L’alimentation et la
restauration modernes offrent toutes sortes de services et de produits permettant
de consommer seul ou en compagnie, à toute heure, hors des contraintes du
manger social et des manières de table, et pour tout dire souvent hors de la table.
Mais cette liberté porte avec elle de l’incertitude. En fait le mangeur
moderne doit procéder à des choix : l’alimentation est devenue objet de décisions
quotidiennes et ces décisions sont tombées dans la sphère de l’individu. Pour
effectuer ces choix, il n’y a guère de critères univoques, il y a plutôt une
mosaïque, une cacophonie de critères proposés, souvent contradictoires.
Aux Etats-Unis, l’urbanisation, l’industrialisation et la « tertiarisation » se
sont manifestées plus puissamment et plus tôt qu’en France. Ce phénomène y est
apparu plusieurs décennies avant l’Europe. Dans les années 70, les études de
marketing montraient déjà que le repas familial était une institution qui subsistait
davantage dans les têtes que dans la réalité : dans des familles de la « middle
class » citadine, il arrivait que l’on ne se trouvât réunis autour de la table pour
dîner en famille que deux ou trois fois par semaine, le repas ne durant guère plus
de vingt minutes. Le nombre de prises alimentaires dans la journée était d’une
vingtaine : les répondants déclaraient pourtant en majorité faire trois repas par
jour.
En Europe et en France, les mêmes tendances sont à l’œuvre depuis la fin
des années 70. Depuis plusieurs années, une multitude d’études confirment
l’existence de courants relevant de ce que les professionnels baptisent la
« déstructuration » des habitudes alimentaires et des repas. La régularité, la
composition et le déroulement des repas semblent évoluer dans le sens d’une
souplesse accrue : le nombre hebdomadaire des repas « sautés », la fréquence de
la suppression d’un plat dans un repas, la simplification du repas du soir, la
régularité des horaires sont considérés comme autant d’indicateurs. Si environ un
tiers de la population semble ancrée dans les règles traditionnelles du repas et de
la consommation, un autre tiers « déstructurerait » très significativement ses
repas. Le nombre de ceux qui déclarent prendre tous les soirs leur dîner à la
même heure (à cinq minutes ou un quart d’heure près) est en baisse, tandis que le
pourcentage déclarant dîner à des heures plus irrégulières ou très irrégulières est
en hausse constante.
20
D’autres études nous informent que la diffusion de ces caractéristiques des
pratiques alimentaires serait moins importante. Le changement observé est en
effet plus mitigé. Le schéma traditionnel, qu’il s’agisse du « système traditionnel
des repas (petit déjeuner, déjeuner, dîner) », des « règles dans la composition
des repas (entrées, plat principal, fromage et dessert) », ou des horaires réguliers
pour la prise des repas principaux, reste très largement majoritaire (80 % de la
population environ), et ne décline que lentement, « à un rythme inférieur à 1 %
par an ».
L’effet de l’encadrement social des conduites alimentaires, il faut le
rappeler, n’est pas seulement de contrôler les comportements mais aussi de les
protéger : le rite culinaire isole un temps spécifique du manger, écarte donc
nécessairement les autres activités et les renvoie à leur part de temps propre. Les
contraintes matérielles exercent pleinement leur effet socialement désintégrateur.
L’alimentation quotidienne tend à subir de plus en plus l’emprise de l’univers du
travail, ne serait-ce que parce que la cantine scolaire (il faudrait parler plutôt de
restaurant scolaire) et le « restaurant d’entreprise » fournissent une part
croissante des repas. Le repas socialisé, ritualisé ne trouve plus sa place que
lorsqu’il s’inscrit dans le temps de loisirs : il est alors investi de significations
nouvelles et devient véritablement une forme de consommation culturelle.
L’alimentation se plaque totalement sur la division du temps : elle ne peut
plus guère exister, à l’extrême, que comme nécessité physiologique, réglée
commodément par la restauration et les produits industriels modernes, ou comme
forme de loisir à part entière.
L’alimentation ne structure plus le temps, c’est le temps qui structure
l’alimentation.
Un autre effet important des encadrements sociaux est de régler, sinon de
réguler, la prise alimentaire des individus : horaires, usages, convenances,
habitudes, tout cela structure les comportements et les corps. La tendance
croissante laisse donc de plus en plus souvent les mangeurs seuls devant leurs
appétits physiologiques. Cette situation peut être inconfortable : ils sont soumis à
la fois aux sollicitations multiples de l’abondance moderne et aux prescriptions
dissonantes de la cacophonie diététique.
2.5. Les trois profils-types de mangeurs
A partir d’une recherche basée sur l’observation et l’interview de
mangeurs, le sociologue Jean-Pierre Corbeau dégage trois profils-types de
mangeurs : les complexés du trop, les tenants du nourrissant consistant et les
tenants du nourrissant léger 1.
1 Ces classifications sont celles qui sont parues dans la revue « Sciences humaines » n° 135, février
2003.
21
Les complexés du trop
Ils se méfient des aliments qui sont disponibles sur le marché. Ils craignent le sucre, responsable du
diabète, les graisses qui génèrent des maladies cardio-vasculaires et la viande rouge qui peut
transmettre l’ESB.
Ils veulent manger sain et achètent bio. Ils crient haro sur les OGM qui privent les aliments de leur
naturalité. Mais ils entravent leurs règles lorsqu’il s’agit de manger hors du domicile, entre amis ou
lorsqu’ils consomment des produits diététiques dont ils ne lisent même pas la composition.
Certains vont jusqu’à refuser de se nourrir par peur de manger, par désir de maigrir ou par refus
d’être obèses. Dans cette population, il y a des anorexiques, jeunes filles ou vieillards, qui ont perdu
la notion des rythmes alimentaires (les repas – ne sont plus pratiqués et ils deviennent même sujets à
des drames familiaux). Ils vivent repliés sur eux-mêmes, sans lien social fort.
A ces comportements extrêmes s’adjoignent de plus en plus de «complexés du trop pour raisons
esthétiques». En effet, selon les canons de la beauté féminine, il faut être filiforme. Lipophobes, ces
mangeurs (des mangeuses majoritairement mais aussi de plus en plus d’hommes) surveillent leur
alimentation pour garder la ligne et « ne pas se laisser aller» (vers la cinquantaine chez les hommes).
Les tenants du nourrissant consistant
Ils aiment les charcuteries et ne conçoivent pas de véritable repas sans viandes et féculents.
Pierre Bourdieu (La Distinction, Minuit, 1979) avait jadis attribué une origine populaire à ces
mangeurs. Aujourd’hui, Jean Pierre Corbeau a pu constater que tous ne sont pas des ouvriers. Il y a
bien sur des « travailleurs de force » qui, le midi ingurgitent des quantités importantes de nourriture
qui tiennent au corps car il faut s’en mettre « plein la panse » pour reconstituer sa force de travail.
Mais le soir et le week-end par contre, ils mangent souvent plus léger et expérimentent des mets plus
raffinés, symboles d’une ascension sociale.
Ce groupe est aussi composé de « mangeurs plutôt privilégiés qui réinvestissent le patrimoine
gastronomique de terroir ». Par exemple, des urbains à la recherche de leurs racines redécouvrent des
produits régionaux : cassoulets, tripes et andouillettes, chapons et vins de pays…
A la différence du premier groupe, c’est plutôt le soir que « l’on apprécie les spécificités
gastronomiques françaises plus consistantes » car le midi, on mange léger pour ne pas « piquer du
nez » sur son bureau à l’heure de la sieste.
Les tenants du nourrissant léger
Adeptes du régime méditerranéen et des principes diététiques, végétariens, les membres de ce groupe
se méfient des sauces, « qui ne servent qu’à donner du goût, aiment la diversité et métissent aliments
exotiques et recettes du terroir ».
Ils appartiennent à la génération des baby-boomers, ils sont urbains et travaillent dans le secteur
tertiaire.
Ils vont transgresser leurs principes à des moments de grignotage ou encore le week-end, en se
régalant de viennoiseries, de charcuteries campagnardes, de crèmes au beurre…
Quant aux mordus d’huile d’olive, de parmesan et autres jambons séchés, ils vont aussi – dévorer des
pâtes fraîches «semblables à celles dont raffolent certains adeptes du « nourrissant consistant !».
2.6. Les troubles d’identité du consommateur
Dans la société rurale villageoise, l’alimentation est produite pour ainsi dire
sous les yeux d’une grande partie de la population, quand elle n’est pas
auto-produite.
Dans le système de distribution qui prévaut jusqu’aux années 60, les
denrées apparaissent, circulent, sont préparées pour la vente au vu et au su de
tous ou de beaucoup.
Bref, dans la situation « traditionnelle », les aliments sont familiers, ils ont
une histoire dont chacun est, au moins à l’occasion, témoin ou acteur. La
tendance moderne est à l’opposé : une partie de plus en plus importante de la
population consomme des aliments produits entièrement hors de sa vue et de sa
22
conscience immédiate. Avec le développement de l’industrie agroalimentaire,
c’est une denrée déjà transformée, pratiquement prête à la consommation, qui
arrive au mangeur. Simultanément, à l’autre bout de la chaîne, la production
agricole est elle-même déjà en partie taylorisée, rationalisée ; elle est devenue
une production de masse.
Dans les années 70, ce processus d’industrialisation provoque un certain
malaise. Une sorte de dépossession apparaît : le mangeur moderne est devenu
dans une très large mesure un « consommateur pur », à qui le passé du
comestible échappe tout autant que celui de tout produit manufacturé.
Il convient de remarquer que le travail culinaire avait notamment pour
fonction de « civiliser », d’apprivoiser l’aliment, chargé des périls de la Nature.
En se déplaçant de la cuisine vers l’usine, la préparation des aliments cesse de
remplir cette fonction. L’apprivoisement des aliments n’est guère efficace que
lorsqu’il est opéré par une main familière et tendre.
L’aliment est devenu un objet comestible non identifié, sans passé ni
origine connus. Enveloppé, conditionné, sous vide, sous cellophane, sous une
peau ou une coquille de plastique, il flotte pour ainsi dire dans un no man’s
land extra-temporel : le froid, le vide ou la déshydratation le protègent
contre la corruption, c’est-à-dire contre le temps ; mais du même coup, ils le
coupent de la vie.
Dans ces conditions, un conflit presque insoluble se réveille chez le
mangeur. Ces aliments sont bien tentants : ils réduisent à peu de chose la
tyrannie quotidienne des tâches culinaires et domestiques. Mais en même temps,
le caractère naturellement soupçonneux de l’omnivore se donne libre
cours : quels traitements leur fait-on subir, comment les manipule-t-on, qu’y
ajoute-t-on, que contiennent-ils vraiment ? Comment détecter les « vices cachés
du prêt-à-manger ».
L’alimentation est l’un des piliers de l’identité, dans tous les sens du terme.
Or il devient extrêmement difficile d’identifier les aliments eux-mêmes : leur
origine est extérieure, parfois lointaine, étrangère ; leur histoire est désormais, on
l’a vu, difficilement accessible ; leur préparation échappe de plus en plus à la
conscience du consommateur final. Mais ce n’est pas tout : la technologie faisant
aujourd’hui des miracles, elle permet à l’industrie de tromper à volonté ou
presque les sens, de faire passer des protéines de soja texturées pour du bœuf
haché premier choix. Colorants, arômes artificiels, renforçateurs de saveur,
agents de texture et de sapidité, tout un arsenal d’artifices et de fards se
conjuguent pour brouiller la perception du mangeur.
A proprement parler, le mangeur-consommateur ne sait pas ce qu’il mange.
Il ignore donc quels effets ces nourritures non identifiées vont avoir sur lui.
23
L’aliment moderne n’a plus d’identité, car il n’est plus identifiable.
Nous pouvons ainsi repérer l’une des sources profondes du malaise de la
modernité alimentaire : il s’agit en somme d’un trouble de l’identité. A
absorber quotidiennement des nourritures qu’il identifie mal, le mangeur
moderne en vient à craindre de perdre la maîtrise de son propre corps, mais aussi
de sa personne, à s’interroger pour ainsi dire sur sa propre identité.
Face à cette incertitude radicale, l’une des réponses caractéristiques
consiste à « identifier » l’aliment par tous les moyens. D’où sans doute
l’obsession du label, de l’étiquetage, de la garantie des origines.
C’est bien entendu à une instance tutélaire, puissante protectrice, que
revient naturellement la tâche d’apposer sa garantie de pureté sur le comestible.
C’est souvent l’Etat, assisté de toutes sortes d’institutions para-publiques ou
semi-publiques, qui délivre garanties, labels et certificats aux aliments. Sous la
pression des consommateurs et des militants du consumérisme, l’aliment
moderne est passé au crible, sommé d’afficher sa vérité. C’est donc le cachet de
la puissance publique qui fait de l’aliment un produit officiellement bon à
manger.
L’industrie n’est cependant pas désarmée devant la méfiance du mangeurconsommateur.
Elle peut disposer d’un atout presque aussi efficace que le
label de la puissance publique : la marque. Sur la marque, se cristallisent des
phénomènes non moins puissants et obscurs que ceux qui se fondent sur le nom
des individus. La marque est un nom et, par voie de conséquence, une identité en
puissance pour les produits.
Il convient cependant de remarquer que dans la période la plus récente, une
nouvelle phase du rapport du mangeur avec l’alimentation moderne semble s’être
ouverte. Une réconciliation semble s’ébaucher entre le consommateur et
l’industrie. Elle se manifeste par exemple par l’amélioration remarquable de
l’image du surgelé qui, loin d’incarner encore le comble de l’artificiel semble
désormais, toutes les enquêtes le montrent, être reconnu comme un état plus frais
que le frais. Le mangeur comme l’industrie ont changé. Le premier s’est de plus
en plus familiarisé avec la production industrielle, a appris à en apprécier la
régularité et la commodité d’usage. La seconde a de plus en plus développé, si
l’on peut dire, sa propre cuisine. Les produits les plus récents sont de moins en
moins des ersatz, de plus en plus des produits originaux, conçus selon des
techniques et des recettes spécifiques et non plus simplement la reproduction
approximative de recettes domestiques adaptées à la production industrielle.
L’industrie a intégré les informations, les techniques et les tendances de la
grande cuisine, le marketing s’est mis à l’écoute des courants socioculturels.
Pour autant, la nostalgie des potagers et de la cuisine maternelle n’a pas reculé et
n’est sans doute pas près de le faire.
24
2.7. L’opposition apparente entre cuisine et diététique
Les sociétés d’abondance sont travaillées par le besoin de régler, de réguler
leur alimentation. Ce sentiment d’urgence se manifeste de manière paradoxale :
elles sont tout à la fois passionnées de cuisine et obsédées de régime.
La gastronomie et le culinaire sont à la hausse dans tous les pays riches. Le
marché de la cuisine est de plus en plus important dans la presse, l’édition et les
médias. En France, les grands cuisiniers sont devenus des célébrités, dont le nom
fait vendre, tout comme les « griffes » des grands couturiers font vendre parfums
et prêt-à-porter. Livres et revues de cuisine se multiplient. Quant au prestige
culturel du culinaire, il n’est pas moins imposant que son marché. Ainsi les
restaurants, les guides gastronomiques sont devenus dans certaines couches
sociales un sujet de conversation presque aussi noble que le cinéma ou la
littérature ; l’art de voyager s’est transformé en grande partie en art de manger
ailleurs. Les enquêtes montrent que la « sortie au restaurant » est devenue une
« pratique culturelle » au même titre que le théâtre ou le concert : une étude du
ministère de la Culture nous apprend qu’elle « concerne près des trois quarts des
Français » et « arrive très nettement en tête, devant le cinéma et la fête
foraine ». Bref, la cuisine est un objet désormais légitime d’analyse, de réflexion
scientifique et littéraire.
Or au même moment, un deuxième discours, apparemment contradictoire,
triomphe avec autant d’éclat que le précédent : celui du régime.
L’empire du régime est devenu planétaire. Son peuple est innombrable : un
quart des Français, un tiers des Américains, des proportions voisines dans tous
les pays développés. Son territoire est immense : il envahit les mass media et
l’édition, le marketing et la publicité, la médecine et les anti-médecines
« parallèles » ou « douces ».
Cuisine et régime, gastronomie et diététique, nous paraissent aujourd’hui
s’opposer naturellement. Nous associons de manière indissoluble la cuisine,
l’art culinaire (la « gastronomie ») au plaisir, tandis que le régime et la
diététique nous semblent ressortir clairement et exclusivement au domaine
de la santé. Or dans la vision longtemps dominante, plaisir et santé apparaissent
eux-mêmes comme des pôles opposés et inconciliables. Le plaisir ne peut faire
de bien, il ne peut que faire du mal, comme l’illustre la plainte des patients
soumis à des régimes : « Tout ce qui est bon m’est interdit ».
Le sentiment dominant erroné demeure que le plaisir alimentaire est le plus
souvent trompeur sinon néfaste et, symétriquement, qu’une bonne santé exige la
restriction, la maîtrise des pulsions et des désirs. Ainsi la cuisine s’opposerait au
régime comme la recette à l’ordonnance, au plaisir s’opposeraient la santé et la
beauté, à la gastronomie la bonne nutrition.
25
Cependant, la croyance inverse ne nous est pas totalement étrangère. Elle
est présente au moins à l’état latent dans nos consciences, comme le montre le
fait que nous invoquons volontiers le dicton, discutable il est vrai, « Si c’est bon,
ça ne peut pas faire de mal ».
2.8. L’obsession du corps et de l’image : une société de plus en plus
lipophobe
Les sociétés modernes sont devenues « lipophobes » : elles haïssent la
graisse. La culture de masse, productrice effrénée d’images, nous donne à
admirer des corps juvéniles et sveltes. Les hommes et les femmes semblent
s’essouffler, le plus souvent en vain, à poursuivre ces modèles rêvés. Dans la
plupart des pays développés, une forte proportion de la population se rêve mince,
se vit grasse et souffre apparemment de la contradiction. En France, les sondages
indiquent que 43 % des hommes et 57 % des femmes s’estiment trop gros.
En Italie, à la fin des années 90, 42 % des hommes voulaient maigrir contre
47 % des femmes ; plus d’un quart des Français étaient au régime et plus d’un
tiers des Américains à la même date. La médecine voit dans l’obésité un
problème de santé publique : il s’agit pour elle d’un facteur de risque, qu’il
importe de réduire pour prévenir de nombreuses maladies, notamment cardiovasculaires.
Le désir de minceur, la peur obsessionnelle de l’embonpoint ou les
deux à la fois sont au centre d’une pathologie du comportement alimentaire.
Si l’époque paraît particulièrement « obèsophobe », on peut
symétriquement assez aisément soutenir que, au temps où les riches seuls étaient
gros, par exemple au XIXème siècle, une rotondité raisonnable était assez bien
considérée. On l’associait à la santé, à la prospérité, à la respectabilité paisible.
On disait d’un homme un peu rond qu’il « se portait bien », tandis que la
maigreur ne suggérait guère que la maladie, la méchanceté ou l’ambition
effrénée. Il en va encore souvent de même, d’ailleurs, dans beaucoup de sociétés
dites traditionnelles du Tiers-Monde.
L’exécration moderne du gras ne s’en tient plus aux tissus qui capitonnent
les corps : elle s’étend de plus en plus aux lipides qui circulent dans nos
organismes et même aux corps gras qui frémissent dans nos poêles et nos
marmites. Le goût lui-même a changé, au point que, aujourd’hui, les corps gras
qui avaient jadis une fonction et une place essentielles dans la cuisine, comme
médiateur entre le feu et les aliments ou comme nourriture à part entière (la
viande grasse), soulèvent davantage le cœur que l’enthousiasme.
La graisse est devenue de plus en plus objet de crainte et de dégoût. Dans la
période qui va de la fin du XIXème siècle à nos jours, cette montée de la
lipophobie s’est opérée simultanément sur trois fronts distincts : la médecine, la
mode et l’apparence corporelle, la cuisine et l’alimentation quotidienne.
26
Le culte moderne de la minceur féminine paraît dépourvu de tout précédent
historique véritablement comparable. Dans de multiples sociétés, à travers le
temps ou l’espace, l’embonpoint féminin est ou a été loué, apprécié, recherché,
parfois même systématiquement cultivé.
C’est au début de notre siècle, que la minceur fait véritablement son
apparition. En 1908, avec ce qui devait devenir la ligne « néo-Empire », Poiret
transforme la silhouette féminine en gommant la taille, en allongeant la jambe
(qui, pour la première fois, semble prendre la vedette).
Dans la logique du dépouillement croissant, où le corps doit de plus en plus
affronter les regards sans l’intercession d’artifices vestimentaires, il faut donc de
plus en plus maîtriser son apparence. La lipophobie ambiante juge de manière de
plus en plus impitoyable des corps de plus en plus offerts à son regard. A partir
des années 80, à l’approche de la saison des vacances, la presse féminine
présente de plus en plus souvent, à côté des innombrables régimes, des exercices
de gymnastique et de musculation.
Depuis la naissance de la culture de masse, du cinéma en particulier, des
modèles s’imposent de plus en plus dans les aspirations. Les stars triomphantes
imposent le rêve d’une éternelle jeunesse, le triomphe de l’amour et du bonheur,
l’oblitération de la vieillesse, de la maladie, de la mort.
La démographie joue sans doute un rôle décisif dans ces changements. Les
baby boomers adolescents rendent la société adolescente. Fait extraordinaire :
voici que les adolescents ne souhaitent plus particulièrement devenir adultes ; ce
sont les adultes qui veulent ressembler aux jeunes. Les rites de passage
protégeant l’accès au statut adulte sont en crise ou en déclin. De plus en plus, en
revanche, les adultes cherchent à être acceptés ou reconnus par les jeunes. La
société adulte adopte des tournures langagières ou vestimentaires empruntées
aux jeunes, elle s’identifie aux jeunes dans leur comportement, leur
consommation et surtout leur apparence. Entre temps, l’effet-génération se
poursuit avec le vieillissement des baby boomers. Tout se passe comme si la
vieillesse n’était que la sanction du laisser-aller.
La tyrannie contemporaine de la minceur rend-elle anorexique, ou
boulimique, ou « boulimarexique » ? La question se pose des troubles du
comportement alimentaire, qui fait l’objet de préoccupations croissantes dans les
milieux médicaux et, depuis peu, dans les médias.
27
3. L’observation des consommations alimentaires au travers de
l’enquête INCA, les premiers résultats du baromètre « santé-nutrition
2002 » publiés par l’Institut national de prévention et d’éducation
pour la santé et les résultats de l’enquête SUVIMAX
3.1. L’enquête INCA
Une enquête nationale sur les consommations alimentaires des adultes et
des enfants en France a été réalisée en 1999 par le Centre de recherche pour
l’étude et l’observation des conditions de vie (CREDOC). Il s’agit de l’enquête
INCA (Individuelle et nationale de consommation alimentaire) qui porte sur les
consommations alimentaires de 3.003 individus de 3 ans et plus, représentatifs de
la population française. Celle-ci confirme à la fois un effritement des modèles
alimentaires traditionnels à travers le développement de la consommation de
produits faciles à consommer en tous lieux (tels que pizza, quiches, sandwiches
sodas, jus de fruit…) et une forte demande de la part des consommateurs en
matière d’éducation à l’alimentation, d’informations, de contrôle par les pouvoirs
publics et de recherche scientifique dans les domaines de la nutrition.
Les principaux résultats de l’enquête sont résumés ci-après.
? La perception des risques alimentaires s’accompagne d’un sentiment de
perte de repères alimentaires traditionnels.
La mutation des pratiques alimentaires, notamment la cohabitation dans la
population d’habitudes alimentaires souvent différentes et parfois opposées,
contribue aux interrogations de chacun et explique la forte réactivité des
consommateurs et de l’opinion publique aux multiples crises alimentaires. En
particulier, les très fortes différences de consommations et de comportements
alimentaires entre générations ne peuvent que susciter des doutes parmi les plus
anciens d’entre-nous sur la permanence d’un modèle alimentaire « français »
traditionnel et rassurant. Dans l’enquête, l’idée la plus souvent associée à la
perception générale des risques alimentaires est le sentiment de dégradation de la
qualité des produits alimentaires depuis les dix dernières années.
? La perception des risques nutritionnels et sanitaires : vers une nouvelle
culture nutritionnelle ?
Ainsi, dans leur perception des risques alimentaires, les consommateurs
accordent une très grande place aux risques nutritionnels et particulièrement à
l’obésité et aux maladies de société (maladies cardiovasculaires, diabète …). Les
doutes des consommateurs en matière de sécurité alimentaire (risques de
contamination physico-chimique ou microbiologique) apparaissent plus comme
des symptômes d’un profond bouleversement des rapports à l’alimentation,
auquel les perceptions des risques nutritionnels et sanitaires sont intimement liés.
Il est frappant de constater que les groupes d’aliments les plus victimes des crises
alimentaires (viandes, matières grasses, charcuteries …) sont aussi ceux qui
28
souffrent le plus d’un déficit d’image sur le plan nutritionnel : ils sont aussi
considérés comme vecteurs de nutriments à éviter (matières grasses, sel …).
L’intérêt croissant pour la nutrition dans une société vieillissante et
préoccupée de son état de santé s’explique aussi par ce manque de lisibilité des
évolutions alimentaires : les consommateurs souhaitent une amélioration de la
qualité des aliments, mais les doutes qu’ils expriment sur leurs propres
comportements alimentaires ou sur ceux de leurs proches ne peuvent que les
conduire à s’interroger davantage sur les pratiques de l’ensemble de la filière
alimentaire qu’ils avouent assez largement méconnaître.
De fait, l’intérêt pour les nutriments présents dans les aliments témoigne
d’une tendance à rechercher d’autres repères que la confiance ancestrale dans
l’alimentation traditionnelle « variée et équilibrée ». Le calcium, les protéines,
les « sucres lents » ou les fibres font l’objet d’un intérêt soutenu de la part des
adultes et les aliments associés à ces nutriments ne révèlent pas d’erreur
nutritionnelle majeure. Les matières grasses et les sucres sont identifiés comme
des composants de l’alimentation plutôt à éviter.
? Les nouvelles exigences de sécurité alimentaire remettent en cause les
habitudes relatives à l’hygiène alimentaire.
La méconnaissance de critères simples d’évaluation de la sécurité
microbiologique à domicile en particulier – comme la température des
réfrigérateurs et le manque de temps alloué à leur entretien – accroît les
interrogations sur ce thème. La très forte attention portée aux dates limites de
consommation prouve bien, si cela était nécessaire, la forte sensibilité des
consommateurs à l’hygiène et à la sécurité microbiologique. L’augmentation des
exigences remet donc en cause les anciennes habitudes.
? L’évolution de la consommation alimentaire et des apports nutritionnels
des adultes : moins de lipides, mais autant d’énergie pour plus de
plaisir.
La tension entre la recherche de plaisir alimentaire et le souci d’éviter les
aliments trop énergétiques aboutit à une stabilisation des apports énergétiques
entre 1994 et 1999 pour les adultes et à un léger accroissement de l’énergie
consommée par les enfants de 3 à 14 ans.
Cet arrêt de la tendance séculaire à la baisse des apports énergétiques est
d’autant plus surprenant qu’il s’accompagne chez les adultes d’arbitrages plutôt
défavorables aux lipides, plus denses énergétiquement que les glucides ou les
protéines.
De ce point de vue, l’évolution des choix alimentaires est cohérente avec
les attitudes : le rejet des matières grasses – et en particulier des matières grasses
saturées – explique la décroissance relative des apports lipidiques chez les
adultes. Cependant, l’attrait des aliments glucidiques tels que les boissons
sucrées ou les sandwiches peu gras compense la réduction des consommations de
matières grasses et conduit à une stabilité des apports énergétiques.
29
Le rejet des matières grasses est particulièrement sensible chez les
personnes âgées (rejet lié au degré élevé de la saturation de l’appétit). On
n’observe pas d’opposition sur ce thème entre les hommes et les femmes : elles
consomment proportionnellement autant de lipides que les hommes.
? Une consommation toujours assez forte d’acides gras saturés.
La part des graisses saturées est identique pour les deux sexes : 48 % de
l’ensemble des acides gras. Ce taux est voisin de celui constaté dans certains
pays du Nord de l’Europe comme la Suède (48 %). Il est nettement supérieur à
celui observé dans d’autres régions du Sud de l’Europe comme la
Catalogne (37 %). Les acides gras saturés représentent 16 % des apports
énergétiques, proportion voisine de celle constatée en Allemagne (17 %). Ce
taux est élevé par rapport aux recommandations proposées dans plusieurs pays
européens (10 % pour les pays nordiques). Les résultats de cette enquête
confirment donc la composante alimentaire du fameux paradoxe français : la
forte consommation de lipides par rapport aux recommandations et notamment
d’acides gras saturés.
? Une évolution parallèle à celle observée dans les pays anglo-saxons :
plus de boissons sucrées et d’aliments de « snacking », notamment chez
les jeunes.
L’évolution de la consommation vers plus de glucides et moins de lipides
fait écho à ce qui est observé depuis quelques années dans les pays anglo-saxons
(Etats-Unis et Royaume-Uni) ou du Nord de l’Europe (Pays-Bas). Le discours
nutritionnel défavorable aux lipides a bien été intégré dans les choix alimentaires
de bon nombre de consommateurs.
Aux Pays-Bas, le système national de surveillance de la consommation
alimentaire, qui dispose de trois enquêtes nationales individuelles comparables
entre 1989 et 1998, montre principalement une baisse de la consommation de
matières grasses – et spécialement de beurre et de sauces – et une augmentation
régulière de la consommation de boissons sucrées et de « snacks » salés.
Cependant, les niveaux moyens de consommation atteints pour les sodas et
jus de fruits en France (98 ml/jour pour les adultes et le double pour les enfants)
restent pour l’instant nettement inférieurs à ce qu’ils sont dans les pays anglosaxons.
Il s’ensuit une moindre consommation de sucres simples
proportionnellement à l’ensemble de la consommation de glucides.
Ce développement de la consommation d’aliments de « snacking » ne
révèle pas pour autant une modification profonde des rythmes alimentaires : les
trois repas traditionnels sont pris très régulièrement par les adultes et les enfants
et la consommation hors repas s’appuie sur la permanence du goûter chez les
jeunes adultes. Il est à noter que le constat n’est pas partagé par de nombreux
observateurs qui ont tendance à constater une « déstructuration des repas »
(cf. supra).
30
? Une consommation de sucres rapides plus forte chez les adolescents et
les femmes que chez les hommes, mais moins élevée que dans les pays
anglo-saxons.
Les préférences des femmes diffèrent de celles des hommes par un plus
grand attrait pour les aliments sucrés : alors que les hommes consomment plus de
féculents et d’aliments vecteurs de glucides lents (pain, pommes de terre et
pâtes), les femmes préfèrent les produits sucrés (produits laitiers ultra-frais,
biscuits, chocolat).
? Une consommation assez élevée de fruits et légumes se maintient chez
les consommateurs âgés, mais les consommations sont faibles chez les
jeunes et les apports moyens en fibres sont limités.
La baisse de la consommation de fruits et légumes observée dans certains
pays européens comme les Pays-Bas n’est pas mise en évidence en France.
Ces grandes différences de consommation de fruits et légumes entre
groupes d’âge incitent à s’interroger sur leur caractère générationnel qui
impliquerait à long terme une baisse de la consommation par renouvellement des
générations.
Du fait de cette consommation assez faible de fruits et légumes et de la
consommation courante de pain blanc, les apports en fibres sont faibles dans
l’ensemble de la population : 17,6 g/jour pour les adultes.
? Les décalages entre consommations et opinions révèlent des besoins
d’information et d’évolution de l’offre alimentaire.
En conclusion, cette enquête nationale de consommation alimentaire
apporte une photographie très contrastée de l’alimentation des Français : les
habitudes alimentaires sont loin d’être uniformes et diffèrent beaucoup entre
groupes d’âge, entre hommes et femmes et tout simplement entre individus.
Si l’étude des opinions révèle une grande préoccupation des
consommateurs à la fois en matière de nutrition et de sécurité alimentaire,
l’examen des habitudes de consommation montre que ces préoccupations sont
souvent en phase avec les pratiques mais que des décalages significatifs existent
entre les connaissances, les attitudes et les choix alimentaires.
Deux tendances apparaissent très cohérentes :
- d’une part, la méfiance à l’égard des matières grasses en général – et
des graisses saturées en particulier – est cohérente avec une tendance
à consommer relativement moins de graisses chez les adultes,
notamment chez les plus âgés d’entre eux ;
- d’autre part, les viandes souffraient, à la date de l’enquête, d’une
image peu favorable depuis la crise de l’ESB et la consommation de
bœuf ou de veau avait du mal à se maintenir, spécialement chez les
femmes.
31
Ces deux tendances sont aussi cohérentes entre elles. Le rejet des graisses
saturées, d’origine animale et de certains produits carnés, révèle une attractivité
générale des produits végétaux, aussi bien sur le plan de l’image nutritionnelle
que des choix de consommation. Cette tendance apparaît plus nettement chez les
femmes. On ne peut pourtant pas parler de développement du végétarisme en
France en raison des forts taux de consommation sur une semaine des viandes
(96 %), des fromages (93 %) ou de la charcuterie (93 %).
Pour d’autres aliments ou nutriments, des décalages importants existent
entre les opinions et les choix réels de consommation.
C’est notamment le cas des fruits et légumes qui bénéficient d’une
excellente image nutritionnelle, particulièrement pour les vitamines et minéraux
mais dont la consommation reste relativement moyenne comparativement aux
autres pays européens. Les jeunes adultes et les adolescents consomment très
peu de fruits et de légumes, alors que ce sont eux qui déclarent le plus rechercher
des vitamines et minéraux. La consommation de fibres, valorisée et associée
dans l’esprit des consommateurs aux fruits, légumes et céréales, est plutôt faible
comparativement aux objectifs de l’OMS ou aux apports constatés dans d’autres
pays européens. Il y a là une contradiction entre l’image nutritionnelle excellente
et la consommation relativement peu dynamique qui ne peut s’expliquer que par
d’autres freins à la consommation (goût, inconstance de la qualité, prix…). Le
manque de facilité à consommer les fruits et légumes n’explique pas pourquoi la
moitié de la consommation de fruits a lieu hors repas aux Pays-Bas, alors qu’en
France cette proportion n’est que de 12 % pour les adultes et 19 % pour les
enfants. Une meilleure connaissance des freins à la consommation de fruits
et légumes apparaît indispensable à une politique de santé publique
cherchant à favoriser cette consommation.
Autre paradoxe, alors que les sucres simples sont globalement plutôt évités
et que les « sucres lents » sont recherchés par les consommateurs, la part de
glucides simples dans l’ensemble des glucides est assez élevée, spécialement
pour les femmes et les adolescents. Cette proportion reste inférieure à ce qu’elle
est dans les pays anglo-saxons, mais l’augmentation constatée de la
consommation de sodas et jus de fruits risque cependant de rapprocher
progressivement la France de la situation d’Outre-Manche. Les données actuelles
de composition des aliments ne permettent cependant pas de distinguer
parfaitement le caractère plus ou moins « lent » des glucides consommés. C’est
probablement cette difficulté pour le consommateur à distinguer les aliments
riches en glucides « lents » des aliments riches en glucides « rapides » qui peut
expliquer ce décalage entre attitudes et comportements dans le domaine des
aliments glucidiques.
Pour certains micronutriments tels que le calcium, le décalage entre
attitudes et comportements est aussi manifeste. Alors que les apports calciques
moyens sont souvent nettement inférieurs aux apports nutritionnels conseillés
(ANC), en particulier pour les jeunes femmes, le calcium est le nutriment le plus
32
recherché par toutes les catégories de population. Il est vrai que beaucoup
d’aliments riches en calcium comme les produits laitiers sont peu consommés
hors repas et hors foyer, et sont donc limités par l’univers de la consommation à
table et à domicile. Mais on peut aussi se demander s’il n’est pas difficile pour
les consommateurs de savoir de façon fiable si leur consommation de calcium est
suffisante ou non. Des recommandations de fréquences de consommation dans le
cadre de la réflexion sur les ANC devraient permettre à chacun de mieux se
repérer.
Le renouvellement prochain de cette enquête, dont les méthodes seront
améliorées, permettra à la fois de surveiller les apports alimentaires et
nutritionnels de la population française, mais aussi d’envisager des pistes
d’actions coordonnées de l’ensemble des acteurs de l’alimentation pour relever le
défi d’une alimentation plus satisfaisante sur les plans de la nutrition, de la
sécurité et du plaisir, dans le respect des choix individuels des consommateurs.
3.2. Le baromètre santé/nutrition
« Comment évoluent les attitudes des Français en matière d’alimentation ?
Les premiers résultats du « Baromètre santé nutrition 2002 », publiés en avril
2003 par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes),
montrent que les comportements alimentaires sont de plus en plus influencés par
le facteur « santé ». Lors de la composition d’un repas, ce critère arrive en tête
chez 73,4 % des personnes interrogées (contre 69,8 % en 1996 lors du premier
Baromètre), devant les préférences en matière de goût, le prix et le temps de
préparation.
Cette prise de conscience de l’importance du « bien manger » pour se
« bien porter » se retrouve dans l’évolution des habitudes de consommation.
Ainsi, l’huile d’olive est de plus en plus utilisée dans la vinaigrette (par près de
40 % des gens, contre 20 % en 1996) et pour la cuisson des aliments (16,4 %,
contre 5,7 %). Les consommateurs exclusifs d’eau minérale sont passés de
36,7 % à 50,7 % entre 1996 et 2002 ; 18,3 % des personnes interrogées déclarent
avoir consommé des produits « bio » au cours des quinze derniers jours (6,6 %
en 1996). Parallèlement, les plats cuisinés « tout prêts » font moins recette
(45,4 % déclarent en avoir acheté, contre 51,6 % en 1996), de même que les
suppléments vitaminiques (9,6 % contre 13,1 %).
Ces résultats doivent être nuancés suivant le sexe, le lien entre alimentation
et santé restant, pour l’heure, une valeur davantage féminine. Si, depuis 1996, la
proportion des personnes atteintes d’obésité reste stable chez les femmes (entre
5,8 % et 5,6 %), elle augmente significativement chez les hommes, passant de
7,4 % à 9,8 % en 2002. En outre 9,4 % des femmes déclarent suivre un régime
amaigrissant (6,8 % en 1996) contre 3,8 % des hommes.
33
Alors que le Programme national nutrition santé (PNNS), lancé par les
pouvoirs publics, a fixé « neuf objectifs nutritionnels prioritaires en termes de
santé publique » – parmi lesquels l’augmentation de l’activité physique
quotidienne, de la consommation de fruits et légumes (cinq par jour) ou encore la
réduction de la consommation des acides gras saturés -, les résultats du
Baromètre restent encore éloignés de ces recommandations.
? Hommes plus sédentaires.
Interrogées sur le contenu de leur alimentation durant la journée précédant
l’entretien, 54,7 % des personnes ont mangé moins de trois fruits et légumes,
78,7 % une ou deux fois de la viande, du poisson ou des œufs, 75 % ont
consommé au moins trois fois des féculents et 38 % au moins trois produits
laitiers. Quant à l’activité physique, 86,9 % des hommes, contre 79,4 % des
femmes déclarent avoir marché ou pratiqué un sport la veille de l’entretien. Si les
femmes sont un peu moins sportives, elles passent, en revanche, moins de temps
que les hommes à des occupations sédentaires (ordinateur, console de jeux,
télévision).
Enfin, 39,6 % des sondés (contre 19,6 % en 1996) se plaignent de la
difficulté de comprendre les informations sur la composition des produits. Cette
critique, estime l’Inpes, peut résulter soit « de l’étiquetage lui-même ou de
l’attitude du consommateur, qui, davantage intéressé par la nutrition, lit de
manière accrue les étiquettes ».
3.3. L’enquête SUVIMAX (supplémentation en vitamines et minéraux
anti-oxydants)
a) Les objectifs de cette étude
Elle avait pour objectif d’établir les relations entre l’alimentation, la
nutrition et la survenance de certaines maladies et de tester l’efficacité d’un
apport adéquat de vitamines et de minéraux anti-oxydants sur la prévention des
cancers, des maladies cardio-vasculaires ….
Pendant 8 ans, 13 000 personnes, femmes de 35 à 60 ans et hommes de 45
à 60 ans, ont été sélectionnées parmi 80 000 volontaires.
Les volontaires ont été répartis en deux groupes, un groupe recevant une
dose de vitamines et de minéraux anti-oxydants, l’autre groupe prenant un
placebo. Ils ont dû répondre régulièrement à des questionnaires concernant leur
état de santé, leur mode de vie, leur façon de s’alimenter, ont accepté un suivi
médical régulier incluant des tests de dépistage, des bilans de surveillance.
La masse des données recueillies permettra d’étudier les liens entre
alimentation et santé.
L’alimentation est un facteur sur lequel il est, à la différence d’autres,
possible d’agir, même si les habitudes alimentaires sont difficiles à modifier.
34
b) Les résultats
Ceux-ci ont été rendus publics le 21 juin 2003. Ils montrent que l’apport de
vitamines et de minéraux anti-oxydants, à doses nutritionnelles, réduit, de
manière importante (31 %) le risque de cancer chez les hommes. Ce résultat n’est
pas retrouvé chez les femmes qui consomment déjà plus de fruits et légumes,
aliments riches en anti-oxydants.
En revanche, le risque cardio-vasculaire n’a pas été modifié selon
l’appartenance à l’un ou l’autre groupe d’étude.
L’étude avait pour objectif de tester l’intérêt des anti-oxydants à doses
comparables à celles qui se trouvent dans l’alimentation.
Elle confirme l’intérêt d’une consommation régulière de fruits et
légumes comme le recommande le PNNS, aliments qui apportent par ailleurs des
fibres et autres substances utiles pour la santé. Certains scientifiques contestent
le fait que la seule alimentation puisse apporter ces doses d’antioxydants reçues
par les volontaires de cette enquête.
c) Les caractéristiques régionales de l’alimentation de nos
concitoyens
L’étude a également dégagé quelles étaient les caractéristiques régionales
de l’alimentation des Français, l’alimentation des hommes et des femmes suivant
à peu près la même tendance dans chaque région.
En retenant les résultats pour les hommes, il apparaît que :
- le Sud-Ouest est la région où l’on mange le plus de fruits et de
légumes et la soupe y est plus appréciée qu’ailleurs ainsi que la
volaille, les œufs et les légumes secs ;
- le Nord-Ouest : les fruits et légumes sont délaissés au profit des
pommes de terre (1er rang), du pain, de la viande (1er rang), du beurre
et du lait.
- l’Ouest : on y mange de tout. Les hommes y consomment surtout des
fruits (moins de légumes), du pain, des pommes de terre ; ils sont les
premiers en matière de consommation de poissons et fruits de mer, et
de matières grasses surtout sous forme de beurre ;
- la région Rhône-Auvergne, les hommes consomment volontiers des
produits laitiers, mais pas de lait. Légumes et fruits sont consommés
en abondance ;
- le Nord-Est, ils consomment beaucoup de charcuterie et de croissants.
Ils sont de faibles consommateurs de poissons, mangent peu de
légumes ou d’œufs ;
- le Centre-Est, les hommes sont les premiers consommateurs de lait,
de produits laitiers et sont de grands consommateurs de pain ;
35
- la région Méditerranée, ils consomment peu de produits laitiers, de
matière grasse et surtout peu de beurre, de viande, de pain, de
pommes de terre et de charcuterie. Ils se classent au troisième rang
pour la consommation de légumes ;
- la région Ile-de-France, ce sont les seconds mangeurs de viandes et de
poissons. Ils consomment beaucoup de yaourts et boudent les soupes.
D’une manière générale, les hommes mangent beaucoup plus (>50 %) de
viandes, de charcuterie, de volailles, de fromages, de sucre et de sodas que les
femmes. Ils mangent 20 % de plus de matières grasses. Ils consomment 2,5 fois
plus de vin et 4 fois plus de bière.
Les femmes consomment 25 % de plus de yaourts, beaucoup plus de
soupes, plus de légumes et autant de fruits que les hommes. Elles boivent 2 fois
plus de thé.
d) La prévalence de l’obésité
L’étude SUVIMAX fait apparaître une prévalence de l’obésité (indice de
masse corporelle > 30 kg/ m2) de 8,5 % pour les hommes de 45 à 60 ans, de
7,5 % chez les femmes. La prévalence du surpoids (indice de masse corporelle
entre 25 et 30 kg/ m2) est de 45 % chez les hommes et de 21 % chez les femmes.
L’âge est un facteur reconnu de surpoids.
3.4. SUFOLON
Cette étude, en lien avec Suvimax, portera pendant cinq ans sur 3000
personnes ayant des antécédents cardiaques ; elle permettra d’étudier les effets
d’une supplémentation en folates (vitamines B9) et en oméga 3 (acides gras
présents notamment dans le poisson) sur la fréquence des maladies cardiovasculaires.
*
* *
Dans les sociétés démocratiques, les citoyens refusent qu’on les force et
recherchent le débat. Ils revendiquent le respect de leur intégrité physique (la
santé) et de leur identité, et sont donc particulièrement sensibles à l’égard des
aliments. Les consommateurs passent ainsi d’une situation passive de
consommateurs à une place active.
Les mangeurs ont parfois l’impression d’avoir été trompés. Ils ont
perdu confiance vis-à-vis de l’ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire, des
pouvoirs publics et même des « experts ». Ils revendiquent le droit à
l’information sur les produits (leur composition), sur les systèmes de production
(« d’où ça vient ? » et « comment ça a été fait ? ») et sur les conséquences
immédiates et à long terme de la consommation. Et lorsque les systèmes de
production et les choix technologiques leur semblent en transgression par rapport
36
à leurs systèmes de valeur (comme les farines animales, OGM…), ils
revendiquent un droit de regard et de discussion avec les acteurs concernés1.
Les citoyens revendiquent pour eux et pour les générations futures le
respect de l’environnement : l’arrêt de la pollution de l’eau et de l’air, la
protection des végétaux, la sauvegarde des paysages et le bien-être des animaux.
Les demandes de produits d’agriculture biologique ou raisonnée correspondent à
cette préoccupation.
Les citoyens mangeurs veulent avoir la possibilité de choisir et de
co-décider de leur alimentation.
On peut donc s’interroger sur le point de savoir si une éducation à
l’alimentation ne serait pas de nature à éclairer le citoyen dans ses choix.
1 Rapport et avis du Conseil économique et social : « La sécurité sanitaire des aliments », Gilbert
Capp – J.O n°22/2001.
37
II – L’INTÉRÊT D’UNE EDUCATION À L’ALIMENTATION
La distanciation entre l’aliment et le mangeur due à un allongement de la
chaîne alimentaire, à des modes de vie qui ont évolué en liaison avec
l’urbanisation, le développement des moyens de transport et de communication,
celui des médias et surtout de la télévision, ont entraîné une perte de repères pour
le consommateur et démontrent l’intérêt d’une éducation à l’alimentation.
Au cours des dernières années, la sensibilisation des pouvoirs publics à
cette question s’est traduite, au niveau national, par la tenue d’états généraux de
l’alimentation et par la mise au point d’un programme national nutrition santé
(PNNS). Au niveau communautaire, l’importance de l’éducation à l’alimentation
est également devenue une nouvelle préoccupation. Celle-ci doit s’accompagner
d’une éducation au goût. Cet intérêt d’une éducation à l’alimentation est
essentiel pour les populations défavorisées.
1. Les états généraux de l’alimentation
Des états généraux de l’alimentation ont été organisés de septembre à
décembre 2000 par les pouvoirs publics, avec pour thème « Que voulons-nous
manger ?»
Dans ce cadre, une enquête d’opinion IPSOS a été réalisée en octobre 2000
pour cerner les opinions et les comportements des Français par rapport à la
question de l’alimentation. Elle faisait apparaître que les améliorations les plus
perçues concernaient la diversité des produits proposés (77 %), le mode de
conservation des aliments (73 %), d’où une facilité plus grande de préparation
des repas pour 7 personnes interrogées sur 10.
Les deux tiers des Français considéraient que l’hygiène et les contrôles
sanitaires lors de la production des aliments avaient fait des progrès depuis une
dizaine d’années. Pour plus des trois quarts des Français les risques sanitaires
ne seraient pas plus nombreux mais mieux connus car les contrôles sont plus
fréquents.
En matière d’information, les personnes interrogées soulignaient son
manque de caractère « pratique » et la nécessité d’un suivi.
Ces états généraux ont démontré la nécessité :
- d’améliorer les informations du public sur les produits ;
- de développer les débats publics sur l’alimentation ;
- de mettre en œuvre un Programme national nutrition-santé,
accompagné d’une sensibilisation et d’une éducation à l’alimentation.
Ils ont aussi souligné le nouveau rôle des consommateurs en tant que
co-décideurs dans le domaine de l’alimentation.
38
2. Au niveau européen : la résolution du Conseil du 14 décembre 2000
La France, lors de sa présidence au second semestre de 2000 de l’Union
européenne avait fait de la nutrition l’une de ses priorités, ce qui avait conduit à
l’adoption d’une résolution du Conseil en date du 14 décembre 2000 qui
souligne l’importance de la nutrition comme l’un des déterminants majeurs de la
santé et la nécessité de respecter toute la richesse des cultures alimentaires de
l’Europe. Cette résolution note que l’information sur une alimentation saine est
l’une des composantes importantes d’une politique nutritionnelle.
Le Conseil invitait les Etats membres « à développer les capacités de la
population, dès la petite enfance, à toutes les étapes de la vie, à faire des choix
éclairés de consommation, en promouvant des attitudes et des habitudes
alimentaires favorables à la santé ainsi qu’en apportant une information à ce
sujet ».
En 2002, la Commission a rendu public le rapport Eurodiet, qui donne des
orientations sur l’alimentation.
3. Le programme national nutrition santé (PNNS)
Ayant établi que la nutrition influe sur l’état de la santé d’une population,
le Programme national nutrition santé (PNNS) a été lancé en janvier 2001
s’appuyant sur les recommandations du Haut comité de la santé publique ainsi
que sur les travaux des directions techniques des différents ministères impliqués,
du Conseil national de l’alimentation, de la Caisse nationale d’assurance maladie
et de la Fédération nationale de la mutualité française, de scientifiques et de
représentants des consommateurs.
Le PNNS est prévu pour la période 2001-2005, sa mise en œuvre implique
la participation des différents partenaires concernés tant publics que privés
(experts scientifiques, spécialistes de la santé publique, acteurs économiques,
consommateurs,…)
3.1. Les objectifs du PNNS
L’objectif général du PNNS est d’améliorer l’état de santé de l’ensemble
de la population en agissant sur l’un des déterminants qu’est la nutrition.
Neuf objectifs nutritionnels ont été jugés prioritaires, ils devraient conduire
à inciter certains consommateurs à modifier leurs comportements alimentaires.
Le PNNS vise à :
- augmenter la consommation de fruits et légumes (l’objectif est de
réduire de 25 % le nombre de petits consommateurs de fruits et de
légumes) ;
- augmenter la consommation de calcium (en réduisant de 25 % le
nombre de personnes ayant des apports calciques en dessous des
apports nutritionnels conseillés) ;
39
- réduire les apports lipidiques, afin qu’ils représentent moins de 35 %
de l’apport énergétique journalier ;
- augmenter l’apport glucidique pour qu’il représente plus de 50 % de
l’apport énergétique journalier sous forme de sucres et réduire
l’apport en sucres rapides.
Les autres recommandations concernent la réduction de la consommation
d’alcool dans la population générale afin de réduire une contribution excessive
de son apport énergétique. Certaines recommandations sont plus directement
liées à la santé comme la réduction de la cholestérolémie, la réduction de la
pression artérielle systolique.
La réduction de 20 % de la prévalence du surpoids et de l’obésité est l’un
des neuf objectifs de PNNS.
En France, l’obésité concernerait 7 à 10 % des adultes et 10 à 12,5 % des
enfants de 5 à 12 ans et selon le ministère de la santé sa prévalence serait en nette
augmentation depuis quelques années.
Selon la Conférence sur l’obésité qui s’est tenue à Copenhague en
septembre 2002, au cours des dix prochaines années, l’obésité pourrait atteindre
dans l’Union européenne le même niveau de prévalence que celui observé aux
Etats-Unis où l’on estime qu’un tiers de la population est obèse et un autre tiers
atteint de surcharge pondérale.
L’insuffisance ou la surcharge pondérale s’apprécie par rapport à l’indice
de masse corporelle moyen (poids en kg sur taille en mètres élevée au carré) qui
pour un adulte devrait être compris entre 18,5 et 25. Au-delà de 25 il y aurait
surpoids, au-delà de 30 il y a obésité.
Est enfin recommandéé par le PNNS, une activité physique journalière
équivalent à une demi-heure de marche rapide.
Neuf objectifs nutritionnels spécifiques visent des catégories de personnes
ou des situations particulières, un concerne le problème des allergies
alimentaires, un autre le déséquilibre de l’alimentation des personnes en situation
de précarité.
Le PNNS tend donc à promouvoir pour la population en général, une
alimentation équilibrée associée à un minimum d’activité physique, « bien
manger pour bien se porter », facteur de bien-être et de qualité de vie.
3.2. La stratégie proposée
Quelle est la stratégie proposée pour y parvenir tout en en rappelant que le
choix alimentaire individuel est un acte libre, que manger n’a pas une vocation
uniquement biologique mais a aussi une dimension sociale, culturelle, et devrait
être un moment de plaisir partagé.
40
Parmi les axes stratégiques retenus, le premier concerne l’information des
consommateurs et l’éducation des jeunes. La filière de l’agroalimentaire, la
restauration collective ainsi que les consommateurs au travers de leurs
associations sont impliqués dans ce programme.
a) L’information
Le consommateur reçoit de très nombreux messages dans lesquels il est
souvent difficile de faire la part entre publicité et information fiable et
scientifiquement validée.
Plusieurs mesures ont été prévues par le PNNS pour informer le
consommateur et l’aider dans ces choix alimentaires.
- la diffusion d’un guide alimentaire national ;
- la diffusion de guides spécifiques par public ;
- la promotion de la consommation des fruits et légumes ;
- la création d’un site Internet ;
- le développement de réseaux de proximité ;
- un logo PNNS permettant d’identifier toute action publique ou privée
s’inscrivant dans le cadre de ce programme.
? Un guide alimentaire
Il a été conçu pour donner au grand public une information simple,
complète et validée pour une alimentation équilibrée.
Le guide alimentaire pour tous a été élaboré par un groupe de travail mis en
place par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) et a été
validité par trois comités d’experts, de l’AFSSA, de la Direction générale de la
santé et du PNNS. Il a été présenté au Conseil national de l’alimentation. Des
chefs cuisiniers ont apporté leur contribution en conseils culinaires et recettes. Le
guide alimentaire propose des conseils en tenant compte d’habitudes alimentaires
et de modes de vie différents. Les recommandations sont par exemple prévues
pour celui qui mange un sandwich tous les midis, pour celui qui a toujours faim,
pour celui qui est végétarien, pour celui qui mange souvent au restaurant ou pour
celui qui prépare à manger pour sa famille.
L’on y apprend ainsi qu’il est recommandé de manger au moins 5 fruits et
légumes par jour, 3 produits laitiers par jour, qu’il n’y a pas de recommandations
spécifiques sur la quantité de pain à consommer par repas, mais manger
l’équivalent d’une baguette de pain par jour n’est pas excessif, la quantité
consommée doit être modulée en fonction de celles des autres féculents.
Il y est aussi précisé qu’un litre de soda contient l’équivalent de 15 à 25
morceaux de sucre de 5 grammes, ou qu’un fromage blanc étiqueté « 20 % de
MG » (soit 20 gr pour 100 gr d’extrait sec) contient en fait 4 gr de MG pour
100 gr de produit fini (extrait sec + eau).
41
Il est prévu des guides spécifiques pour les jeunes enfants, les adolescents,
les personnes âgées, les femmes enceintes. Celui pour les adolescents devrait
paraître prochainement.
Une alimentation variée et équilibrée et un minimum d’activité physique
sont comme l’indique le guide de l’alimentation des facteurs de protection contre
le cancer, les maladies cardio-vasculaires, l’ostéoporose, le diabète, l’obésité et
l’hypercholestérolémie. Le guide alimentaire dont la présentation illustrée incite
à sa lecture, souligne avant toute autre recommandation que « manger est un des
plus grands plaisirs de la vie depuis le plaisir de ne plus avoir faim et d’être
rassasié en passant par le plaisir gastronomique des bons repas, en passant par
le plaisir de faire une pause dans le travail, de se retrouver en famille ou entre
amis, et même le plaisir de ne pas se soucier de ce qu’on mange ».
Une large diffusion gratuite de ce guide a été faite à la fois auprès des
associations, de certains publics et par l’intermédiaire des kiosques de presse, au
prix de 2 Euros pour le grand public. Une édition spécifique pour les
professionnels de la santé a été diffusée à 300 000 exemplaires.
Cette diffusion semble toutefois avoir insuffisamment touché les
milieux susceptibles de promouvoir une éducation à l’alimentation et le
grand public. Elle mériterait d’être reprise, et devrait être précédée d’une
campagne médiatique de sensibilisation à une bonne alimentation.
? La promotion des fruits et des légumes 1.
Un nombre élevé de Français sont de petits consommateurs de fruits et de
légumes (60 % d’entre eux en consomment moins de 500 g par jour). Avec une
consommation moyenne des adultes de 285 g par jour de fruits et légumes, 145 g
de fruits et 140 g de légumes (hors pommes de terre), la France se situe à un
niveau moyen (248 g au Royaume Uni, 200 g en Irlande) loin derrière l’Italie
avec 433 g. Selon l’AFSSA, les 15-24 ans sont trois fois moins consommateurs
que les plus de 65 ans.
Des campagnes médiatiques de promotion, relayées au niveau de la
restauration collective et en milieu scolaire ont été prévues pour inciter à une
plus grande consommation. Réalisées en fin d’année elles se sont trouvées en
concurrence avec d’autres campagnes publicitaires, leur effet en a été réduit.
Des distributions gratuites de fruits ont été faites dans les écoles en liaison
avec les mairies, les producteurs et les associations.
Mais seuls des fruits mûrs et savoureux peuvent donner envie d’en
consommer.
1 Hors légumineuses, céréales, légumes-racines
42
? Le développement des réseaux de proximité.
Ils doivent permettre une communication de proximité et une adaptation au
contexte local. Le PNNS note que les structures pouvant s’impliquer dans le
champ de la nutrition ne sont pas suffisamment développées. Une éducation à la
nutrition est particulièrement importante dans les quartiers difficiles.
b) L’importance de l’éducation
Les comportements alimentaires s’acquièrent très tôt dans la famille sous
l’influence de l’entourage proche, mais aussi des médias. L’Education
nationale doit jouer un rôle déterminant dans cette éducation :
- par l’intégration de la dimension nutrition dans les programmes
scolaires ;
- en développant la création d’outils pédagogiques sur la nutrition. Un
CD-Rom « alimentation-nutrition », en cours d’élaboration, sera
diffusé en liaison avec le guide alimentaire pour les enfants et les
adolescents. Un outil interactif et ludique rend plus accessible ces
informations ;
- en analysant la conformité au PNNS du matériel pédagogique produit
par les firmes agroalimentaires à destination des élèves ;
- en utilisant la restauration scolaire pour une éducation au goût et à la
nutrition des enfants et des adolescents.
En juin 2001, a été publiée une circulaire relative à la composition des
repas servis en restauration scolaire et à la sécurité des aliments, co-signée par
huit ministres. Elle fait de l’école un lieu d’éducation nutritionnelle et de
l’éducation au goût. Elle s’appuie sur les recommandations du groupe permanent
d’études des marchés de denrées alimentaires et de l’AFSSA, et remplace une
circulaire de 1971.
Par ailleurs, la mise en place de fontaines d’eau fraîche dans les
établissements scolaires est recommandée.
c) L’implication des consommateurs et des professionnels de la
filière agroalimentaire
Il s’agit de voir comment les informations promotionnelles sur la valeur
santé des produits et services alimentaires peuvent prendre en compte les
objectifs du PNNS. Ce dernier souligne que les professionnels de
l’agroalimentaires et des filières alimentaires sont des acteurs importants de la
politique nutritionnelle.
43
d) La mise en place d’un système de surveillance de la consommation
alimentaire.
Une évaluation du PNNS est prévue à mi-parcours et à la fin du
programme en 2006. La mise en place d’un système de surveillance de la
consommation alimentaire est nécessaire pour apprécier si les objectifs fixés par
ce programme sont atteints ou s’il convient de réorienter certaines actions.
e) La recherche en nutrition humaine.
Le PNNS a prévu la mise en place du Réseau alimentaire référence Europe
(RARE) qui devrait permettre le développement d’actions de recherche associant
recherche publique et recherche privée. Un volet est orienté vers l’étude des
comportements alimentaires et la prévention des grandes pathologies.
Le Programme national nutrition santé a permis à la fois une prise de
conscience de la nécessité d’une éducation à l’alimentation et une
identification des différents acteurs susceptibles de concourir à cette
éducation. Il sera indispensable de vérifier que les mesures recommandées
ont été mises en œuvre. Le PNNS n’aura de résultats que s’il est soutenu par
une volonté politique forte.
4. L’éducation au goût et au plaisir
Parmi les évolutions les plus significatives des attentes et des motivations
des consommateurs, l’intérêt pour le goût des aliments et la variété des saveurs
est l’une des plus marquantes. Dans le monde agroalimentaire, la mode est aux
produits gourmands et, plus généralement, à la diversification de l’offre de goûts.
On voit ainsi se multiplier les offres. Par exemple, sur les rayons
ultra-frais, le marché des yaourts se segmente de plus en plus, en privilégiant
encore et toujours plus de goût. Les industriels de l’alimentaire ne sont pas les
seuls à exploiter cette tendance et à en faire bénéficier les consommateurs. Ainsi
le secteur des fruits et légumes fonde aujourd’hui sa dynamique sur la
multiplication des variétés. Par exemple, la fraise gariguette a pris le pas sur les
fraises d’importation traditionnelles. De nombreuses variétés nouvelles de
pommes font oublier le temps où la golden triomphait solitairement. C’est toute
une chaîne, du producteur au distributeur, qui s’implique pour suivre, voire
précéder, les consommateurs dans leur quête de produits frais et savoureux.
Les fabricants d’électroménager ont eux aussi bien compris ces évolutions
en mettant sur le marché de nouveaux appareils de cuisson légère à la vapeur qui
préservent à la fois les arômes et les nutriments les plus fragiles.
Le Conseil national de l’alimentation, dans son avis n° 24 du 1er avril 1999,
estimait que les actions d’éducation alimentaires doivent avoir pour objectif
d’étayer des notions fondamentales telles que la pertinence de choix alimentaires
variés, l’utilité nutritionnelle des grandes familles d’aliments, les risques attachés
à une alimentation déséquilibrée. Le CNA considère que ces notions sont
d’autant mieux assimilées que l’enseignement est ludique et bien illustré et
44
qu’il vient s’appuyer sur un travail préalable d’éveil sensoriel et d’éducation au
goût. Le CNA rappelle que les actions éducatives ne doivent pas négliger les
aspects hédoniques de l’alimentation et qu’elles doivent mettre en valeur le
plaisir de la table, l’aspect convivial et social du moment du repas.
L’apprentissage au goût paraît être une action à la fois agréable et indispensable.
4.1. Déguster, c’est se représenter les goûts
Le goût du café que nous consommons chaque matin ou celui du foie gras
dégusté aux fêtes est inscrit dans notre tête, sous la forme d’une image
sensorielle. En effet, un aliment n’a du goût qu’à partir du moment où il entre en
contact avec le mangeur : le goût est bien une sensation subjective élaborée par
l’individu, une représentation mentale des stimulations que nous transmettent
nos sens. Lorsque nous mangeons, nous transformons les propriétés physiques et
chimiques du contenu de notre assiette en un ensemble d’activations cérébrales
qui aboutissent à une représentation. Utiliser ses sens, c’est être plus réceptif à la
qualité des aliments, au travail des cuisiniers et des professionnels qui prennent
soin de développer telle ou telle caractéristique sensorielle dans leurs produits.
Le dégustateur attentif se met à l’écoute de la richesse des recettes de cuisine qui
s’offrent à lui.
4.2. Apprendre à goûter, pour le plaisir
Au prix d’efforts bien agréables, l’éducation au goût permet de
découvrir au quotidien toute la richesse et la variété des perceptions sensorielles
générées par la dégustation : le monde des odeurs, des saveurs, des arômes et des
textures se révèle petit à petit. On perçoit une foule d’informations sur l’aliment
et on réalise à quel point nos sens sont performants. C’est ainsi que l’on peut
entendre, lors des classes du goût qui existent à l’heure actuelle en trop petit
nombre, que « quand on déguste un sorbet à la framboise qui a fondu, on sent
des arômes de framboise plus forts et un goût plus sucré et moins acide que
quand il est très froid ». On est aussi étonné de constater à quel point les sens
coopèrent entre eux : « d’après sa couleur, je pensais que c’était un sirop de
citron, mais en le goûtant, je pense plutôt qu’il est à l’ananas ! », témoigne un
enfant qui réalise l’importance des attentes créées par la vue. Toutes ces
perceptions sensorielles s’inscrivent dans notre mémoire, associées à des
souvenirs heureux ou malheureux. Lors de dégustations ultérieures, les aliments
dont nous avons mémorisé le goût nous font revivre des « tranches de vie », des
émotions, et nous permettront de retrouver un certain plaisir. En apprenant à
goûter aujourd’hui, nous cultivons petit à petit la valeur évocatrice des aliments,
pour que demain, chaque nouvelle dégustation soit plus intéressante et plus riche.
45
4.3. Les différences de points de vue entre goûteurs
Dès lors que l’on s’intéresse aux dégustateurs, on ne peut manquer de
remarquer les différences de ressenti entre les individus et ni de s’interroger sur
l’origine de ces différences.
Différences innées…
Il nous est impossible d’imaginer les goûts que perçoit notre voisin de
table qui consomme pourtant exactement le même aliment que nous. En effet, on
sait depuis plusieurs années qu’il existe des différences qualitatives et
quantitatives importantes entre les perceptions des dégustateurs. Ces différences
de sensibilité sont innées et irréductibles. Chaque individu reçoit à sa naissance
un équipement en récepteurs olfactifs et gustatifs qui lui est propre : c’est avec
cet équipement sensoriel, déterminé génétiquement, que chacun d’entre nous
capte les odeurs et les goûts. C’est ainsi que 10 % d’entre nous ne sont pas
« équipés » pour percevoir toute la complexité de l’odeur de la truffe, que 20 %
d’entre nous sont peu sensibles au goût du glutamate de sodium, substance
utilisée comme renforçateur de goût dans de nombreuses préparations
alimentaires… etc. Ce caractère intime de la perception des odeurs et des
goûts justifie bien cette formule un peu laconique : « le goût ne se raconte
pas, il se goûte ! ».
… et différences acquises
Aux différences de perceptions innées s’ajoutent des différences
d’appréciation acquises. Ainsi, des dégustateurs réunis autour d’une même table
apprécient diversement un même aliment. Ces goûts et dégoûts dépendent
entièrement des expériences développées vis-à-vis des aliments : à chaque
dégustation, le goût de l’aliment est intimement associé aux informations
présentes au moment de la dégustation. Si cette « tranche de vie » est agréable,
nous attribuons à l’aliment une valeur hédonique positive : nous le trouvons bon.
Si, par la suite, ce même aliment se représente à nous, nous en aurons un préjugé
favorable, préjugé qui sera confirmé ou infirmé selon le contexte de cette
nouvelle dégustation. Ainsi va-t-on apprendre à aimer des aliments associés à
des contextes agréables (convivialité de la dégustation, circonstances sociales et
affectives positives, connaissances et informations sur l’aliment…etc.).
Ces mécanismes associatifs très puissants modèlent nos préférences dès
notre naissance. Ils expliquent par exemple que l’on en vienne à apprécier des
aliments amers, initialement aversifs.
Le plus étonnant est que les vraies raisons de nos préférences
alimentaires nous échappent souvent : les mécanismes associatifs que nous
venons de décrire sont totalement inconscients. Nous pensons aimer tel dessert
pour ses arômes ou son caractère moelleux, crémeux, alors que nous l’aimons en
réalité parce que notre grand-mère avait la gentillesse de le préparer à notre
attention quand nous étions enfant. Puisque l’environnement de la dégustation
influence tant les goûts et dégoûts alimentaires, les adultes portent une vraie
46
responsabilité dans l’établissement du répertoire alimentaire des enfants. A eux
de créer un contexte de consommation agréable et rassurant, d’encourager
l’esprit de découverte de l’enfant, de le gratifier quand il goûte un aliment
nouveau, en un mot, d’éveiller plutôt que de forcer.
4.4. L’éducation au goût nous apprend à respecter ces différences
Les classes du goût en milieu scolaire révèlent toute l’étendue des
différences entre dégustateurs. Chaque enfant apprend à se situer par rapport aux
autres : qui préfère le beurre doux au beurre salé ? qui aime les plats épicés ?
pourquoi préfère-t-on le Roquefort à l’Emmental ? Les enfants prennent
conscience des différences d’appréciation liées au vécu et à la culture alimentaire
de chacun. Ils découvrent aussi l’ampleur des différences de perception : un tel,
sensible à l’amertume, grimace en goûtant du pamplemousse, alors que tel autre
ne perçoit pas de goût amer… Cette découverte des différences est une vraie
leçon de civisme : dans le domaine du goût, il n’y a pas de bonnes ou de
mauvaises réponses. Par conséquent, on apprend à défendre son point de vue, à
écouter et respecter le point de vue des autres. La convivialité des échanges
aidant, on se laisse éventuellement convaincre de goûter ce que l’on rejetait
initialement ! Facteur d’insertion pour les uns, facteur de découverte pour les
autres, facteur d’enrichissement dans tous les cas, l’éducation au goût réveille
chez les enfants le plaisir de goûter, de manger et de cuisiner.
4.5. Le goût s’apprend à tout âge, mais cet apprentissage est
particulièrement important chez l’enfant
L’enfant a besoin d’être guidé pour diversifier son alimentation. En
effet, les jeunes enfants acceptent spontanément un petit cercle d’aliments : des
aliments sucrés (fruits, glaces, confiseries…), certains aliments salés et simples
(frites, pâtes, riz, pizza), certaines viandes (bifteck et poulet) et d’autres aliments
en général nourrissants et au goût peu marqué ; mais il est plus difficile de les
faire consommer des aliments comme les légumes verts, des aliments forts en
goût ou des aliments nouveaux. Ces goûts et dégoûts semblent d’ailleurs être
communs à des enfants de différentes cultures. Or, une alimentation diversifiée
est importante pour favoriser le développement harmonieux de l’individu (et les
choix alimentaires effectués durant l’enfance conditionnent durablement la vie
d’adulte !). L’éveil sensoriel apprend justement aux enfants à aimer des aliments
variés.
Une clé de cette éducation au goût est d’offrir à l’enfant la possibilité de se
familiariser avec des aliments peu connus et de se les approprier. En effet,
comme nous l’avons vu précédemment, les sociologues ont bien compris que les
enfants refusent de goûter un certain nombre d’aliments par crainte de la
nouveauté : manger n’est pas un acte si simple et banal qu’il y paraît ; c’est un
acte intime, puisque l’aliment avalé devient une partie de l’organisme, une part
de soi. Goûter des aliments nécessite de vaincre une certaine crainte initiale
concernant les risques de cette ingestion et de trouver une motivation qui dépasse
47
la peur de goûter (en particulier la gratification des parents ou d’un adulte
valorisé). Les adultes ont ainsi un rôle clé dans l’éducation au goût : il leur
revient d’éveiller l’enfant plutôt que de le forcer à manger. Il faut laisser le temps
aux enfants de « faire connaissance » avec des aliments nouveaux avant de les
mettre en bouche : quel est l’aspect, la couleur, la forme, l’odeur, la consistance
de cet aliment ? Quels aliments ou souvenirs ces caractères rappellent-ils à
chacun ? Les analogies que l’enfant établit avec d’autres aliments connus lui
permettent de commencer à s’approprier l’aliment. Vu l’importance de cette
prise de contact avec l’aliment, il n’est pas étonnant de voir les élèves des classes
du goût se régaler d’endives, préparées par leurs soins (avec une certaine
excitation et un vif plaisir !).
L’acceptation des aliments nouveaux peut prendre plus ou moins de temps,
selon les enfants (leur âge, leur sexe, leur personnalité), la nature des aliments
(les aliments d’origine animale font l’objet de rejets plus marqués), le degré de
nouveauté de l’aliment, le contexte de consommation… Mais il est très souvent
possible d’amener l’enfant à apprécier davantage un aliment nouveau en le lui
faisant consommer de façon répétée (toujours dans un contexte agréable) : au fil
des consommations, l’enfant constate que l’aliment n’est pas « mauvais » pour
lui ; il attribue une signification à cet aliment et le juge plus favorablement
(durant cette familiarisation, l’ingestion du produit est nécessaire pour faire
évoluer les préférences car les effets postingestifs rentrent en compte dans la
formation des goûts). Le résultat de la familiarisation est que l’aliment change de
statut : d’inconnu et potentiellement dangereux, il devient connu et inoffensif,
voire bénéfique pour le mangeur.
4.6. Apprendre avec « ceux qui savent »
Pour les omnivores que nous sommes, manger implique de choisir ses
aliments : notre statut d’omnivore nous oblige à adopter une alimentation variée,
puisque notre organisme ne sait pas synthétiser tous les éléments dont il a besoin
à partir d’un aliment unique. Cette donnée biologique, c’est-à-dire notre
condition d’omnivore, est relativement peu contraignante : le biologique nous
laisse un large espace de liberté. De nombreuses « solutions » permettent de
répondre aux besoins quantitatifs et qualitatifs de l’organisme, de sorte que la
question des choix alimentaires se pose au mangeur de façon récurrente. Ces
choix alimentaires peuvent être délicats et lourds de conséquences pour
l’individu (en particulier quand on s’aventure à goûter un produit nouveau). En
cela, le groupe a un rôle de guide pour l’individu : il lui transmet son expérience
et un ensemble de pratiques sociales et culturelles. L’individu n’est pas laissé
seul face à ses choix alimentaires ; les acquis socioculturels régulent son
comportement et lui évitent de prendre des décisions difficiles (et de commettre
d’éventuelles erreurs).
48
C’est ainsi que le groupe et la culture nous apprennent à ne consommer
qu’un nombre restreint d’aliments parmi tous ceux que notre organisme serait
capable d’absorber et de digérer. En France, nous ne consommons, par exemple,
pas d’insectes et nous ne considérons comme comestibles qu’un petit nombre
d’espèces animales (nous évitons de manger du chien, du chat, du rat… ainsi que
certaines parties d’animaux, telles que les yeux). Cette limitation du répertoire
alimentaire a pour origine des critères culturels ou religieux et non biologiques.
Elle existe dans toutes les sociétés, chaque société considérant tel ou tel produit
comme « bon à manger ». Le rôle du groupe ne se borne pas à désigner les
aliments bons à manger. La culture comporte aussi un ensemble de règles et de
recommandations indiquant comment préparer les aliments, comment les
associer et les consommer : nous ne mangeons pas seulement des aliments, mais
des combinaisons d’aliments, qui deviennent des plats, eux-mêmes associés en
repas organisés. La cuisine constitue ainsi un code d’identité et de
reconnaissance extrêmement fort pour le groupe. Sachant cela, les cuisines
étrangères qui arrivent aujourd’hui sur nos tables devraient être
considérées comme un complément culturel et non comme une perte
d’identité…
Avec l’éducation au goût, Jacques Puisais, Président de l’Institut du goût,
note que l’acte de manger acquerra progressivement de nouvelles dimensions,
une nouvelle plénitude, à la façon d’une pièce de théâtre qui se joue de mieux en
mieux au fil des répétitions. D’abord la présentation, le prologue, avec ses notes
visuelles et olfactives qui nous font venir l’eau à la bouche ; ensuite la mise en
bouche, avec cette explosion de tous nos sens, peut-être un peu désordonnée
mais tellement riche de culture et de symboles, qui souvent nous ravit et parfois
nous déçoit, moment de vérité ; enfin la déglutition qui marque notre acceptation
irrévocable de transformer en partie de nous-mêmes ce qui n’était encore,
l’instant d’avant, qu’une infime partie du monde extérieur, acte magique,
presque sacré. Prenons encore le temps « d’écouter » notre plaisir et d’applaudir
la science culinaire qui aura peut-être su prolonger les stimulations longtemps
encore après la chute du rideau.
Tout ceci devrait nous amener à consacrer un peu d’attention et de rigueur
à nos prises alimentaires . Chaque repas devrait avoir un sens : à nous de ne pas
le bâcler. Le prix d’un tel effort est bien faible au regard des plaisirs qu’il nous
donne à vivre. Goûter pour mieux manger et boire exerce également le sens de la
mesure. On se prépare à goûter, à retrouver, à découvrir. Sans mesure, le goût
des choses se dérobe. Ainsi, nous saurons par expérience que l’on peut aller bien
au-delà du plaisir physiologique de manger à sa faim en y ajoutant celui du
« connais-toi toi-même » dans notre rapport au comestible. De plus, et c’est loin
d’être négligeable, nous deviendrons moins facilement accessibles aux
allégations infondées d’une certaine publicité. Une autre joie consiste à partager
avec les autres les émotions ressenties, dans un esprit de convivialité ! Que
seraient les plaisirs de la table sans cette possibilité de communiquer par les mots
qui disent sur-le-champ le plaisir authentiquement vécu ?
49
On dit que tout se termine à table en France, c’est bien que le repas est
synonyme de convivialité et qu’il demeure un élément clé, voire une valeur
refuge, de la culture française.
Comment fonctionne le goût ?
L’action de manger fait fonctionner le circuit gustatif, qui part de la langue, dont la surface est
recouverte de 3.000 à 4.000 papilles de tailles différentes. Les plus petites possèdent des cellules
tapissées de récepteurs de goûts où viennent se coller les molécules du goût. Les papilles de la pointe
de la langue seraient sensibles au sucré et au salé, celles des côtés à l’acide et celles de l’arrière à
l’amer. Des nerfs partent de la papille et transportent la sensation gustative aux neurones, qui
reconnaissent le goût et réagissent en délivrant à leur tour une information. C’est ce qui permet de
dire « c’est sucré » lorsque l’on mange un bonbon.
source : Institut national de la consommation
5. Une situation particulière à prendre en compte : les personnes en
situation de précarité1
5.1. La consommation des populations à bas revenus et la place de
l’alimentation, les arbitrages par rapport aux autres postes
budgétaires
La question de l’alimentation reste aujourd’hui centrale pour les
populations en situation de pauvreté ou d’exclusion (aux environs de 5 millions
de personnes). La part du budget alimentaire dans les dépenses des ménages
diminue quand le revenu augmente : c’est la conséquence de la fameuse loi
d’Engel des économistes qui nous rappelle que les dépenses indispensables sont
proportionnellement plus importantes dans les ménages à faibles revenus que les
dépenses qui le sont moins (vacances, dépenses culturelles, transports sur longue
distance, etc.). Les dépenses alimentaires sont donc un poste économique majeur
des populations à bas revenus.
Selon l’INSEE, le montant des dépenses consacrées à l’alimentation était
en moyenne en 1995, en France, de 39 F par jour. La part du budget consacrée à
l’alimentation dépend beaucoup du revenu : elle varie de 23,5 % pour les
ménages disposant de moins de 42 000 F par personne et par an à 13,8 % pour
ceux disposant de plus de 130 000 F par an (INSEE, 2000).
Même si l’alimentation figure parmi les principaux postes de dépenses des
populations défavorisées, les acteurs de terrain constatent que les dépenses
alimentaires passent souvent après les autres (loyer et charges …). Le budget
alimentaire est donc sous très forte contrainte.
1 Ce paragraphe a été rédigé à partir des travaux du Conseil national de l’alimentation (avis n° 34).
50
Une réexploitation récente par l’INRA d’enquêtes d’achats alimentaires et
de consommation individuelle (enquêtes INSEE , Sécodip 1997 et INCA 1999)
montre que les populations défavorisées achètent davantage de plats en
conserves (cassoulet, choucroute, etc.) et certains aliments de base (sucre, huile
et pain) mais achètent moins de fruits et légumes frais ou surgelés, moins de
viandes, volailles et poissons, moins de fromages et yaourts.
5.2. Le coût minimal d’une bonne alimentation sur le plan nutritionnel
Les programmes de minimisation du coût de l’alimentation sous contrainte
de satisfaction des besoins nutritionnels développés apportent de nombreux
enseignements.1
Le coût minimal de la ration journalière respectant à la fois les besoins
nutritionnels et les habitudes alimentaires actuelles se situerait à 30 F par jour et
par adulte, soit très nettement au-dessus des dépenses quotidiennes actuelles des
populations défavorisées (15 à 20 F par jour selon la revue Alimentation et
Précarité de juillet 2000, 22 F par jour et par personne selon l’enquête Budget
des familles INSEE 1995 pour les foyers de revenus inférieurs à 42.000 F par
personne et par an).
La recherche systématique de l’équilibre nutritionnel à coût minimal
conduirait à privilégier des repas de type « ration de survie » ou des aliments très
denses nutritionnellement et peu chers tels que le foie de volaille ou le foie de
boeuf) ou les lentilles qui ne peuvent pas être consommés tous les jours. Ce
modèle apparaît donc impraticable. Si l’on cherche à ne pas trop s’éloigner des
modèles courants de l’alimentation en France, sans se soucier de l’équilibre
nutritionnel, la contrainte économique conduit principalement à délaisser les
fruits et les légumes et à privilégier les produits céréaliers et les produits gras et
sucrés. Ceci suggère que les choix alimentaires des personnes pauvres sont
fortement déterminés par leurs contraintes budgétaires.
5.3. Les pratiques alimentaires: modes d’approvisionnement, recours
aux produits transformés, préparation des repas
Globalement, c’est la recherche du meilleur prix qui répond à la forte
contrainte de revenu. Les courses principales des populations défavorisées se
font principalement à l’hypermarché et en maxi discount.
Deux stratégies peuvent contribuer à minimiser les coûts selon la situation
familiale.
Certaines familles, souvent nombreuses et ayant conservé une culture
culinaire, achètent des aliments non transformés tels que les légumes, les
pommes de terre, les viandes et préparent elles-mêmes les repas. C’est le cas des
familles immigrées de première génération, notamment dans le cas où un adulte
1 Etude de Mme N. Darmon citée dans l’avis n° 34 du Conseil national de l’alimentation
51
du foyer dispose de suffisamment de temps à consacrer à la préparation des
repas.
Cette stratégie apparaît cependant peu fréquente chez les personnes seules
ou les jeunes qui n’ont pas cette culture culinaire. En effet, dans le cas d’une
personne vivant seule, il n’est pas évident que le coût de la transformation
domestique de produits frais soit inférieur au coût des produits transformés. Par
exemple, les conserves de légumes peuvent être parfois une alternative
économique à la consommation de légumes frais. Les nutritionnistes soulignent
par ailleurs l’intérêt de ces produits. Les travailleurs pauvres et les familles
monoparentales n’ont pas forcément le temps nécessaire à préparer longuement
des plats en utilisant des produits frais.
Par ailleurs, les intervenants associatifs qui tentent de développer des
ateliers cuisine pour favoriser l’insertion sociale soulignent les difficultés de
certains consommateurs défavorisés pour préparer des plats simples. La
préparation des repas peut donc jouer un rôle d’aide à l’insertion en redonnant à
certains exclus confiance en eux.
Enfin, les rythmes alimentaires apparaissent souvent mal structurés chez les
personnes défavorisées vivant seules. Les repas sont plus souvent sautés ou
composés d’un plat unique.
En dehors des conséquences nutritionnelles, le respect des rythmes
alimentaires apporte des repères temporels utiles pour l’organisation des activités
de la journée.
5.4. La situation nutritionnelle : apports, satisfaction des besoins, risques
de déficiences
Au cours des années 90, plusieurs études nutritionnelles ont été menées
auprès des populations défavorisées. En particulier, la Direction générale de
l’alimentation du ministère de l’agriculture a soutenu plusieurs études dans ce
domaine à travers les programmes de recherche « Aliment Demain » et « Aliment
Qualité Sécurité ».
a) Des déséquilibres alimentaires et des insuffisances d’apports en
micronutriments.
Les études en France mettent en évidence une faible consommation de
produits frais et notamment de fruits et légumes et une consommation importante
de produits gras et sucrés. Des risques de déficience en vitamines et minéraux
apparaissent également.
Une étude très récente de l’Association « ReVivre » et du Centre Foch
auprès de 331 adultes fréquentant les centres de distribution alimentaires montre
« qu’un pourcentage non négligeable présente des risques de carences d’apport
en protéines, en calcium, en fer et en acide folique ».
52
La prévalence de la carence en fer chez les enfants d’un an a fait
récemment l’objet d’une étude européenne. Celle-ci montre, d’une part, que la
prévalence de l’anémie chez l’enfant est d’autant plus élevée que le statut socioéconomique
de la famille est faible et, d’autre part, que le seul facteur
alimentaire exerçant un impact significatif sur le statut en fer de l’enfant est le
type de lait consommé, l’introduction précoce du lait de vache favorisant la
survenue d’anémies. Le prix de vente élevé des préparations pour nourrissons et
des préparations de suite joue sans doute un rôle important.
Une synthèse de la situation nutritionnelle des populations défavorisées a
été faite récemment dans le cadre du rapport du Haut Comité de la Santé
Publique (HCSP) préparatoire au Programme National Nutrition Santé. Le
manque de variété des repas et les sauts de repas selon les fluctuations des
ressources sont aussi soulignés.
En matière d’indicateurs de santé, les études signalent la plus forte
prévalence de l’obésité, notamment chez les enfants et les femmes adultes de
faible niveau socio-économique. On peut faire l’hypothèse d’un lien entre cet
indicateur du statut nutritionnel et les déséquilibres des apports alimentaires.
L’obésité est d’autant plus préoccupante chez les enfants qu’elle peut avoir des
effets sur l’état de santé à l’âge adulte. De façon plus générale, un rapport récent
de l’INSERM sur les inégalités sociales de santé met en évidence la surmorbidité
ou la surmortalité des populations modestes ou défavorisées dans de nombreux
domaines pouvant avoir un lien avec l’alimentation: maladies cardiovasculaires,
cancers.
b) La restauration scolaire, outil d’amélioration
La fréquentation des écoles et collèges étant obligatoire, la restauration
scolaire peut être un outil essentiel pour améliorer les apports nutritionnels des
enfants issus de milieux défavorisés. La fréquentation relativement faible de la
cantine scolaire par les enfants de milieux modestes, souvent constatée, peut
donc être préjudiciable à l’équilibre alimentaire. Il conviendrait de mieux
connaître l’évolution de cette fréquentation et de ses motivations pour ces
enfants.
5.5. Les attitudes et comportements par rapport aux risques alimentaires
Les risques alimentaires tels que l’obésité, les risques cardiovasculaires et
les carences en vitamines et minéraux ne semblent pas être perçus par les
populations précaires. Cette situation est préoccupante dans la mesure où ces
populations sont souvent davantage touchées par ces risques nutritionnels.
Ce faible intérêt porté aux risques nutritionnels implique une plus grande
difficulté à mettre en place des actions de prévention.
53
5.6. Les actions des différents intervenants pour améliorer la situation
nutritionnelle des populations défavorisées
a) Le secteur associatif
La prise en compte des besoins des populations défavorisées dans le
domaine alimentaire se fait principalement par les associations qui collectent,
centralisent et distribuent des aliments à ces populations.
Un acteur spécialisé joue un rôle clé dans le système actuel: la Fédération
française des banques alimentaires (FFBA). La fédération regroupe les banques
alimentaires départementales et régionales. Ce sont les acteurs majeurs de la
collecte des aliments et de leur fourniture aux associations distributrices :
Secours populaire, Secours catholique, Emmaüs, épiceries sociales et
associations préparant et distribuant des repas aux SDF (associations généralistes
ou spécialisées). En 2000, les banques alimentaires ont collecté 55 919 tonnes
d’aliments (29 300 tonnes en 1993). Elles les ont redistribués à 4 000
associations et 800 000 bénéficiaires. Les Restos du cœur et le Secours Populaire
bénéficient de leur propre logistique et mode de collecte.
Les aliments sont mis à disposition des bénéficiaires selon des modalités
très diverses : colis, repas offert dans des centres d’accueil, restaurant social,
repas partagé avec des bénévoles, épicerie sociale.
Dans ce dernier cas, les bénéficiaires choisissent les produits valorisés en
fonction d’un crédit accordé. Ce sont les travailleurs sociaux qui orientent les
bénéficiaires vers l’épicerie sociale selon l’évaluation de leurs besoins. L’une des
priorités de l’épicerie sociale est de dépasser la fonction d’assistance pour aller
vers l’insertion. De nombreux ateliers sont mis en œuvre : cuisine, gestion du
budget … ce qui contribue à une éducation alimentaire de ces personnes.
Dans le cadre des associations servies par l’association ReVivre, il y a un
conseil nutritionnel, en particulier dans les épiceries sociales. Une formation
nutritionnelle est de plus en plus demandée par les associations qui distribuent
les aliments récoltés par les banques alimentaires.
L’alimentation est de plus en plus considérée comme un outil d’insertion
par les associations. Lire les prix, choisir les aliments, faire la cuisine voire gérer
un jardin familial sont des actions essentielles de l’insertion sociale
complémentaires d’autres actions (lutte contre l’illettrisme, etc.). La dimension
conviviale de l’alimentation est indispensable au bien-être et à la communication
au sein des familles comme avec l’extérieur (amis, voisins, intervenants
sociaux). Les rythmes alimentaires apportés par les repas donnent des repères
temporels et permettent de se projeter dans l’avenir (jours ordinaires/jours de fin
de semaine/jours festifs).
Mais une réorientation des actions des ONG vers davantage d’aide à
l’insertion ou à l’information nutritionnelle nécessite une formation accrue
de bénévoles.
54
Il convient de rappeler que le PNNS a fixé un objectif spécifique
concernant les personnes en situation de précarité notamment pour les risques de
déficience en vitamines et minéraux. Pour ce faire, le PNNS prévoit de s’appuyer
sur les réseaux associatifs pour former les acteurs en contact avec les populations
défavorisées et de favoriser les actions des associations relais distribuant des
produits alimentaires ainsi que les initiatives visant à faire de l’alimentation un
support de la réinsertion. Il envisage également de concevoir et diffuser des
outils d’éducation nutritionnelle spécifiques.
b) L’aide aux familles
Les collectivités locales, notamment les communes et les conseils généraux
sont les interlocuteurs majeurs des populations défavorisées en matière d’aide
sociale. Dans le domaine alimentaire, les Centres communaux d’action sociale
(CCAS) peuvent distribuer des colis alimentaires. Les collectivités locales
utilisent également des bons alimentaires ou des formes modernisées de tickets
avec abondement public.
Les Techniciens d’intervention sociale et familiale (TISF, anciennement
travailleuses familiales) interviennent auprès des familles en difficulté et des
personnes âgées isolées en les aidant à faire leurs courses, gérer leurs stocks
alimentaires, confectionner leurs repas. Redonner aux exclus un plaisir à partager
des repas est une action importante des TISF. Enfin, les services de Protection
maternelle et infantile (PMI) gérés par les conseils généraux jouent un rôle en
matière de nutrition qui est un axe d’action de ces services mais il est, sans
doute, actuellement sous-exploité.
La sécurité des produits alimentaires est assurée de la même façon pour
tous les produits, indépendamment de leur prix ou de leur niveau de gamme.
Pour les experts, il ne saurait y avoir de clivage social sur cette composante de la
qualité. Le problème majeur aujourd’hui pour ces personnes concerne la qualité
nutritionnelle de leur alimentation. Les déficiences, voire les carences, sont
importantes chez elles. On peut l’imputer à des facteurs économiques ou
comportementaux : le coût des produits constitue une entrave lorsque les budgets
des ménages sont limités, mais, à budget égal, certains ménages s’en sortent
mieux grâce à des comportements d’achat plus efficaces. D’où la question
centrale : comment assurer l’accès à l’offre et améliorer les comportements
alimentaires ? Ceci passe par des mesures ciblées. Il faudrait insérer un volet
d’éducation alimentaire dans le dispositif plus général de la lutte contre
l’exclusion. Le programme d’action, lancé en septembre 2003 par le
gouvernement, qui vise à assurer une formation en faveur des bénévoles qui
distribuent des aliments aux exclus, va dans ce sens.
55
III – LES ACTEURS DE SA MISE EN OEUVRE
A – LES ACTEURS ESSENTIELS
Les habitudes alimentaires se prennent dès le plus jeune âge dans la
famille. L’on apprend à manger un peu comme l’on apprend à marcher. La
famille et l’école joueront un rôle essentiel dans l’éducation à l’alimentation.
1. La famille
Le régime alimentaire de la future mère n’est déjà pas sans influence sur le
développement de l’enfant à naître. Le suivi médical des femmes enceintes est
l’occasion pour le médecin de dispenser des recommandations en matière
d’alimentation.
Les guides spécifiques prévus par le PNNS pour les femmes enceintes
seront une source d’informations précieuses mais qui, comme tous les autres
guides ou livres, ne touchent généralement pas les personnes des milieux les plus
défavorisés.
L’information des mères est particulièrement importante afin d’éclairer leur
choix en matière d’allaitement ; elle doit être faite bien avant la naissance de
l’enfant. Pour la femme qui allaite, des conseils alimentaires sont indispensables
car un certain nombre d’aliments doivent être supprimés.
1.1. Dès le plus jeune âge « l’acte alimentaire est un acte social de
communication et de découverte »
Comment apprend-on à manger ? Il existe un déterminisme biologique qui
fait que l’homme est condamné à manger pour entretenir son métabolisme.
Manger est un besoin physiologique.
Pendant la période de la petite enfance, les parents et plus encore les mères
bénéficient, pour la plupart, de conseils pour apporter une alimentation adaptée
aux besoins de leur enfant. Les services de protection maternelle et infantile, les
pédiatres apportent conseils et recommandations lors des visites médicales
obligatoires prévues pour le suivi de l’enfant. L’alimentation du nourrisson et du
tout jeune enfant fait l’objet d’un échange entre les parents et les professionnels
de santé.
De nombreux livres complètent ces informations et fournissent des conseils
pratiques aux mères qui ne savent pas toujours. « Donner à manger à un enfant,
c’est continuer à lui assurer la vie » (Matty Chiva), c’est donc ressenti comme
une lourde responsabilité. Que faire pour bien faire ?
Comme pour l’alimentation des adultes, la préparation des repas du jeune
enfant a été simplifiée et largement facilitée par l’utilisation de petits pots et
aliments tout préparés qui font l’objet d’une réglementation spécifique
rigoureuse.
56
Lorsque l’enfant est accueilli en crèche ou chez une assistante maternelle,
des relations étroites s’établissent généralement avec la famille afin qu’il y ait
une complémentarité avec les repas servis au domicile et , au-delà, échanges sur
le développement de l’enfant, son épanouissement ou sur les éventuels soucis le
concernant.
1.2. La famille, lieu d’observation et d’éducation
Très tôt l’enfant va devoir apprendre à manger, avec une petite cuillère, des
aliments de plus en plus diversifiés, selon une certaine régularité horaire. Il
découvrira des goûts nouveaux, des aliments dont les consistances sont
différentes et leur saisonnalité. Il préférera certains aliments à d’autres.
Cette nourriture choisie avec soin, préparée avec amour, va permettre à
l’enfant de grandir. Le repas est un moment d’attention particulière portée à
l’enfant par sa mère, son père ou la nourrice qui en a la charge.
Les comportements, les habitudes alimentaires ne sont pas les mêmes selon
les milieux sociaux, les régions, l’origine des parents, leurs croyances
religieuses. L’enfant va apprendre en observant les adultes et les autres enfants
autour de lui et d’abord ceux de sa famille.
L’éducation à l’alimentation est différente selon que le repas rassemble ou
non autour d’une même table tous les membres de la famille ou que chacun
prépare son propre plat au moment qui lui convient et le consomme devant la
télévision et dans ce cas, où est l’éducation ?
Le terme d’éducation suppose des normes et sous-tend l’idée que certaines
façons de s’alimenter sont meilleures que d’autres, le mieux n’étant pas
obligatoirement le même d’une famille à l’autre. Manger des sandwiches ou des
plats préparés réchauffés au micro-ondes est inconcevable pour certains, passer
plusieurs heures à mitonner un bœuf miroton, ou même faire cuire un steak, est
du temps gaspillé pour d’autres.
L’éducation à l’alimentation inclut une éducation nutritionnelle. C’est, ou
cela devrait être, d’abord dans la famille, que l’enfant apprend à manger de façon
équilibrée et variée.
Mais qu’entend-t-on par manger équilibré ? Faut-il prendre une calculette
et additionner les valeurs énergétiques, ou les apports en protides, glucides et
lipides, figurant sur les étiquettes ou plus simplement, et tout aussi sûrement,
manger un peu de tout, selon des principes transmis par la famille ou appris
à l’école ?
C’est aussi la famille qui inculque des principes d’hygiène ( se laver les
mains, nettoyer les ustensiles de cuisine et le réfrigérateur, …), des règles de
savoir-vivre, notamment à table, qui ne doivent pas se transformer, comme cela a
pu être le cas, autrefois, en de véritables carcans transformant les repas de
famille en corvée pour les enfants. Le repas est un moment privilégié pour se
retrouver ensemble, moment de convivialité pour parler, communiquer, une sorte
de temps d’arrêt par rapport aux activités de chacun.
57
Elle transmet des habitudes d’achat. Dans certaines familles l’on fait toutes
ses courses au supermarché, dans d’autres l’on y associe le commerce de
proximité ou les marchés forains. Et c’est elle qui apprend ou qui devrait
apprendre à « bien acheter », à reconnaître la fraîcheur des produits, à lire les
étiquettes ou à éviter de se laisser trop souvent tenter par des produits dont une
consommation régulière nuit à l’équilibre alimentaire, à prendre de la distance
vis-à-vis des messages publicitaires.
La famille conserve un rôle fondamental dans l’éducation à l’alimentation
dans une large acception :
- par familiarisation, elle permet insensiblement l’acquisition
d’habitudes;
- par une éducation plus volontaire, sans que celle-ci se transforme en
une série d’obligations à faire ou ne pas faire, elle fournit certaines
règles qui pourront évoluer en fonction des conditions de vie de
chacun, des modes alimentaires, des innovations alimentaires.
L’éducation à l’alimentation ne relève pas exclusivement de la famille, une
interaction existe entre l’univers familial, l’entourage, les amis, le milieu
scolaire, l’environnement général avec la publicité, les médias, la profusion des
produits offerts à la consommation.
La famille devrait servir en quelque sorte de filtre de décryptage de
tous les messages reçus, parfois contradictoires, qui vont influencer les
comportements. Est-elle, elle-même, toujours suffisamment éclairée et
est-elle en mesure de jouer ce rôle surtout lorsqu’elle vit dans la précarité ou
dans l’exclusion?
1.3. La transmission du savoir-faire culinaire
Elle se fait dans la famille, le plus souvent de mère ou de grand-mère à
fille, mais il est à noter que les hommes s’intéressent de plus en plus à la cuisine,
pendant les week-ends et les congés, et peuvent devenir d’excellents
transmetteurs de savoir-faire.
Les trois quarts des femmes de 25 à 40 ans travaillent contre un peu plus de
40 % à la fin des années soixante, cette transmission du savoir cuisiner, des
recettes et traditions culinaires se fait plutôt les dimanches et les jours de fête.
« Faire à manger » et « faire la cuisine » sont devenus deux choses
différentes.
Le temps consacré à la préparation des repas diminue, pour la fabrication
d’un dîner il est passé de 42 minutes en 1988 à 36 minutes en 2002, l’on
consacre davantage de temps à la confection du dîner du samedi, une heure en
1988 et 44 minutes en 2002.
58
Il y aurait une « perte de savoir-faire culinaire » qui aura des répercussions
sur notre modèle alimentaire et sur notre alimentation. Cette perte de savoir-faire
varie selon les catégories sociales et est sans doute plus importante dans les
grandes agglomérations en raison de conditions de vie qui laissent peu de temps
pour cette transmission.
Selon Jean-Pierre Poulain, déjà cité, les mères qui ont entre 50 et 60 ans,
ont peu investi la dimension ménagère, et selon Bernard Boutboul, directeur d’un
cabinet conseil en stratégie alimentaire « entre 1985 et 2000, s’est opérée une
rupture inédite de la transmission du savoir-faire, les trentenaires n’ont pas
hérité de leurs grands-mères des bouts de papier huileux avec le secret du
fondant au chocolat maison ».
Les fiches de recette dans les hebdomadaires, avec la photographie du plat
réalisé, qui fait rêver, les émissions de radio et de télévision, les livres de cuisine,
n’ont jamais été aussi nombreux, ce qui prouve l’intérêt porté à la cuisine. La
SOPEXA a établi un tableau récapitulatif des émissions gastronomiques
françaises diffusées sur la radio ou par la télévision (tableau donné en annexe).
Elle a dénombré, par ailleurs, plus de 23 magazines consacrés à la gastronomie et
plus de 30 journaux contenant des rubriques gastronomiques. Il y aurait un
regain d’intérêt pour l’alimentation et la cuisine « vues comme disciplines
artistiques ».
Cela ne signifie pas pour autant que l’on mette en pratique toutes ces
recettes et ces savoir-faire, mais on pourrait le faire un jour ! A la différence des
autres tâches ménagères, le caractère créatif de la cuisine et de la pâtisserie
devrait être un élément à privilégier dans l’éducation à l’alimentation. L’on n’a
pas la même approche de l’alimentation lorsqu’on a préparé un repas.
1.4. Fête et alimentation
Tout événement festif s’accompagne d’un bon repas, à la préparation
duquel toute la famille va être associée, pour établir le menu, faire les achats
correspondant, faire la cuisine, choisir les vins en fonction des mets, dresser la
table. La cuisine devient un art.
Le repas est l’occasion d’une recherche d’un accord harmonieux entre les
mets, d’une invitation à associer le beau et le bon, à s’intéresser aux arts de la
table ; faïence, porcelaine et cristaux ont fait le renom de plusieurs localités
françaises et sont vendus dans le monde entier. Des mets festifs préparés pour
ceux que l’on reçoit exige un certain décorum dont les règles différentes selon
les milieux et qui évoluent, seront transmises aux enfants. L’on ne dispose pas le
couvert de la même façon en France et en Angleterre. L’on mange ici avec des
fourchettes, ailleurs avec des baguettes ou avec les doigts. C’est l’occasion aussi
de montrer que la convivialité n’existe pas sans quelques règles de savoir-vivre
qui diffèrent selon les lieux, les milieux et les familles.
59
Jean-Louis Flandrin souligne que, dès le Moyen-Age1, l’organisation
spatiale de la table était conditionnée par la position sociale des invités. Les
hôtes de marque occupaient les places au centre et pouvaient ainsi dans le cadre
d’un service « à la française », où tous les plats étaient servis simultanément sur
la table, atteindre le plus grand nombre de plats et être au centre de la
conversation.
La famille contribue à la transmission d’habitudes et de traditions
culinaires ancestrales. C’est ainsi que l’on continue à manger plus de choucroute
en Alsace que dans le midi où la bouillabaisse est plus présente, ou dans le
Sud-ouest où l’on apprécie le cassoulet ou le confit de canard.
Il existe un inventaire du patrimoine culinaire de la France élaboré par le
Conseil national des arts culinaires.
La tradition rythme fêtes et saisons, l’on mange une dinde ou un chapon ou
encore une poularde de Bresse à Noël, de l’agneau pascal, la galette le jour de la
fête des rois, une pièce montée le jour de son mariage.
1.5. Les interdits cultuels2
Ce qui est mangeable et ce qui ne l’est pas varie en fonction de notre
culture, de notre religion. Tout modèle alimentaire fait partie d’un patrimoine
culturel.
Les interdits cultuels traduisent un besoin d’élévation et de spiritualité, ils
traduisent aussi une volonté de se distinguer des autres groupes.
Toutes les religions et notamment les religions monothéistes ont des
interdits alimentaires dont la famille est l’une des principales voies de
transmission.
a) Le judaïsme
Pour Emeric Deutsch, psychosociologue, les interdits alimentaires que les
Hébreux recevront auraient été compris comme un moyen de combattre la
cruauté, d’établir une distance entre le consommateur et sa nourriture et de
séparer amour et pulsion orale.
Le rite alimentaire juif interdit d’absorber du sang qui est « la force vitale »
(Deutéronome). Toutes les viandes ne peuvent être mangées, parmi les animaux
sont consommables les mammifères ruminants, les oiseaux, à l’exclusion des
rapaces. Les poissons pour être consommables doivent posséder écailles et
1 « La promotion de la culture alimentaire française : un enjeu économique et politique pour la
France » – Sopexa – Juillet 2002.
2 Cette partie a été rédigée à partir de « Les interdits alimentaires » – 10ème entretiens de Belley,
organisés par le Conseil national des arts culinaires, 10 et 11 octobre 1996 – Cahiers de
l’Observatoire CIDIL de l’harmonie alimentaire :
- « Le rituel alimentaire juif » – Emeric Deutsch ;
- « Alimentation et christianisme » – Jean-Louis Flandrin ;
- « L’islam en France » – Anne-Marie Brisebarre.
60
nageoires, ce qui les distinguent des mollusques et des amphibies interdits à la
consommation.
L’abattage doit respecter certaines obligations, et est un abattage rituel.
Il existe des produits « cacher » dont les ingrédients et la fabrication
répondent aux critères de la religion juive ce qui suppose donc une série de
contrôles par des responsables religieux. Il est interdit de mélanger le lacté et le
carné. « Tu ne feras pas cuire le chevreau dans le lait de sa mère » (Exode et
Deutéronome). Cet interdit éviterait toute confusion entre amour et destruction,
tendresse et avidité orale.
Les règles alimentaires juives inscrivent le plaisir alimentaire dans des
limites. Elles substituent une dépendance, le besoin de nourriture, à une
soumission à une loi transcendantale.
Elles sont un facteur de cohésion sociale pour les croyants.
b) Le christianisme
Le Nouveau Testament a aboli les interdits hébraïques.
Selon Jean-Louis Flandrin, pour le christianisme il n’y a pas d’interdits
alimentaires. Il faut simplement se méfier des voluptés charnelles et éviter les
plaisirs gastronomiques et la gourmandise, qui rappelons-le était considérée
comme l’un des sept péchés capitaux au même titre que l’avarice, la colère,
l’envie, la luxure, l’orgueil et la paresse. Jeûne et abstinence sont les deux
moyens de renoncer à ces plaisirs et de marquer ainsi la victoire de l’esprit sur le
corps.
Dans l’épître de Paul à Timothée, il est dit que « tout ce que Dieu a créé est
bon et rien n’est à rejeter si on le prend avec action de grâce. En effet, la parole
de Dieu et la prière le sanctifient ».
C’est au cours de la Basse Antiquité et du Haut Moyen-Age que l’Eglise a
réglementé et défini les temps de jeûne (le Carême, l’Avent, les Quatre
Temps…) et d’abstinence (vendredi, samedi, et voire le mercredi). Il fallait
s’abstenir de vin et de viande, puis ensuite uniquement de viande comme le
précise Jean-Louis Flandrin. Il souligne qu’à ces périodes certains chrétiens
refusaient de manger de la viande qu’ils considéraient comme impure, mais cette
attitude avait été condamnée par les conciles.
Dans la société romaine, les nourritures végétales étaient associées à
l’ascétisme et la viande grasse aux banquets, ce qui explique aussi qu’elle ait été
interdite en temps de jeûne ou d’abstinence. Flandrin note que le statut de la
viande dans la religion chrétienne doit beaucoup à la culture gréco-romaine.
Les protestants ont remis en question ces principes car aux yeux de Dieu,
toutes les nourritures sont pures et l’on ne peut acheter la grâce de Dieu par des
mortifications.
61
c) L’Islam
Selon le Coran « Aujourd’hui les bonnes choses vous sont permises ». Il
existe toutefois des interdits alimentaires.
Pour l’Islam sont interdits de consommer : « la bête morte, le sang, la
viande de porc, ce qui a été égorgé au nom d’autre que Dieu, la victime d’un
étranglement d’un choc, d’une chute … ». Est interdit le vin et toute boisson
enivrante « tout ce qui enivre est vin et tout vin est interdit ».
Les animaux doivent être abattus selon un abattage rituel pour que leur
chair devienne « halâl ». La consommation de viande « halâl » est
particulièrement importante en France lors de la fête de l’Aïd al-Kabîr qui
commémore le sacrifice d’Abraham, ce qui n’est pas sans poser de problèmes en
matière d’hygiène et de sécurité alimentaires. Les consommateurs ont, comme
pour les produits « kasher », besoin d’une assurance sur le respect du rituel
d’abattage.
Le jeûne, qui se retrouve dans toutes les religions, est également une des
obligations de l’Islam pendant le ramadan.
Ces interdits alimentaires en liaison avec les principales religions qui
influent sur les processus de la production et de la distribution, ne sauraient être
ignorés au niveau de l’éducation à l’alimentation dans le système scolaire.
Les croyances religieuses peuvent intervenir à des degrés divers dans
l’éducation à l’alimentation qui englobe bien d’autres considérations que
nutritionnelles.
*
* *
Il ressort donc que la famille joue un rôle fondamental dans la
construction des comportements alimentaires et dans l’éducation à
l’alimentation. Elle n’a pas toujours, pour cela, les connaissances nécessaires.
Elle doit pouvoir disposer des informations qui lui permettront de composer des
repas équilibrés et variés et d’être à son tour prescriptrice de bonnes habitudes
alimentaires.
Le guide alimentaire diffusé dans le cadre du PNNS, les émissions de
télévision réalisées par l’Institut national de la consommation, les revues
publiées par les associations de consommateurs sont des instruments, avec
d’autres, pour une sensibilisation des parents à l’éducation alimentaire et
nutritionnelle de leurs enfants. Ces derniers deviennent notamment dans les
milieux défavorisés, des prescripteurs pour leur famille à partir des messages qui
leur auront été délivrés à l’école.
Ces différents moyens d’information sont peu adaptés aux familles les plus
démunies qui cumulent souvent difficultés matérielles et problèmes sociaux
divers. Un accompagnement par les services sociaux et les associations est
nécessaire : apprendre aux familles à mieux acheter en fonction de leur budget, à
62
cuisiner des plats simples à partir de leurs traditions culinaires, en les valorisant,
pourrait constituer un facteur important d’intégration sociale.
2. L’Education nationale
Lorsqu’un problème se pose, l’on a toujours tendance à se retourner vers
l’école pour qu’elle l’aborde et dispense une éducation adaptée pour essayer de
le résoudre. Ce fut le cas avec plus ou moins de réussite pour l’éducation à la
sexualité, à la prévention routière, pour la prévention de la violence ou
l’éducation à la civilité.
Quelle peut-être l’intervention de l’Education nationale en matière
d’éducation à l’alimentation ?
L’alimentation relève de la sphère privée et de choix individuels qui sont
largement dépendants de déterminants socio-culturels. Les habitudes
alimentaires se prenant très tôt, l’école devrait également jouer un rôle important
dans l’éducation à l’alimentation au travers des enseignements dispensés, de la
restauration scolaire, d’expériences d’éducation nutritionnelle.
Les travaux conduits1 par le groupe de travail du Programme national
nutrition santé sur la place de la nutrition dans les enseignements scolaires,
montrent que la nutrition, dans une acception large, est déjà très présente, du
primaire au lycée, dans les différentes filières d’enseignement.
2.1. Nutrition et alimentation dans les programmes scolaires
Le groupe de travail s’est intéressé aux programmes des différents cycles
d’enseignement, du primaire aux classes terminales des lycées.
a) Dans le primaire
Dès l’école maternelle, le jeune enfant se voit proposer des repères pour
« découvrir le monde », le monde du vivant, la découverte du corps, de
l’alimentation à travers la régularité des repas, la composition des menus. Au
cycle 2, qui commence en grande section de maternelle, il s’agit de faire prendre
conscience à l’enfant de son corps, de ses sens, des règles de vie et d’hygiène
notamment en matière d’alimentation.
Le groupe de travail relève que dans l’éducation au goût un chapitre est
intitulé « choisir ses propres aliments aux dépens des médias ».
Au cycle 3, l’alimentation peut se rattacher à plusieurs domaines d’étude.
A partir des repas de midi, au restaurant scolaire, un lien peut être établi entre les
plats et les nutriments grâce au code européen des couleurs.
1 Rapport du groupe de travail du Programme national nutrition santé sur « La place de la nutrition
dans les enseignements scolaires ».
63
b) Dans le secondaire
? Au collège.
Avant l’entrée en 6ème, les élèves reçoivent un livret d’accueil qui consacre
une partie à l’hygiène de vie et souligne l’importance du petit déjeuner. Cela
permet d’établir un lien avec la famille et de souligner son rôle éducatif.
Au collège, en 6ème, dix heures de cours sont conseillées pour l’étude « des
pratiques au service de l’alimentation humaine ». L’exemple d’un élevage ou
d’une culture ou encore d’une transformation biologique sont proposés comme
illustration.
Le groupe de travail prend l’exemple de la fabrication du pain qui permet
d’aborder la culture du blé, les différentes transformations de la matière
première, la fermentation, l’hygiène dans la chaîne de fabrication, la place du
pain dans une alimentation équilibrée, l’évolution de la consommation, le pain
comme élément culturel.
En classe de 5ème sont au programme le fonctionnement du corps et la
nutrition, l’importance de l’hygiène alimentaire et d’une alimentation régulière,
qui influent aussi sur le bon fonctionnement du système cardio-vasculaire, est
soulignée. Les mauvaises habitudes alimentaires et leurs conséquences sur la
santé peuvent être abordées, cela peut être l’occasion d’engager avec les élèves
une réflexion sur ce qu’ils mangent, sur les conséquences du petit déjeuner
absent et sur les origines de l’obésité.
Le programme de 4ème a peu de liens avec l’alimentation.
Le programme de 3ème de sciences de la vie et de la terre est centré sur le
fonctionnement de l’organisme humain. Un chapitre sur la connaissance des
besoins nutritifs permet de définir une alimentation qui évite les excès et les
carences. Il est donc possible à partir du programme de faire un examen critique
d’un menu, de rechercher les principaux constituants d’un aliment, d’établir une
ration alimentaire selon qu’elle est destinée à un enfant, un adolescent ou un
sportif. Cela peut être l’occasion d’étendre la réflexion aux facteurs culturels de
l’alimentation. Le lien est également fait entre des excès ou des carences
alimentaires avec certaines maladies, le diabète, les maladies cardiovasculaires
ou avec l’obésité.
Le groupe de travail note qu’une partie du programme a pour thème
« responsabilité humaine et santé » et que les élèves choisissent rarement la
nutrition comme élément s’y rapportant.
? Au lycée.
Au lycée, l’approche se situe à niveau plus fondamental, cellulaire et
physiologique.
En 1ère est étudié le métabolisme du glucose et le diabète. Dans certaines
filières, peut être choisi un thème d’étude sur « alimentation et environnement ».
64
L’alimentation ne se limite pas à des apports nutritionnels nécessaires à la
croissance et comme facteur indispensable à une bonne santé, elle recouvre des
habitudes alimentaires différentes selon les groupes sociaux, les régions, les
pays, les modes de production, la diversité des denrées alimentaires. Elle est
l’occasion d’aborder les problèmes de disparité des richesses et de malnutrition.
En classe de seconde, en géographie, un chapitre sur « nourrir les hommes »
traite des systèmes de production.
Les enseignants des sciences du vivant et de la terre sont invités à prévoir
des « interactions avec l’enseignement de géographie et de sciences
économiques ».
? L’enseignement agricole.
En ce qui concerne l’enseignement agricole, dont les programmes des
formations générales sont les mêmes que ceux relevant de l’Education nationale,
le rapport de l’Inspection de l’enseignement agricole intitulé « Les conséquences
sur les savoirs et les qualifications professionnelles pris en compte dans la loi
d’orientation agricole du 5 juillet 1999 », a proposé de « faire de l’alimentation
un élément de culture commune et de développement scientifique et
technologique». Cela permettrait « l’appréhension globale de la chaîne
alimentaire- l’éducation du consommateur d’aliments, la prise en compte des
multiples fonctions de l’aliment».
L’on voit bien que l’éducation à l’alimentation suppose une approche
transversale qui requiert une concertation et une collaboration entre
enseignants des différentes disciplines. A l’école maternelle et dans le
primaire, l’unicité de maître facilite l’éducation à l’alimentation à l’occasion
d’autres enseignements y compris pendant les cours d’éducation physique. En
maternelle, les événements festifs (anniversaire, fête de l’école …) peuvent
également en fournir l’occasion, de même que, pour les élèves du primaire ou du
secondaire, la visite d’une ferme ou d’une industrie alimentaire. Ces visites
concourront, par ailleurs, au développement d’une vie locale plus harmonieuse
s’appuyant sur une meilleure connaissance des apports de tous les acteurs.
Le groupe de travail du PNNS sur la place de la nutrition dans les
enseignements scolaires, constitué de représentants des ministères en charge de
l’éducation, de la santé, de directeurs d’école et de professeurs, de médecins, de
représentants d’associations de parents d’élève, d’associations de
consommateurs, note qu’il n’est pas forcément souhaitable d’envisager de faire
de la nutrition une discipline globale supplémentaire.
L’on ne peut multiplier les disciplines enseignées pour répondre à tous les
problèmes qui se posent à la société. Il apparaît en effet plus judicieux, comme
l’a souligné le groupe de travail, de faire porter l’effort sur l’accompagnement
des programmes plutôt que sur les programmes eux-mêmes. L’alimentation peut
servir d’exemple, pour une approche concrète des connaissances ou des
raisonnements scientifiques.
65
Les enseignants doivent être sensibilisés à l’importance d’une
alimentation équilibrée pour prévenir les troubles nutritionnels dont l’obésité
est l’une des manifestations préoccupantes et de l’alimentation comme lien
social et culturel.
Pour le groupe de travail, quelques améliorations devraient toutefois être
apportées aux programmes d’études. En particulier l’eau, abordée le plus
souvent sous l’aspect de l’environnement, devrait l’être également en tant
que boisson vitale pour l’organisme dont elle est le constituant de base
(entre 60 et 70 % du poids du corps).
Par ailleurs, le fait que plus de 80 % des produits alimentaires
consommés sont issus des industries alimentaires n’apparaît pas dans les
programmes. Cette introduction contribuerait à faire prendre conscience de ce
qu’est aujourd’hui la chaîne alimentaire, et à faire évoluer la vision qu’a la
société de son alimentation et de son agriculture. Les manuels scolaires auront à
en tenir compte.
La section de l’agriculture et de l’alimentation fait sienne ces propositions.
2.2. Des outils pédagogiques pour une éducation à l’alimentation :
Dans le cadre des programmes existants, les enseignants qui, à l’exception
de ceux ayant suivi des études en biologie, n’ont pas été formés aux questions de
nutrition et de l’alimentation, devraient pouvoir disposer d’outils pédagogiques
permettant une approche transversale et interactive de ces questions. Les outils
pédagogiques devraient faciliter l’appropriation par l’enfant de notions
d’éducation à l’alimentation dont il pourra faire profiter sa famille.
L’offre de documents pédagogiques par l’Education nationale est réduite.
Diffusés à tous les enseignants concernés, ils peuvent proposer des démarches
pédagogiques ou des activités en rapport avec les programmes. D’autres outils
pédagogiques sont produits par des structures associatives comme l’Association
des professeurs de biologie et de géologie qui a réalisé différents documents :
« équilibrer son alimentation » (pour l’élève), « alimentation de l’homme », et
« nutrition et santé » (pour l’enseignant).
D’autres outils pédagogiques sont produits par différentes institutions ou
associations comme l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé,
le Comité régional d’éducation pour la santé, ou par les associations de parents
d’élèves et les associations de consommateurs ou par l’industrie agroalimentaire
et les interprofessions.
C’est à partir d’une circulaire du 17 décembre 1990 que l’éducation à la
consommation a été ouverte aux entreprises dans les écoles.
Les associations de parents d’élèves y sont toujours défavorables.
En 1999, le Conseil national de l’alimentation (CNA) a soutenu l’initiative
de l’Institut français de la nutrition (IFN) d’une charte, sorte de guide de bonnes
pratiques et de labellisation, pour la réalisation d’outils pédagogiques par les
66
industriels de l’agroalimentaires afin d’éviter tout abus en matière de
communication et de publicité pour certains produits de marques, ce qui répond
aux craintes des associations de parents d’élèves.
Cette charte a été élaborée par le groupe de travail « relations avec
l’enseignement » de l’IFN, constitué d’industriels, d’experts du secteur public, de
représentants d’associations de parents d’élèves, de consommateurs, de juristes,
et publiée en mai 2000. Le PNNS la cite comme référence possible pour les
documents produits par les industriels. L’entreprise qui fait référence à la charte
garde la responsabilité de son document notifié à l’IFN qui peut procéder à un
contrôle a posteriori et signaler son désaccord. La charte précise notamment les
conditions d’élaboration et de validation, et fait obligation de respecter les
politiques publiques en vigueur. Il s’agit là d’une démarche éthique volontaire
des entreprises. Est également prévue une évaluation de satisfaction auprès des
enseignants ayant utilisé ces documents ainsi qu’une évaluation de l’amélioration
des connaissances des enfants.
Les enseignants sont aidés dans leur choix d’outils par différents
organismes. Le Centre national de documentation pédagogique (CNDP) a
constitué un catalogue d’outils consultable sur Internet, relatifs à l’alimentation
et au goût.
L’Institut national de la consommation (INC) dispose d’une pédagothèque
(cf. infra) et édite un catalogue des outils qui ont été analysés par un comité
paritaire d’évaluation composé de trois représentants des professionnels, de trois
représentants des organisations de consommateurs et de deux représentants de
l’Administration (DGCCRF et Education nationale). Il visionne les documents
éducatifs reçus et fait un commentaire critique en terme de qualité technique,
d’adéquation au public et de messages « publicitaires » acceptables.
L’on voit donc que l’éducation à l’alimentation dépend beaucoup de
l’intérêt plus ou moins grand porté sur ce sujet par les enseignants et les
chefs d’établissements scolaires et des moyens dont ils disposent.
2.3. La mobilisation de l’ensemble de la communauté éducative pour une
éducation à l’alimentation
L’éducation à l’alimentation peut être faite à l’occasion de l’enseignement
des différentes disciplines. Elle suppose une concertation entre les
enseignants, un travail en commun, une approche interdisciplinaire, une
véritable mobilisation de tout le personnel, de direction, enseignant et non
enseignant.
Dans le cadre des cours d’éducation physique et sportive, le maître pourra,
à l’école primaire, sensibiliser les enfants aux problèmes d’hygiène
d’alimentation (régularité et composition des repas …).
67
Au collège, les itinéraires de découvertes, les classes de séjour de ski, les
classes de mer ou les classes vertes (elles sont proposées en moyenne une fois au
cours de la scolarité en primaire et au collège), favorisent cette approche de
l’éducation à l’alimentation, lors des repas pris en commun avec les professeurs
et les moniteurs.
Les enseignants ne sont pas des spécialistes de l’alimentation, des
formations devraient être incluses sur ce thème, dans le cadre de la formation
initiale et de la formation continue. Il devrait en être de même pour l’ensemble
des personnels de la communauté éducative dans son sens large.
Au sein des établissements scolaires, les documentalistes des centres de
documentation et d’information (CDI) peuvent contribuer à favoriser cette
éducation de tous à l’alimentation. Les documentalistes devraient être
sensibilisés à celle-ci.
2.4. Le rôle des centres de loisirs
Ils apparaissent comme des structures tout à fait adaptées pour compléter
ce rôle.
Les centres de loisirs sans hébergement accueillent chaque année 3,5
millions d’enfants et les centres de vacances 1,3 million. Ils sont organisés par
des associations, les collectivités territoriales, les comités d’entreprises, les
sociétés commerciales et les particuliers.
Les animateurs de ces centres sont titulaires du brevet d’aptitude à la
fonction d’animateur (BAFA) et les directeurs du brevet d’aptitude à la fonction
de directeur (BAFD). La formation à cette dernière fonction comporte des
notions d’équilibre alimentaire et d’économat.
Les séjours en centre de vacances peuvent être l’occasion d’apprendre les
notions d’équilibre alimentaire, d’hygiène et de nutrition, de favoriser la
consommation de fruits et de légumes, de s’initier à la cuisine ou à la pâtisserie.
De nombreux types d’actions sont cités par le groupe de travail : des
centres de vacances « cuisine », la participation des enfants à la réalisation de
menus et de repas ; la visite de fermes et d’industries alimentaires comme des
fromageries ou des biscuiteries.
Une instruction relative à la restauration en camping a été publiée en juillet
2002.
2.5. La restauration scolaire
Elle doit servir des repas structurés et équilibrés qui soient appréciés
par les enfants et les adolescents et être un acteur de l’éducation à
l’alimentation. La qualité des repas pris au restaurant scolaire doit s’apprécier
tant au niveau du plaisir que de l’équilibre nutritionnel.
68
Une alimentation équilibrée est la condition d’un bon développement
physique et mental des élèves. C’est ce que souligne la circulaire de 2001, cosignée
par huit ministres, et relative à la composition des repas servis en
restauration scolaire et à la sécurité des aliments servis.
Six millions d’enfants et d’adolescents, un élève sur deux, parmi les 12
millions d’écoliers, de collégiens et de lycéens fréquentent le restaurant scolaire.
Le nombre moyen de repas pris à l’école s’élève à 140 par an, c’est dire
l’importance que peut jouer la restauration scolaire tant sur le plan nutritionnel
qu’éducatif.
En 1998, 991 millions de repas ont été servis dans 22 700 restaurants qui
desservent 39 150 établissements scolaires. La part des sociétés de restauration
collective y était de 29 %.
a) L’offre de restauration
La restauration scolaire relève des communes pour les écoles maternelles et
le primaire. Dans les collèges et lycées les cuisines sont le plus souvent gérées
par les services de l’Education nationale, le Conseil général ayant la charge des
locaux et du matériel pour les collèges, le Conseil régional pour les lycées. Dans
les établissements privés, le directeur gère l’ensemble du dispositif de
restauration.
La restauration scolaire peut être gérée directement en régie ou concédée à
des sociétés privées. Des cahiers des charges définissent les relations entre les
parties ; dans le cadre de la gestion déléguée la société de restauration est
responsable des repas préparés.
b) La fréquentation de la restauration scolaire
Selon un rapport de l’AFSSA, des données fiables relatives à cette
fréquentation manquent. Aucune enquête scientifique relative à la nutrition des
enfants en milieu scolaire n’a été réalisée à l’échelle nationale.
Des enquêtes au niveau des départements et des études du ministère de
l’Education nationale, montrent une stabilisation de la fréquentation qui a suivi
une diminution dans la première partie des années 90. Après une certaine
désaffection des restaurants scolaires, on assiste à une certaine hausse de
fréquentation, y compris dans les zones « sensibles ». Une enquête pour l’année
1998-99 note un taux de fréquentation moyen de 56,7 % dans les collèges
publics, de 58,8 % dans les collèges privés.
La fréquentation des restaurants scolaires est fonction du taux
d’urbanisation de la commune, de la situation socioprofessionnelle des parents,
de la nationalité, de l’importance de la fratrie et de l’âge de l’élève.
69
Les enfants d’agriculteurs sont ceux qui fréquentent le plus la restauration
scolaire, du fait de la grande distance qui sépare l’école du domicile (taux de
fréquentation moyen de 88,6 %), suivi par les enfants des cadres (69,6 %). Les
enfants d’ouvriers et d’inactifs ont le plus faible taux de fréquentation avec
47,9 % et 43,7 %.
Selon les résultats de l’enquête INCA, réalisée en 1998-99 par le CREDOC
pour l’Observatoire des consommations alimentaires, organisme rattaché à
l’AFSSA, le revenu mensuel était la variable socio-démographique la plus
associée à la fréquentation des restaurants scolaires. Cette relation peut aussi être
due au fait que les deux parents exercent une activité professionnelle.
La fréquentation de la restauration scolaire est plus élevée dans les régions
de l’Ouest et du Sud-ouest de la France que dans celles de l’Est et du Sud-est, la
région parisienne et le Nord se situant entre les deux.
Une enquête réalisée en 1999 dans les départements du Doubs, de l’Hérault
et du Val-de-Marne, a montré que cette fréquentation varie aussi en fonction de
l’offre interne et de l’offre externe à l’établissement scolaire. La fréquentation
dans les collèges est plus élevée si le mode de distribution est un self-service, si
la cantine propose un plat de substitution, si les places de restaurant sont
modulables et si le paiement au trimestre est possible. Dans les lycées, le taux de
fréquentation est plus élevé si l’établissement interdit les sorties après les repas,
s’il n’existe pas de pizzeria, café, boulangerie ou épicerie dans un rayon d’un
kilomètre autour du lycée et si l’environnement du lycée est peu attrayant.
L’étude de l’AFSSA1, souligne que la non-fréquentation de la restauration
scolaire n’est pas synonyme d’absence de prise de repas et de malnutrition. Selon
une enquête 2 de 1999, 87,6 % des collégiens qui ne fréquentent pas la cantine
scolaire, ou rarement, prennent un repas pour la plupart chez eux ou chez des
amis, 18,1 % grignotent des aliments apportés de chez eux ; 67,2 % et 15,3 %
pour les lycéens.
Pour un grand nombre de ces élèves, le fait de rentrer déjeuner chez soi est
un moyen de rompre la monotonie du cadre et de l’emploi du temps.
Une étude en Seine Saint-Denis fait apparaître le caractère festif de la prise
de repas dans un fast-food ou une cafétéria qui change du cadre habituel de la
cantine.
1 « Nutrition et restauration scolaire de la maternelle au lycée ; état des lieux » de Sébastien
Czernichow et Ambroise Martin.
2 Leynaud-Rouaud, E. Feur, C. Michaud. Actes du colloque « Alimentation des collégiens et
lycéens : enjeux de santé et de société » Créteil juin 1999.
70
c) Coût des repas pris au restaurant scolaire.
Une enquête de 1998 de la direction générale de la concurrence, de la
consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) enregistre une forte
variation des prix selon les établissements. Dans les écoles maternelles et
primaires, le prix du repas variait entre 4 et 49 francs, il était modulé en fonction
du quotient familial. Pour les collèges et les lycées, les prix variaient entre 2100
et 3100 francs par an, selon les établissements.
A Paris, selon un responsable de la FCPE, le prix minimal est de 0,30 €
pour les élèves de maternelle et du primaire.
Le prix du repas, qui pour les revenus les plus modestes est modique, est-il
un frein à la restauration collective scolaire ?
En 1994, le système d’attribution des bourses a été modifié, celles-ci ont
été versées en une seule fois aux familles par la Caisse d’allocations familiales,
sans qu’une part n’ait été prélevée pour le paiement de la demi-pension scolaire.
De nombreuses familles ont perçu ce changement du seul mode de versement
comme une diminution de l’aide, ce qui a eu un impact défavorable sur la
fréquentation des restaurants scolaires. Les associations de parents d’élèves ne
devraient-elles pas également, sur cet aspect des prix, mener une action
d’explication et d’éducation montrant que le prix d’un repas équilibré est
inférieur ou identique à celui d’une boisson sucrée, d’une barre chocolatée
ou d’un paquet de chips.
Dans le Val-de-Marne, une contribution supplémentaire versée aux
familles par le département a permis le maintien de la fréquentation des cantines
scolaires.
Plusieurs types d’aides sont mis en œuvre par l’Etat, les collectivités
territoriales et les établissements d’enseignement pour permettre à tous les
enfants, quel que soit le niveau de revenu des familles, de fréquenter le restaurant
scolaire. Il existe un fonds social collégien parfois complété par des bourses
attribuées par les collectivités locales. Pour les lycéens, existent des bourses
nationales et un fonds social lycéen. La caisse de solidarité de l’établissement
scolaire peut éventuellement compléter ces aides.
d) La qualité des repas servis
Selon un sondage IPSOS pour le magazine « Néo-restauration », 70 % des
parents seraient inquiets sur l’équilibre et la qualité des menus ainsi que sur
l’hygiène dans les cantines scolaires.
Si l’application des normes des conditions d’hygiène et de salubrité et la
mise en place du système des risques et des points critiques (HACCP) a permis
de prévenir les risques sanitaires, le contenu des repas servis aux élèves n’aurait
pas connu les mêmes améliorations.
71
Selon l’appréciation du Docteur Philippe Verger, médecin nutritionniste,
directeur d’un centre de recherche sur la nutrition et la sécurité alimentaire « la
médiocrité flagrante des aliments offerts est évidente. On propose trop souvent à
l’enfant des « pseudo-fromages », des préparations laitières qui ne contiennent
quasiment pas de calcium. On sert aussi de la fausse viande ou du faux poisson,
sortes de conglomérats dont l’intérêt nutritionnel est très réduit ».
D’après une étude conduite par la Direction générale de l’alimentation,
40 % des repas finiraient dans les poubelles, ce qui est peut être, en partie, dû
aussi à des portions non adaptées aux besoins des enfants et à une qualité
organoleptique insuffisante.
Le coût de la matière par repas pour la restauration scolaire varierait entre 7
à 11 francs (1 à 1,5 euro) en moyenne.
La qualité d’un repas tant gustative que nutritionnelle exige un minimum
de coût pour les produits. Selon le sondage IPSOS, déjà cité, 79 % des parents se
disaient prêts à payer davantage pour que leurs enfants mangent mieux. On peut
néanmoins s’interroger sur la sincérité de ces souhaits.
L’intervention d’une diététicienne dans les cantines scolaires est encore
peu fréquente. Elle devrait être développée, sa prise en charge pouvant être
partagée par plusieurs collectivités.
e) Des efforts d’amélioration sont cependant faits
Les efforts faits ne sont pas toujours récompensés ; certains élèves
préfèrent l’escalope panée, éponge à huile, à un plat plus traditionnel. Ceci
démontre la nécessité d’une éducation à l’alimentation et au goût qui, sans
exclure aucun produit, amènerait à un meilleur équilibre alimentaire et à la
consommation d’une variété plus large de produits.
Les sociétés de restauration proposent des repas à thème qui, s’ils sont
accompagnés d’explications sur les produits et les plats servis, sont un élément
d’éducation, de découverte de nouveaux produits ou de produits oubliés, de
nouvelles saveurs, d’ouverture aux différentes composantes de la population
scolaire et à leurs habitudes alimentaires.
La restauration scolaire est aussi une vitrine pour certaines communes.
L’on peut citer à titre d’exemple, les propositions de repas issus de l’agriculture
biologique. La communauté de communes du Sénonais, en Ariège, propose un
repas à 95 % bio par semaine avec un approvisionnement local pour la moitié
des produits. La démarche est également éducative avec l’intervention de
producteurs, l’organisation de tables de découverte, la formation et la
mobilisation des personnels, la sensibilisation des enfants au goût, à la diversité
des produits, à leur saisonnalité.
Dans le Gers, le Conseil général apporte pendant trois ans une aide
dégressive à la mise en place de repas bio pour compenser une partie du surcoût
matière (subvention de 0,43 € la 1ère année et 0,30 ensuite).
72
f) L’environnement est aussi important que la qualité des repas
Il faudrait avoir envie de déjeuner à l’école plutôt que de se sentir contraint
d’y déjeuner pour des motifs d’éloignement du domicile ou d’absence d’autres
possibilités de restauration structurées. Selon Claude Fischler « la cantine
indique un lieu de dépendance qui unit le convive à l’institution. En situation de
dépendance le mangeur attend implicitement moins et se trouve moins facilement
satisfait ».
Le cadre, l’éclairage, le mobilier, l’acoustique de la salle doivent contribuer
à un environnement agréable pour le repas. La présentation des plats, le service
qui en est fait, l’accueil réservé aux convives, sont autant de facteurs qui rendent
la restauration scolaire attractive ou non.
Il faut que les enfants aient un temps suffisant pour déjeuner, au moins une
demi-heure, sans compter les temps d’attente, comme le recommande la nouvelle
circulaire de 2001. Le repas doit être un moment de détente et de plaisir
partagé. Cet environnement exige la présence de personnel, motivé, et ayant
reçu une formation adaptée.
Comme le souligne le Conseil national de l’alimentation dans son avis n°18
de septembre 1997, « les personnels de service et d’encadrement devraient être
mieux préparés à la spécificité de leur mission par leur rôle d’accompagnateur
de la vie scolaire », ce qui ne semble pas toujours être le cas. Cette fonction
d’accompagnateur de la vie scolaire est très importante et mériterait, sans doute,
d’être mieux reconnue.
2.6. La circulaire du 25 juin 2001
Le PNNS recommande que les repas pris à l’école apportent aux enfants
une alimentation équilibrée et soient l’occasion d’une éducation au goût et à la
nutrition.
La circulaire interministérielle du 25 juin 2001 précise les besoins
nutritionnels des enfants et des adolescents et fait des recommandations quant à
la composition des repas servis et à la sécurité des aliments.
Elle précise le rôle de l’école en matière d’éducation nutritionnelle et
d’éducation au goût. Elle traite également de la sécurité sanitaire des aliments et
de la réglementation applicable en matière de restauration scolaire. Comme
indiqué précédemment, elle souligne l’importance capitale de l’alimentation pour
le développement physique et mental des élèves.
a) Les besoins nutritionnels des enfants et des adolescents
La diminution de l’activité physique, liée au mode de vie, se traduit pour la
plupart des enfants par une réduction des dépenses d’énergie. La circulaire
recommande de tenir compte de l’appétit de chaque enfant, les apports
énergétiques pouvant varier du simple au double, et même au triple, d’un enfant
ou d’un adolescent à l’autre. Des compléments en légumes d’accompagnement
ou en ration supplémentaire peuvent être prévus.
73
Le déjeuner de midi devrait représenter 40 % du total énergétique
journalier, le petit déjeuner 20 %, le goûter 10 % et le repas du soir 30 %.
La circulaire note que les enquêtes conduites en milieu scolaire montrent
que la couverture des besoins en protéines est plutôt excédentaire. Elle précise
que le besoin minimum n’est pas synonyme de besoin optimum et que des
apports supérieurs peuvent être apportés ; le repas de midi ne devrait pas
dépasser 50 % de l’apport quotidien de référence.
Pour le repas de midi, les objectifs nutritionnels sont de diminuer les
apports de lipides et d’augmenter ceux de fibres et vitamines (crudités, fruits
crus, légumes cuits et légumes secs, céréales), de fer (poisson, viande rouge), de
calcium (fromages ou produits laitiers contenant au moins 150 mg de calcium
par portion).
La circulaire rappelle aussi qu’il faut habituer les enfants à manger peu
salé.
Elle souligne qu’à table, l’eau est la boisson de tous les jours et qu’en cas
de pratique sportive, ou de fortes chaleurs, sa consommation doit être accrue.
b) La collation du matin
La circulaire note que pour les élèves qui viennent en classe sans avoir pris
de petit-déjeuner, il serait souhaitable qu’ils aient à leur disposition du lait, du
pain, des fruits ou des yaourts à consommer au plus tard deux heures avant le
déjeuner.
Selon le groupe de travail du PNNS de l’AFSSA, le problème des
collations est un problème délicat car elles peuvent conduire à un apport
énergétique excessif pour ceux qui ont déjà pris un petit-déjeuner et avoir une
vertu anti-éducative. Différentes enquêtes montreraient que seulement un
nombre limité d’élèves ne prenaient pas de petit-déjeuner.
Un intervalle trop court entre cette collation et le déjeuner conduirait à
réduire la consommation du déjeuner. La collation, le plus souvent fournie par
les parents, ne répond pas aux préconisations nutritionnelles.
La circulaire encourage la distribution de lait à l’arrivée en classe. L’avis
du Conseil national de l’alimentation du 30 septembre 1997 recommandait de
proposer éventuellement du lait pour atteindre la couverture des besoins en
calcium.
L’ONILAIT gère une mesure dite « lait scolaire » en application de
règlements communautaires, qui permet de subventionner la fourniture de lait en
briquettes, de yaourts ou de fromages pour les élèves des établissements
d’enseignement pré-élémentaires, élémentaires et secondaires.
Le Comité de nutrition de la société française de pédiatrie, cité par le
rapport du groupe de travail du PNNS, a pris une position, en mars 2003, en
défaveur de la collation systématique du matin.
74
c) L’installation de distributeurs d’eau réfrigérée
Recommandée par la circulaire, elle doit être favorisée et développée.
C’est une des façons de limiter la consommation de boissons sucrées et
d’aliments caloriques souvent mis à la disposition des élèves du second degré
dans des distributeurs automatiques dont l’installation dépend du conseil
d’administration de l’établissement scolaire qui est déchargé du souci de leur
maintenance. Ces distributeurs automatiques procurent aussi à l’établissement
des rentrées d’argent utilisées pour le financement de certaines activités.
Ne va-t-on pas à l’encontre d’une éducation à l’alimentation dans des
établissements relevant de l’éducation nationale, au moment où le nombre
d’enfants obèses est en forte augmentation ?
L’installation de fontaines ou de bonbonnes d’eau réfrigérée, qui, il est
vrai, induit des problèmes d’hygiène, de sécurité et de coût, devrait être
l’occasion d’une sensibilisation des élèves, des personnels enseignants et non
enseignants, à l’importance d’une alimentation équilibrée et à l’importance
de l’eau comme seule boisson indispensable.
d) Les besoins particuliers de certains élèves
Certains élèves, pour des raisons de santé, ont besoin d’un menu adapté,
qui peut parfois être fourni par le système de restauration collective, dans les
autres cas, la famille est autorisée à fournir un panier repas.
7 % des enfants sont concernés par un problème d’allergie ou d’intolérance
alimentaire, seuls 12 % de ces cas seraient signalés en raison de la crainte
d’exclusion des enfants de la restauration scolaire. Une circulaire du
10 novembre 1999 prévoit la mise en place d’un projet d’accueil individualisé
pour chaque enfant qui doit suivre un régime alimentaire. La famille assure la
responsabilité de la fourniture des repas dont tous les éléments doivent être
rassemblés dans un seul contenant identifié au nom de l’enfant. La chaîne du
froid doit être impérativement respectée jusqu’à la consommation. La remise en
température se fait selon un protocole précisé.
e) Une éducation au goût doit accompagner l’éducation nutritionnelle
La circulaire note que « l’aspect éducatif du repas est peut-être trop
souvent oublié ou négligé ». L’éducation nutritionnelle doit être faite lorsque les
comportements alimentaires ne sont pas encore établis. L’école joue un rôle
important dans l’éveil au goût, le repas doit être une occasion de découverte, un
moment de plaisir.
Elle recommande d’organiser autour de l’alimentation des animations pour
éduquer le goût des élèves, valoriser le patrimoine alimentaire, permettre
l’utilisation d’un vocabulaire précis sur les saveurs, expliquer les processus de
fabrication des aliments, leur composition, déguster des spécialités locales,
découvrir des odeurs, apprécier l’association des couleurs.
75
Elle encourage des actions pour une éducation au goût avec la participation
d’intervenants extérieurs à l’occasion d’animations dans le cadre du projet
d’école ou du projet d’établissement.
f) La sécurité des aliments
L’obligation de sécurité pour les aliments offerts à la consommation, sous
quelque forme que ce soit, est rappelée.
En ce qui concerne la restauration scolaire, un arrêté interministériel de
1997 fixe les conditions d’hygiène applicables dans les établissements de
restauration collective à caractère social. Un guide des bonnes pratiques
hygiéniques a été établi.
Des prescriptions concernent l’aménagement, l’équipement des locaux, le
matériel, l’hygiène de la préparation des repas, la fonction du personnel, les
dispositions relatives aux toxi-infections alimentaires collectives (TIAC) ; une
déclaration préalable d’activité est adressée aux services vétérinaires du
département où le restaurant collectif est implanté.
Sont également précisées les règles relatives au conditionnement et au reconditionnement
des plats qui seront consommés dans des restaurants satellites
du lieu de fabrication.
Une directive de 1993 impose par ailleurs aux professionnels de la
restauration collective des obligations d’autocontrôle à partir de la méthode
HACCP et de formation continue de leur personnel à l’hygiène.
Le respect de l’hygiène s’applique également aux convives de la
restauration scolaire et la circulaire note qu’il est indispensable que les
établissements scolaires disposent d’installations sanitaires suffisamment et
correctement équipées permettant le lavage et le séchage des mains.
Les inspecteurs des services vétérinaires veillent à la bonne application des
règles d’hygiène dans la préparation, le transport et la distribution des repas. Les
inspections s’effectuent à l’improviste, en présence du chef de cuisine et du
responsable de l’établissement qui reçoit un rapport d’inspection.
Services vétérinaires et services de la concurrence, de la consommation et
de la répression des fraudes assurent le contrôle des cantines scolaires et de la
chaîne alimentaire.
Une plaquette intitulée « La restauration scolaire : équilibre, sécurité et
plaisir » reprend sous forme abrégée les principales données de textes
réglementaires et rappelle ce qu’il convient de faire pour accueillir les élèves
souffrant d’allergie ou d’intolérance alimentaire. Elle mentionne différents outils
pédagogiques pour mener des animations dans les classes.
La restauration scolaire doit être un moyen d’assurer une alimentation
saine et équilibrée et, comme le souligne le Conseil national de
l’alimentation, si elle joue correctement son rôle éducatif, elle prépare
l’adulte à se nourrir convenablement.
76
Ce rôle éducatif est particulièrement important pour les enfants et les
adolescents des familles en difficulté dont la fréquentation des restaurants
scolaires doit, comme le recommande la circulaire, être favorisée.
2.7. Expériences d’éducation à l’alimentation
Les initiatives en matière d’éducation à l’alimentation sont nombreuses et
diverses, les exemples ci-après en constituent une illustration.
a) Expérience de Fleurbaix et Laventie
Les noms de ces deux communes du Nord symbolisent le début des
expériences d’information nutritionnelle et d’éducation à l’alimentation de
l’ensemble de la population de ces localités.
L’étude « Fleurbaix Laventie Ville Santé », est une étude prospective ayant
pour objectif de montrer les relations entre alimentation, activité physique,
facteurs génétiques, environnementaux et prise de poids.
Conduite par l’association « FLVS » (Fleurbaix Laventie Ville Santé) dans
le cadre de l’Observatoire des habitudes alimentaires et du poids, elle a été
parrainée par les ministères en charge de l’Education nationale, de l’agriculture
et de l’alimentation, de la santé, des sports. Elle a reçu le soutien des deux
communes concernées, celui du conseil régional Nord-Pas-de-Calais ainsi que
celui de partenaires privés.
L’association présidée par le Professeur Pierre Fossati, ancien président de
la Société de nutrition et de diététique de langue française, a associé les médecins
de Fleurbaix et Laventie, qui ont été des relais pour l’ensemble de la population,
les maires des deux communes, les responsables de l’enseignement et des
scientifiques.
Le conseil scientifique de l’association, indépendant de celle-ci, était dirigé
par le Professeur Pierre Ducimetière, de l’INSERM.
La première étude, 1992-1997, comportait deux objectifs :
- identifier précocement les facteurs de risques de maladie cardiovasculaires
et métaboliques à partir d’un suivi des enfants et de leurs
parents pendant cinq ans ;
- évaluer l’impact d’une information nutritionnelle transmise dans le
cadre scolaire, sur les habitudes et les comportements alimentaires de
toute la famille : pendant cinq ans, les enfants du primaire et des
collèges scolarisés à Fleurbaix et Laventie ont reçu une information
nutritionnelle intégrée dans l’ensemble des programmes scolaires
existant. Il s’agissait d’apporter à ces enfants des connaissances sur
les différents aliments, leur composition, les principes d’une
alimentation équilibrée, les relations de l’alimentation avec la santé.
Les repas ont été pris comme thèmes d’information (petits-déjeuners,
repas principaux, repas à l’école, collations, repas sortant de
77
l’ordinaire) avec des sous-thèmes (le sucre et les produits sucrés, les
corps gras, les viandes …).
Au cours des cinq années deux mille enfants ont été concernés par ce
programme, 800 pendant la totalité des cinq années. L’information nutritionnelle
a été dispensée lors des cours généraux de biologie mais aussi de mathématiques,
français, géographie, éducation sportive. Cette éducation a été faite également
dans le cadre de travaux pratiques, à l’école ou en dehors de celle-ci, pouvant
consister en cours de cuisine, achats d’aliments, visites d’industries alimentaires.
Les enseignants préalablement formés par des nutritionnistes, ont été
associés à la création de fiches pédagogiques établies à partir de fiches
techniques élaborées par des médecins nutritionnistes.
Des évaluations ont été réalisées à partir d’enquêtes de consommation et
des réponses aux questionnaires de fréquence de consommation.
Les restaurants scolaires ont également été associés à ce programme
d’éducation à l’alimentation. La restauration scolaire, où 64 % des enfants
scolarisés à Fleurbaix et Laventie déjeunaient pendant la période de l’étude, doit
servir des repas équilibrés et permette aux enfants d’acquérir de bonnes
habitudes alimentaires. Un outil d’aide à l’élaboration des menus a été créé,
« semainier » représentant les différents groupes d’aliments par une couleur
différente ; les menus établis par les responsables de la restauration de chaque
établissement étaient soumis à la diététicienne de Ville Santé.
Trois fois par an, des animations ont été réalisées pour expliquer
concrètement ce que sont les aliments, les façons de les accommoder, le contenu
des assiettes.
Une sortie par classe est organisée, une fois par an, pour visiter une ferme,
un rayon d’hypermarché, un commerce alimentaire, une usine de production de
denrées alimentaires. Des dégustations de produits sont prévues pour apprendre
aux enfants à connaître les aliments, leur histoire, à reconnaître les odeurs, les
saveurs, les textures.
Des petits-déjeuners sont servis au moins une fois par an dans chaque
classe.
? Les résultats de l’étude.
Des enquêtes sur les consommations et les comportements ont été réalisées
après les programmes d’éducation à l’alimentation à Fleurbaix et à Laventie et
dans deux villes témoins.
Comparées à ces villes témoins, les connaissances nutritionnelles des
enfants de Fleurbaix et Laventie sont meilleures, ce qui apparaît comme logique.
Les familles de ces deux localités ont aussi modifié leurs habitudes alimentaires
avec globalement une consommation moindre de lipides et supérieure de
glucides. La proportion de familles mangeant au moins une fois par semaine des
frites est passée de 55,9 à 38,8 %, elle a aussi diminué, mais plus faiblement dans
78
les villes témoins. La consommation de beurre a diminué au profit des matières
grasses végétales.
L’étude a également permis de mieux comprendre l’importance du
petit-déjeuner chez l’enfant. Lorsque le petit-déjeuner n’est pas pris ou n’est pas
suffisant, il y a sur-compensation calorique au moment des autres repas, avec
une alimentation plus riche en lipides.
Une meilleure information nutritionnelle a donc permis une modification
de certains paramètres des comportements alimentaires allant dans le sens d’un
meilleur équilibre, y compris pour les adultes. Cela s’est traduit chez les femmes
par un indice de masse corporelle (IMC) plus faible que dans les villes témoins.
Cette expérience s’est poursuivie dans le temps, la modification des
comportements alimentaires est en effet une œuvre de longue haleine.
? L’étude Fleurbaix Laventie Ville Santé II 1998-2002.
Cette étude a concerné 300 familles soit 1000 à 1200 personnes. Elle avait
pour objectif d’essayer de comprendre ce qui entraîne une prise de poids, de
quelques kilos jusqu’au stade de l’obésité, dans une population « normale »
vivant dans son milieu habituel.
Elle a fait apparaître que les enfants qui ont des apports énergétiques
importants à partir des glucides avaient de moindres risques de sur-poids que
ceux qui consommaient davantage de lipides.
Elle montre aussi que pour les adultes, et plus spécialement pour les
femmes, plus leur niveau d’éducation est élevé plus elles sont minces. Cela ne
jouerait pas pour les hommes, la pression sociale s’appliquant, selon les
commentaires fournis par l’étude, surtout sur les femmes.
L’activité physique a également été appréciée auprès des familles
participant à l’enquête. Les femmes et les hommes qui pratiquent régulièrement
un sport ont un poids inférieur et un tour de taille inférieur à ceux qui n’en
pratiquent pas.
Chez les enfants, les garçons qui ne pratiquent pas d’activité physique ont
un risque deux fois plus important d’avoir un poids excessif. L’étude de
Fleurbaix et Laventie a montré le rôle de l’émulation familiale en matière de
pratique d’une activité physique.
Veiller à son alimentation ne signifie pas obligatoirement se priver de tout
et ne plus pouvoir déguster de bons plats. L’association Fleurbaix et Laventie a
organisé en 2002 un concours de recettes et menus régionaux qui devaient
présenter une réalisation facile et familiale, en respectant l’équilibre alimentaire
sans pour autant nuire au plaisir de manger. Le jury a choisi, dans un menu
respectant parfaitement les critères d’un repas équilibré, la recette du lapin aux
pruneaux et à la bière.
79
? Objectif 2000-2007.
Cette nouvelle démarche vise à donner à chacun « les moyens d’être acteur
de sa propre santé ».
L’on voit par cet exemple que l’éducation à l’alimentation à l’école ne se
fait que dans la durée et exige des efforts conjugués de tous. Mais, grâce à ce
programme, le nombre d’enfants obèses n’a pas augmenté en 10 ans à Fleurbaix
et Laventie alors qu’ailleurs la progression a été de 50 à 150 %.
Le 30 octobre 2002, la Marianne d’Or a été décernée à l’Assemblée
Nationale à Mme Brigitte Bout, Sénateur-Maire de Fleurbaix et à M. Roger
Douez Conseiller général et maire de Laventie. Cette distinction honore, pour la
première fois, une innovation de santé publique.
b) Dans la région Languedoc-Roussillon
Depuis 1998, l’Agence méditerranéenne de l’environnement conduit avec
le Comité régional d’éducation pour la santé un programme d’actions sur le
thème « alimentation des lycéens et des collégiens en Languedoc-Roussillon »
qui a pour objectif de favoriser des comportements alimentaires favorables à la
santé et au bien-être.
Un guide, à l’élaboration duquel ont participé des établissements scolaires
pilotes, doit faciliter la mise en place de projets. Il comporte de nombreux
exemples d’actions conduites dans les établissements scolaires : rendre les élèves
acteurs de leurs choix au restaurant scolaire pour arriver à les faire construire un
plateau équilibré, mettre en place une commission menu, mettre en évidence les
déséquilibres d’un menu « fast-food », organiser un concours de recettes
régionales, améliorer l’accueil au self, réaliser la semaine du goût autour du pain.
Il donne des renseignements sur la manière de définir les objectifs, les
actions possibles à réaliser, de former une équipe, de trouver des partenaires et
des moyens, de mobiliser les élèves, de valoriser ce qui a été réalisé et de le faire
connaître.
c) Le département du Nord
L’Education nationale et l’Institut Pasteur de Lille ont mis en place une
démarche de formation des professionnels et des bénévoles des collèges pour une
éducation à l’alimentation des élèves.
Cette démarche volontaire est proposée à tous les collèges du département.
Elle exige un véritable engagement par une mobilisation de l’ensemble de la
communauté éducative. Elle est intégrée dans le projet d’établissement scolaire
et s’inscrit dans la durée. Elle associe la direction, des professionnels et des
bénévoles, les élèves, les parents, des relais associatifs.
L’accompagnement est assuré par l’Institut Pasteur de Lille qui fournit
conseil et assistance et est chargé de mettre en place des outils d’éducation.
80
L’objectif est d’inciter les jeunes à se soucier de leur alimentation et de leur
santé dans la vie quotidienne et faciliter, par la même occasion, la réussite de leur
scolarité. La communauté éducative de l’établissement scolaire doit les y aider ;
pour cela elle reçoit une formation pour une bonne démarche d’éducation à
l’alimentation.
Cette démarche d’éducation à l’alimentation a concerné plus
spécifiquement les réseaux d’éducation prioritaire de l’Education nationale.
Une démarche d’éducation à l’alimentation est lourde et comme le souligne
l’Institut Pasteur de Lille nécessite l’implication de l’ensemble des personnels
d’un établissement. La motivation et l’investissement en temps sont
particulièrement importants.
d) Dans le Val-de-Marne
En 2001-2002, trois programmes financés par le Conseil général et le
Conseil régional, ont été testés.
L’un visant à promouvoir une politique nutritionnelle à l’école a concerné
12 établissements et 5000 convives.
Des fontaines d’eau et de lait ont été mises en place dans les établissements
volontaires qui ont souhaité, en raison des contraintes d’entretien, les voir
installées dans les lieux de restauration.
Les distributeurs de boissons ou produits sucrés, qui n’ont pas été
supprimés, ont été installés dans d’autres lieux.
Une promotion de la consommation de fruits a été faite, dans la
restauration scolaire, plus rarement en dehors de celle-ci.
L’on voit que les expériences d’éducation à l’alimentation sont
nombreuses, qu’elles associent de multiples partenaires, l’Education nationale,
les collectivités locales, des professionnels de la restauration scolaire, les parents
d’élèves, les représentants des élèves. Pour être efficaces, elles doivent
s’inscrire dans la durée, et faire l’objet d’évaluations auprès des élèves
concernés.
Pour une efficacité optimale, il est, comme le souligne l’Institut Pasteur de
Lille, important de « concentrer l’action sur une unité territoriale donnée de
manière à toucher, dans le même temps, toute la population d’un même
secteur ».
2.8. Les ateliers expérimentaux du goût
La circulaire de 2001 relative aux repas servis en restauration scolaire
encourage l’organisation d’ateliers expérimentaux du goût. Une convention a été
signée en 2002 entre le ministère chargé de l’Education nationale et l’Institut
national de la recherche agronomique pour développer des journées
d’information sur les techniques culinaires et la gastronomie.
81
Ces ateliers, ces « classes de goût », sont articulés sur les savoirs enseignés
à l’école. Ils doivent permettre aux élèves d’observer, d’expérimenter, de
questionner et ainsi d’avoir une vision différente du monde qui les entoure.
Pour Hervé THIS, du laboratoire de chimie des interactions moléculaires
de l’INRA, il s’agit de réconcilier, par une pédagogie active, l’art, la culture, la
technique, la technologie et la science.
Des fiches pédagogiques et des fiches d’expérimentation ont été créées à la
demande de la délégation académique aux arts et à la culture de Paris. Elles sont
par exemple consacrées :
- au montage du blanc d’œuf en neige qui permet d’aborder aussi les
notions de réflexion, d’absorption, de couleur ;
- à la confection du pain. Les enfants sont sensibilisés à la valeur
culturelle et patrimoniale du pain. Ils découvrent l’action des levures
mais aussi le travail des boulangers et la variété des pains ;
- à la fabrication de vin. Les enfants découvrent qu’avec le raisin noir
l’on peut faire du vin rouge ou du vin blanc. Un vigneron peut venir à
cette occasion parler des terroirs, des cépages ou des AOC.
D’autres fiches concernent la confection du beurre, du yaourt, du
fromage ….
Une approche globale de l’éducation à l’alimentation est donc
nécessaire
L’éducation à l’alimentation ne pourra être généralisée que si elle
figure parmi les axes prioritaires du ministère en charge de l’Education
nationale. Pour atteindre un état nutritionnel satisfaisant, il faut, comme le
recommande le PNNS : informer, éduquer, orienter.
Nutrition et alimentation sont, comme cela a été vu, déclinées sous
différentes approches dans de nombreuses disciplines, sciences de la nature et de
la vie, histoire et géographie, sciences économiques et sociales mais elles
peuvent l’être aussi en mathématique, en français ou lors des activités physiques
et sportives. Ces dernières activités peuvent être l’occasion pour une
sensibilisation des élèves à une alimentation variée et équilibrée et à une
activité physique régulière : conditions d’un équilibre de vie.
Des projets d’école ou d’établissement sont nécessaires pour cette approche
transversale de l’alimentation qui peut aider les élèves à s’interroger sur leur
alimentation et à progressivement modifier, si nécessaire, leurs habitudes
alimentaires.
Les actions transversales dans lesquelles interviennent parfois des acteurs
extérieurs à l’établissement (rappelons que certains professionnels de
l’alimentation de détail participent à cette éducation en faisant visiter leurs
ateliers de fabrication, s’associent à la semaine du goût) exigent une motivation
importante du personnel, une collaboration entre personnels enseignants et autres
82
personnels scolaires (professionnels de la santé, cuisiniers, intendants et
autres …).
Des formations de ces différents personnels, à l’alimentation, à la nutrition
et à l’hygiène sont nécessaires tant en formation initiale qu’en formation
continue. Des formations interdisciplinaires à l’intérieur de l’école ou de
l’établissement concourent à y impulser une dynamique de travail d’équipe
comme le souligne le Conseil national de l’alimentation.
L’éducation à l’alimentation, c’est avoir un nouveau regard sur ce que
l’on mange, la façon dont on le mange, en quelle compagnie. N’est-ce pas
avoir un nouveau regard sur soi-même et sur ceux qui vous entourent ?
B – LES AUTRES ACTEURS
1. Le rôle des diététiciens
C’est une profession relativement récente venue des Etats-Unis au milieu
du XXème siècle.
Comme aux Etats-Unis, c’est par le biais de l’application thérapeutique
qu’elle a commencé à être prise en considération. La population française,
habituée à une cuisine traditionnelle, pas forcément conforme aux règles de
l’équilibre alimentaire, d’ailleurs en évolution, s’est habituée depuis une dizaine
d’années aux recommandations de cette profession.
Il serait souhaitable que l’évolution des comportements en France ne se
traduise pas, comme aux Etats-Unis, par une augmentation sensible du nombre
d’obèses, sachant que dès à présent, 12 % des enfants français sont concernés.
Les diététiciens ont donc une part importante dans cette action éducative.
Ils doivent aussi contribuer à effacer des esprits le lien entre diététique et
restrictions afin de faire prévaloir leur règle d’or : « Manger de tout, le plus
varié possible, en quantité raisonnable ».
2. Le rôle des interprofessions
2.1. L’action du CIV (Centre d’information des viandes) dans le domaine
de l’information nutritionnelle
a) La structure du CIV
Le CIV est une association de la loi de 1901 dont le conseil
d’administration se compose des filières bovines et ovines, de la production à la
distribution et de l’Ofival.
Le secteur de la viande chevaline s’est associé au CIV en janvier 2003.
83
Le CIV se compose également :
- d’un conseil scientifique ;
- d’un conseil « consommateurs » ;
- d’un comité « éthique et bien-être animal ».
Le CIV emploie 15 personnes.
b) L’information nutritionnelle en viande bovine : le constat
Depuis 20 ans, le CIV ne peut que constater l’évolution du contenu d’un
discours général en matière nutritionnelle qui, pratiquement, se résume à
expliquer les dérives nutritionnelles par une supposée augmentation de la
consommation de viande rouge.
Comment expliquer que les problèmes de nutrition s’aggravent depuis 20
ans, alors que, dans le même temps, la consommation de viande rouge a diminué
d’environ 20 à 25 % ?
Le discours lui-même entretient une confusion entre des notions fort
différentes : produits carnés, viande et viande rouge, conduisant ainsi à voir
indiqué, selon ce que recouvre le terme « viande » utilisé, des niveaux de
consommation variant de 15 à 95 kg par an et par habitant.
Lorsqu’il est question de graisses animales, c’est toujours à la viande rouge
que, spontanément, le grand public se réfère.
Pour autant, les chiffres actuels estiment la consommation de bœuf à
environ 15,5 kg par an et par habitant, soit une moyenne de 2 steaks par semaine,
c’est-à-dire 4 % de la totalité des matières grasses contenues dans son
alimentation.
Il faut souligner que la consommation d’agneau s’élève à environ 4,5 kg
par an et par habitant, tout comme le veau, la viande de cheval représente, elle,
2 % de la consommation totale de viande.
c) Le constat en matière d’information générale sur la nutrition
Après une période d’information que l’on peut qualifier de « technique »,
avec mise en valeur des protides, lipides, glucides, etc., l’information s’effectue
aujourd’hui à travers la mise en avant de tel ou tel produit.
Ainsi, on nous dit de consommer davantage de fruits et légumes, moins de
viande, plus de poisson, etc. Toutefois, les produits dont on nous parle sont des
produits frais, non transformés pour la plupart du temps, et ils ne représentent
aujourd’hui probablement pas plus de 30 à 40 % de notre alimentation.
La question que se posent les responsables du CIV est la suivante : la
détérioration de l’équilibre nutritionnel de notre alimentation, ne viendrait-elle
pas d’une perte d’équilibre entre le ratio produits frais, ou brut, par rapport aux
produits de plus en plus élaborés, plutôt que de glissements de consommation
des produits de base entre eux ?
84
En effet, la consommation de viande fraîche, de fruits et légumes frais et de
poisson frais diminue de manière continue, notamment chez les jeunes et les
jeunes ménages. L’essor de la consommation de produits élaborés, avec des plus
et des moins de telle ou telle vitamine ou matières grasses, etc.… pourrait laisser
penser que les produits frais, à qui on n’a rien ôté, ni rien ajouté, seraient donc
moins « équilibrés ». Ainsi la notion même de l’équilibre alimentaire, où l’on
doit manger de tout, se transforme en une consommation de plus en plus réduite
de produits bruts que l’on modifie afin de compenser des apports nutritionnels,
déjà défaillants, par manque de diversité alimentaire. On en vient même à des
supplémentations médicamenteuses.
d) L’action du CIV
Le CIV a bâti sa politique d’information nutritionnelle sur le concept :
« VARIONS LES PLAISIRS,
GARDONS L’ÉQUILIBRE ».
En effet, l’objectif consiste à rappeler qu’il faut manger de tout, en
quantité raisonnable.
Ce préalable étant souligné, le CIV essaye de mettre en avant la
complémentarité de la viande avec d’autres produits. En effet, le CIV estime que
le public ne consomme pas un produit principal, mais un plat principal. En
caricaturant, le choix est le suivant : viande (ou poisson)+légumes ou pizza.
Le CIV mène donc des actions en diffusant au grand public des documents
d’information, à travers les « Villages d’information de la viande » dans les
grandes villes, de kiosques d’information du CIV dans les lieux plus restreints ou
sur les salons (Salon de l’Agriculture par exemple).
Par ailleurs, le CIV élabore des campagnes destinées à la presse, elles
fournissent ainsi l’occasion au consommateur de commander des documents du
CIV.
Le CIV a également créé des kits pédagogiques destinés au secteur de
l’enseignement.
Enfin, le site Internet du CIV contient de nombreux renseignements à
caractère nutritionnel.
2.2. Le Centre Interprofessionnel d’Information et de Documentation
Laitières (CIDIL)
Le Centre Interprofessionnel d’Information et de Documentation Laitières,
ou CIDIL, a été créé en 1981 pour servir de relais entre le grand public et la
filière laitière (producteurs de lait et entreprises de transformation).
Pour contribuer directement au développement de la production et de la
transformation du lait, l’interprofession œuvre à conforter la part du lait et des
produits laitiers dans la consommation alimentaire.
85
Au quotidien, les missions du CIDIL sont triples :
- centre de ressources : il recense et compile l’ensemble des
informations disponibles sur les produits laitiers (production,
consommation, incidence sur la santé etc.…) ;
- observatoire de la consommation : au-delà des filières laitières, il
décèle les nouvelles tendances alimentaires, mène des enquêtes et
lance des études pour mieux anticiper sur les marchés et les futures
habitudes de consommation ;
- structure de promotion collective des produits laitiers : il réalise et
met à disposition du grand public, des milieux universitaires et de
l’enseignement, de la presse, différents outils d’information
(expositions, brochures, ouvrages, lettres d’information, cd-roms,
sites Internet..) qui traitent du lait et des produits laitiers sous
différents aspects : origine, fabrication, qualité et sécurité, apports à
la santé et à la gastronomie. Il convient de signaler les liens tout à fait
exceptionnels que le CIDIL entretient avec le milieu scolaire. Les
différents aspects du lait, pris comme sujets d’études et de
découverte, sont développés par thèmes, matière et cycle
d’enseignement, dans les documents pédagogiques élaborés par le
CIDIL. Le CIDIL a ainsi parfaitement compris qu’il se devait de
tisser des liens étroits au sein du monde scolaire qui comprend aussi
bien 12 millions d’élèves que 2 millions d’enseignants sans compter
le personnel de la restauration collective dont l’importance n’est plus
à souligner quand on sait que dès l’âge de 3 ans, un enfant sur deux
déjeune à l’école. Son apprentissage du goût des produits est, et
deviendra plus que jamais, sujet de compétition de la part des
produits de substitution.
? Un rôle important dans l’éducation au discernement.
Le CIDIL a mené récemment plusieurs types d’action pour combattre les
idées fausses sur le lait et les produits laitiers.
- concernant le lait « matière première » produit dans les fermes : Un
sondage IPSOS 2001 a révélé que les consommateurs perçoivent les
élevages laitiers comme étant de très grande taille, menés de façon
intensive sans se soucier du bien-être des animaux qui seraient
nourris avec des aliments industriels dont on maîtrise mal la
provenance, d’où une moindre qualité du lait « matière première » qui
serait utilisé pour fabriquer les produits laitiers. En réponse, le CIDIL
a conçu et organisé une exposition itinérante Cette exposition a
permis de montrer le caractère familial des exploitations laitières, les
liens affectifs des éleveurs avec les animaux de leur troupeau dont
l’alimentation est produite sur l’exploitation, les soins apportés à
86
l’hygiène et à la qualité du lait livré aux laiteries, la contribution au
maintien d’une qualité d’environnement, etc…
Par ailleurs, un document d’information grand public sur l’origine du
lait et sur les pratiques d’élevage et de production laitière à la ferme a
été très largement diffusé, notamment dans le cadre de cette
exposition et dans de grandes enseignes de distribution.
Enfin, des reportages sur des fermes laitières ont été publiés, à
l’instigation du CIDIL sur TF1 et dans les principaux titres de la
presse quotidienne régionale ;
- Concernant le beurre : perçu comme une matière grasse plus grasse
que la margarine et les huiles végétales, il est aussi considéré comme
un aliment à supprimer pour éviter le surpoids (étude
inca/dgal/credoc 1999). On le critique également en raison de sa
composition (teneur en acides gras saturés) considérée comme à
l’origine de risques d’excès de cholestérol et de maladies
cardiovasculaires.
Le CIDIL a conçu et a diffusé largement auprès du grand public et de
ses leaders d’opinion un document d’information répondant à ces
idées fausses (le beurre est moins gras que toutes les huiles végétales,
la margarine peut être aussi grasse que le beurre ; l’essentiel du
cholestérol est fabriqué par notre organisme et ne provient pas de
l’alimentation ; quelle que soit leur nature, les matières grasses -
comme les autres nutriments – ne doivent pas être consommés de
façon excessive…), et rappelant les atouts spécifiques du beurre par
rapport aux matières grasses végétales.
En parallèle, des actions publicitaires ont été menées dans la presse
écrite et télévisuelle ;
- Concernant l’ensemble des produits laitiers : le CIDIL exerce en
permanence une veille documentaire et réagit à la publication
d’informations qui lui paraissent critiques erronées, en s’appuyant sur
des témoignages et études scientifiques d’experts et de comités
scientifiques pluridisciplinaires.
2.3. L’interprofession de la filière des fruits et légumes frais (INTERFELAPRIFEL)
INTERFEL est une association privée reconnue par la loi du 10 juillet 1975
et la loi d’orientation agricole du 9 juillet 1999. INTERFEL rassemble et
représente paritairement les collèges des organisations professionnelles de la
production et de la distribution des fruits et légumes frais.
Elle est reconnue comme seule interprofession nationale pour les fruits et
légumes frais par les pouvoirs publics qui lui délèguent le pouvoir d’élaborer des
accords interprofessionnels qui ont force de loi. INTERFEL est également
reconnue par l’Union européenne depuis le 21 novembre 1996.
87
INTERFEL a créé en 1981, une association de la loi de 1901, appelée
agence pour la recherche et l’information en fruits et légumes frais (APRIFEL).
Cette instance a pour mission de proposer au consommateur une connaissance
approfondie et actualisée des fruits et légumes en terme de plaisir, de forme et de
santé.
a) Les missions d’APRIFEL
Son travail se concentre globalement autour des objectifs suivants :
- appuyer le discours santé des fruits et légumes par la veille
scientifique ;
- sensibiliser les professionnels de la santé sur les avantages d’une
consommation riche et diversifiée en fruits et légumes ;
- conforter la place des végétaux dans l’équilibre alimentaire pour une
meilleure prévention de certaines pathologies ;
- informer les médecins généralistes, spécialistes, diététiciens,
pharmaciens ;
- analyser et diffuser des articles scientifiques ;
- sensibiliser les consommateurs aux bienfaits santé des fruits et
légumes.
Pour mieux conforter son action, notamment en matière de recherche
scientifique, l’APRIFEL s’est dotée de deux comités d’experts qui contribuent à
enrichir la réflexion et les recommandations sur les bienfaits d’une
consommation riche en fruits et légumes.
L’APRIFEL dispose d’un site Internet pour les professionnels de la
santé et d’un service consommateurs fruits et légumes que l’on peut consulter
grâce à un numéro de téléphone « azur ».
L’agence organise également des colloques, conférences ou salons
représentatifs de son secteur d’information. Elle organise des conférences
thématiques sur les résultats de ses recherches. Depuis 1999, l’APRIFEL a crée
un partenariat avec la ligue contre le cancer dans le cadre de la prévention des
cancers par une alimentation équilibrée et riche en végétaux.
Enfin, pour apporter sa contribution à la recherche, l’agence a mis en
place depuis 1999 des bourses de recherche cliniques ou épidémiologiques
soutenant des chercheurs sur des études fondamentales sur la valeur santé des
fruits et légumes frais.
b) Les actions menées par APRIFEL
APRIFEL dispose d’un réseau national de diététiciens diplômés d’Etat
sur une grande partie du territoire national. Ils ont une connaissance approfondie
en fruits et légumes. Ils participent aux différentes actions menées par APRIFEL.
Les interventions se font essentiellement en milieu scolaire. Bien entendu, le
contenu de leurs cours est adapté en fonction de l’âge des élèves. Ils mettent à la
88
disposition des élèves et des professeurs des kits pédagogiques et des affiches et
dépliants. Ces diététiciens interviennent également en restauration collective
pendant l’heure du repas.
Des actions du même type sont menées par ailleurs par ces personnes
dans les restaurants d’entreprise, dans les maisons de retraite et dans les centres
de vacances.
Le but de l’ensemble de ces actions est d’inciter les différents publics à
prendre conscience de l’importance des fruits et légumes frais dans l’équilibre de
leur alimentation.
2.4. Le CEDUS
Depuis 1932, la filière betterave-canne-sucre s’est dotée d’un grand
organisme interprofessionnel, appelé centre d’études et de documentation du
sucre (CEDUS) pour assurer l’information, la documentation et la promotion du
sucre.
Le CEDUS a pour mission de répondre aux attentes de tous les publics
concernés par la consommation et l’utilisation du sucre. Il se propose de faire
avancer les connaissances sur tous les aspects nutritionnels. Il a également pour
mission d’informer le grand public. Le CEDUS, c’est aussi un centre de
ressources documentaires pour les professionnels, les enseignants, leurs élèves et
les médias, sur tous les aspects du sucre : culinaire, technique, économique,
gastronomique…
Il conçoit, édite et diffuse chaque année de nombreux documents
destinés à la fois au grand public et aux professionnels.
Il s’intéresse à la nutrition depuis 30 ans par le biais d’un institut qui
dépend de lui, l’institut Benjamin Delessert lequel dispose d’un conseil
scientifique qui porte un intérêt particulier aux glucides. Cet institut organise
également des colloques sur la place du sucre dans l’alimentation.
Le CEDUS organise également « La semaine du goût » qu’il a créée il
y a 14 ans. C’est une action de mécénat qui comporte plusieurs partenaires
notamment le CIV, le ministère de l’agriculture, l’Ania, gaz de France, les
fabricants de sucre.
Dans un environnement alimentaire de plus en plus complexe, la
semaine du goût est devenue aujourd’hui une référence. Elle vise à :
- développer l’éducation et l’apprentissage du consommateur,
notamment du jeune consommateur ;
- s’attacher à proposer goûts et saveurs pour le plus grand nombre de
consommateurs sous toutes les formes de consommations
alimentaires ;
- offrir une information transparente et pédagogique auprès du grand
public sur l’origine des aliments concernés, de leurs modes de
production et de leur qualité ;
89
- promouvoir des comportements alimentaires s’inscrivant dans le
cadre d’un mode de vie équilibré.
Ainsi en 2002, 5 394 leçons de goût ont été données dans les écoles avec la
participation de chefs-cuisinier.
*
* *
Force est de constater que les principales interprofessions évoquées
ci-dessus privilégient chacune leur domaine de compétence sans trop se
préoccuper de mener des actions conjointes. Or l’éducation alimentaire, telle
qu’elle doit être dispensée, ne saurait se limiter à la prise en compte raisonnée de
telle ou telle famille d’aliments, ce qui suppose une action commune de ces
interprofessions sur des thèmes ciblés choisis d’un commun accord, afin de
mieux répondre à cet objectif d’éducation.
C’est pourquoi, il paraît indispensable de faire naître des initiatives
coordonnées entre ces interprofessions.
3. La grande distribution
La grande distribution, pour répondre à la demande des consommateurs,
commercialise des produits alimentaires de plus en plus faciles à emporter, à
stocker, à conserver, à consommer. Ces produits exigent du consommateur des
précautions d’utilisation (les produits surgelés consommés plusieurs heures après
la décongélation ou remis au réfrigérateur peuvent contenir des milliers de
germes). Il y aurait là matière à information, voire une véritable éducation, qui
pourrait être réalisée dans les hypermarchés par voie d’affichage ou de tracts,
même si certains peuvent objecter qu’une telle action n’entre pas dans la
vocation de ces agents économiques.
Nombreuses sont les personnes, et pas spécialement celles qui sont dans la
précarité, qui ignorent que l’élément fondamental de la conservation des
aliments, c’est le réfrigérateur pour lequel les règles d’hygiène doivent être
drastiques. Dernier maillon de la chaîne alimentaire, le consommateur en est
peut-être aussi le plus vulnérable. L’éducation du consommateur par les
acteurs de la distribution est donc essentiel en ce qu’elle joue un rôle
fondamental en matière de prévention.
4. Les industries agroalimentaires
Les entreprises des industries alimentaires ne sont a priori pas chargées
d’une mission d’éducation à l’alimentation. Dans une situation d’abondance de
l’offre leur objectif est de maintenir, et si possible, d’accroître leur part de
marché en essayant d’attirer le client et de le conserver.
La demande de produits alimentaires est satisfaite pour la majeure partie de
la population de nos pays développés. Pour répondre à cette demande, il existe
une offre très large tant quantitativement que qualitativement, le consommateur
n’a que l’embarras du choix. Dans ce contexte d’abondance, les industries
90
agroalimentaires, entreprises privées ou coopératives ne sont-elles pas devenues,
elles aussi, des prescripteurs de produits ? N’y a-t-il pas orientation de la
demande par l’offre, influence des industries alimentaires sur le consommateur ?
Pour certains, le consommateur est informé, et c’est lui qui décide ce
qu’il souhaite consommer ; pour d’autres, il serait « manipulé » par les
opérateurs économiques, industriels de l’alimentation et distributeurs au
travers du marketing et de la publicité.
a) L’importance du marketing et de la communication1
L’entreprise oriente-t-elle la consommation ? Certains le pensent.
L’entreprise anticiperait une demande, elle répondrait à un besoin non encore
exprimé. Par la proposition de nouveaux produits, d’innovations mais pas
uniquement, l’industrie alimentaire va influer sur l’évolution des consommations
alimentaires sans que le consommateur en ait pleinement conscience.
Dans son étude2, Anne Dupuy, à partir des entretiens conduits auprès
d’industriels de l’agroalimentaire, note que les idées en matière d’innovation
proviennent très rarement des consommateurs, du moins consciemment, ce sont
leurs réactions d’engouement, de rejet, de critique qui permettent d’identifier
leurs attentes au renouvellement de l’offre de produits.
L’industriel, à l’origine des innovations, propose au consommateur de
nouveaux produits et influe directement sur l’évolution des consommations
alimentaires. C’est ainsi que l’introduction des céréales au petit déjeuner, sous
une autre forme que le pain, a créé de nouvelles habitudes de consommation.
Selon une étude consacrée aux produits alimentaires nouveaux, chaque
année, en France, sur les 1500 produits lancés, plus de 1 000 disparaissent au
bout de deux ans. L’on voit bien que les tentatives sont nombreuses mais que peu
sont couronnées de succès.
Dans son numéro d’avril 2003, d’Agreste primeur, le Service central des
enquêtes et études statistiques (SCEES) du ministère de l’agriculture, de
l’alimentation, de la pêche et des affaires rurales, soulignait que le marché était
le moteur essentiel de l’industrie agroalimentaire. Il s’agit d’élargir la gamme
de produits pour trouver de nouveaux débouchés ou d’améliorer ses positions.
Viennent ensuite l’amélioration de la qualité des produits ou l’adaptation aux
règlements et aux normes.
Ceci explique l’importance des dépenses immatérielles des industries
agroalimentaires, leur croissance, à l’inverse de la relative stagnation des
investissements matériels. En 2000, selon le SCEES, les marges de financement
dégagées ont été consacrées en priorité aux dépenses d’action commerciale et de
publicité qui ont atteint 9,1 millions d’euros, soit presque le triple de
1 Marketing, médias et messages nutritionnels – Colloque du 1er octobre 2002, Institut français pour
la nutrition (IFN).
2 Anne Dupuy – Rapport de DESS « Apport de la sociologie de l’alimentation pour une meilleure
compréhension des stratégies d’offre et de demande alimentaires ».
91
l’investissement matériel. Ce chiffre peut être comparé aux 361,9 millions
d’euros consacrés à la recherche-développement.
Le marketing consiste aussi à écouter ce que souhaite le consommateur, ce
à quoi il aspire même s’il n’en est pas toujours conscient lui même. Il doit
contribuer par la publicité, l’agencement des produits dans le lieu de vente, les
emballages, à faire acheter les produits de l’entreprise plutôt que ceux des autres
entreprises. Il faut identifier les besoins sous-jacents des consommateurs et
comprendre le consommateur avec tout ce que le produit peut signifier pour lui
en termes d’affectivité, de curiosité, de symbolique, de traditions.
Il s’agit pour l’entreprise, dans un dialogue avec l’extérieur
(consommateurs, associations de consommateurs, scientifiques, administrations,
fournisseurs, médias), de faire passer un message au consommateur, qui a ses
propres idées, sa propre vision, évolutive, pour ses enfants et pour les siens.
Il y a interaction entre le diffuseur et le récepteur. Des études marketing
sont faites en liaison avec des sociétés savantes pour comprendre comment
s’alimentent les consommateurs. Danone a ainsi participé à l’étude SUVIMAX,
elle va participer à l’étude Chopin, au niveau européen pour déterminer le lien
entre la nutrition de l’enfant en bas âge et la prise de poids.
b) La publicité1
Dans une thèse sur les impacts possibles sur les goûts et les conduites
alimentaires, Mme Marie Watiez, psychosociologue de l’alimentation, relève que
deux sources sont prépondérantes dans l’information des jeunes : la publicité
télévisée et les parents.
Au premier semestre de 2003, l’alimentation se classe au premier rang des
familles d’annonceurs avec 28 % des investissements publicitaires TV totaux,
très loin devant la toilette-beauté.
Certes, la publicité télévisée n’est pas le seul élément qui intervienne sur le
comportement alimentaire des enfants qui, comme cela a été noté dans les
précédents développements, résulte de très nombreux paramètres. Il existe peu de
données permettant d’apprécier de façon rigoureuse ces relations entre publicité
et comportements alimentaires des enfants, l’appréciation de l’impact de la
publicité sur les enfants reste controversée, les résultats des études étant aussi
fonction de leur commanditaire.
Les enfants aiment la publicité selon le sociologue Chombart de Lauwe,
elle est une « déréalisation bien pensante qui gomme les conflits sociaux, surreprésentant
les couches sociales favorisées ».
1 « Publicité télévisée et enfants : que pensent les professionnels de terrain ? – Impact de la publicité
télévisée alimentaire chez les enfants de familles précaires ? » – Centre de recherche et
d’information nutritionnelles (CERIN) – Alimentation et précarité n° 20, janvier 2003.
92
En 2001, les enfants de 4 à 14 ans ont regardé la télévision plus de deux
heures par jour, media auquel le secteur alimentation-boisson consacre 70 % de
ses investissements publicitaires. Parmi les spots ciblant des produits pour
enfants, 70 % concernent des aliments, surtout des produits sucrés (gâteaux,
chocolat, glaces, barres chocolatées) et les céréales. La publicité cible plus
rarement des produits comme le pain, les fruits et les légumes.
La publicité télévisée distrait, elle donne envie d’acheter ce qui est sa
raison d’être. Les enfants préfèrent acheter les produits vus à la télévision, même
s’ils ne les achètent pas toujours. L’impact de la télévision sur la probabilité pour
les enfants de choisir des produits vus à la télévision est plus forte que celle de
choisir d’autres produits. Cela paraît être une évidence confirmée par différentes
études (Actes du colloque du 1er octobre 2002 de l’IFN sur « marketing, medias
et messages nutritionnels »).
Selon une enquête réalisée auprès d’enfants d’un centre de loisirs en ZEP,
en région parisienne, la plupart d’entre eux pensent que la publicité sert à
présenter toutes les choses qui existent, à créer l’envie d’acheter, « c’est comme
un vide quand il n’y a plus de pub ».
La publicité propose un certain modèle de consommation qui s’appuie sur
l’image, le symbole et auquel il est difficile de ne pas « succomber ».
La publicité c’est le rêve, elle crée aussi des frustrations. On a envie de se
procurer les produits de marque que l’on voit à la télévision et que l’on n’a pas
toujours les moyens de s’acheter. Et si vous êtes pauvre, gros … vous ne
correspondez pas aux modèles que présente la publicité.
Dans le journal Libération des 9 et 10 mars 2002, un journaliste note que
les enfants connaissent les marques avant de savoir lire. Dès le plus jeune âge,
les enfants vont être les prescripteurs de certains achats lors des courses faites en
famille au supermarché, cela est surtout vrai pour les produits sucrés, les produits
des goûters et les céréales du matin.
Les enfants des foyers défavorisés et à faible niveau socio-culturel auraient
deux fois plus souvent que les enfants de milieux plus favorisés un téléviseur
dans leur chambre. La revue Pédiatrics en concluait, en 2002, que « pour un
enfant, avoir une télévision dans sa chambre est un puissant marqueur de risque
d’obésité ».
Une étude menée par Mme Marie Watiez et M. Claude Wisner-Bourgeois,
sociologue, note que l’image des jeunes dans la publicité correspond à un modèle
d’identification attirant : des adolescents qui grignotent des produits sucrés entre
copains et des jeunes adultes qui sirotent des boissons sucrées en dehors des
repas.
93
Ceci démontre bien tout l’intérêt d’une éducation au discernement dans
l’éducation à l’alimentation comme dans tout autre domaine et d’une information
des familles, plus particulièrement dans les milieux défavorisés. Cela permettrait
d’expliquer aux enfants ce qu’est la publicité et ainsi, à partir d’un certain âge,
d’être plus critique vis-à-vis des messages publicitaires, de les décrypter, de
ne pas se laisser séduire.
Les enfants et les adolescents ne sont pas les seuls à être sensibles aux
messages publicitaires souvent agréables à regarder et qui présentent un monde
idyllique où prévalent la jeunesse, la beauté, la générosité, les stars qui ont
réussi.
Les précédents développements ont montré la diversité très grande des
déterminants des comportements alimentaires que l’entreprise devra intégrer
dans sa stratégie. Derrière tout produit « se cache un imaginaire ». L’industriel
va utiliser cette composante immatérielle pour déclencher l’acte d’achat chez le
consommateur et pour essayer de tirer la marge la plus élevée possible de ses
ventes.
« La publicité est la mise en scène de l’immatériel de l’objet de
consommation », selon Robert Rochefort, directeur du CREDOC. Il prend en
compte le vécu des acheteurs potentiels, leur « ressenti ». Depuis les années 92-
93 s’est mis en place un immatériel destiné à rassurer le consommateur sur les
thèmes de la santé, de l’écologie, du retour au terroir, du soutien aux causes
humanitaire ou scientifique.
Elle ne saurait toutefois ignorer certaines règles. Les consommateurs
veulent savoir ce qu’ils mangent et veulent être informés pour pouvoir faire les
meilleurs choix possibles. Or les messages diffusés peuvent être aussi trompeurs.
Il est parfois difficile de distinguer ce qui relève de l’information ou de la
publicité. Marie-Jeanne Husset, directrice de la rédaction de 60 millions de
consommateurs, cite l’exemple de telle barre chocolatée ou de gâteaux associés à
un verre de lait dans une publicité qui pourrait laisser croire qu’en mangeant un
gâteau on aurait l’équivalent en calcium d’un verre de lait.
L’aspiration à la santé, à une bonne forme, est telle que tout ce qui peut y
contribuer est devenu un argument de vente dans tous les domaines et plus
particulièrement dans l’alimentation. Mais parfois le marketing a tendance à
« forcer le son »1 pour que le consommateur final entende ce que l’entreprise
a souhaité mettre en valeur. C’est ainsi qu’un produit laitier destiné à renforcer
les défenses naturelles dont la publicité montrait des enfants jouant dans un bac à
sable pouvait laisser croire que cet aliment pouvait servir « de vaccin » contre
tous les types de contamination liés au bac à sable.
1 Actes du colloque du 1er octobre 2002 de l’IFN sur « Marketing, médias et messages
nutritionnels ».
94
c) L’action des entreprises en matière d’éducation à l’alimentation
Les grandes entreprises disposent d’un service consommateurs dont les
coordonnées figurent sur tous les emballages. Les consommateurs peuvent
recevoir en direct, 24 heures sur 24, 365 jours par an, une réponse aux questions
qu’ils se posent sur la diététique, les produits achetés, le rééquilibrage des
menus. Ils peuvent recevoir des recettes de cuisine.
Des revues destinées aux consommateurs sont tirées également à un grand
nombre d’exemplaires, et son consultables sur Internet ; elles traitent de
questions générales sur la nutrition, le rôle des vitamines ou des oligo-éléments.
Les articles sont rédigés par des diététiciens, des nutritionnistes et distingués des
informations publicitaires insérées dans d’autres pages ou dans des pavés
clairement identifiés.
Il y a donc bien un souci sinon d’éducation du moins d’information du
client, de plus en plus désireux de manger équilibré, soucieux de sa santé. Les
entreprises doivent en tenir compte dans la gamme des produits proposés dans
leurs messages publicitaires.
d) L’action de l’ANIA (Association nationale des industries
alimentaires)
L’ANIA, créée en 1968, est une association qui rassemble 27 fédérations
nationales sectorielles et 12 associations régionales représentatives d’entreprises
alimentaires de toutes tailles.
Comme le souligne son rapport d’activité 2002, la nutrition constitue pour
l’ANIA, au travers de ses adhérents industriels, une part grandissante de ses
activités. Sa doctrine « Qualité, nutrition, santé » repose sur quatre
engagements :
- encourager l’application de l’étiquetage nutritionnel ;
- établir et faire respecter un code éthique en matière de
communication nutritionnelle et santé ;
- participer à la mise en œuvre de la réglementation concernant les
allégations nutritionnelles, fonctionnelles et santé ;
- travailler pour une harmonisation européenne de la réglementation
sur l’addition de nutriments aux aliments.
Ces thèmes sont révélateurs de l’importance de la communication en
matière d’alimentation, le mangeur étant devenu un acheteur qu’il faut informer
et séduire et dont il faut prendre en considération les attentes qui évoluent.
L’ANIA est un organe de dialogue avec les autres partenaires de la
chaîne alimentaire : agriculteurs, distributeurs mais aussi consommateurs.
95
e) Le BVP
C’est le Bureau de vérification de la publicité (BVP) qui est chargé de
l’application des règles déontologiques en matière de publicité. Le BVP regroupe
les représentants des agences de publicité, des annonceurs, des supports de
publicité, des syndicats professionnels.
La télévision est le seul média soumis à un examen préalable systématique
de l’intégralité de la production publicitaire.
Cela n’exclut pas pour autant toute contestation, notamment par les
associations de consommateurs, de certains messages publicitaires télévisés.
En novembre 2002, le BVP a rappelé à ses adhérents des règles
déontologiques à respecter en matière d’allégations fonctionnelles et
d’allégations santé.
5. La restauration hors domicile
Six milliards de repas sont servis chaque année, en France, en dehors du
domicile dont un peu plus de la moitié en restauration collective, 2,7 milliards en
restauration commerciale.
En 2000, près du tiers des repas hors domicile ont été pris en
restauration traditionnelle, 53 % en restauration collective et 17 % en
restauration rapide.
5.1. La restauration collective
Elle n’est pas choisie par le consommateur et souffre d’une plus ou moins
bonne réputation ; pourtant les comités d’entreprise, ou les représentants du
personnel, participent au choix de l’entreprise chargée de la restauration. Mais
comme pour la restauration scolaire, prendre le déjeuner de midi dans
l’entreprise n’apporte pas le même plaisir qu’aller dans une brasserie ou au
restaurant, où l’on ne mangera pas obligatoirement mieux, et pour plus cher,
mais que l’on aura choisi et où l’on côtoiera d’autres personnes que les collègues
de travail.
Le nombre de consommateurs en restauration collective (autogérée ou
concédée), augmente globalement de 3 % par an. C’est dire l’influence que celleci
peut avoir sur une certaine forme « d’éducation à l’alimentation », y compris
pour les personnes adultes, sans oublier celles qui sont dans les maisons de
retraite et dans les foyers-logements.
5.2. La restauration commerciale
Si dans les grandes entreprises ou dans les administrations, les personnes
employées peuvent déjeuner sur place, généralement dans de bonnes conditions
et à des prix raisonnables du fait d’une contribution financière des employeurs, il
n’en est pas de même pour les petites entreprises ou les petits commerces.
96
Certaines personnes qui ne peuvent rentrer déjeuner chez elles, surtout dans
les grandes villes, déjeunent tous les jours au bistrot, à la brasserie, au fast-food,
au restaurant, les chèques-déjeuners atténuant le coût de ces repas hors-domicile
parfois composé d’un seul plat : pizza, pâtes, salade composée. D’autres se
contentent d’un sandwich ou d’une viennoiserie avalés sur le pouce,
accompagnés ou non d’une boisson, au comptoir ou en faisant du lèche-vitrine.
La restauration rapide ou « fast-food »
D’après le cabinet Frost and Sullivan, cité par le Groupement national de la
restauration1, la restauration rapide se définit « par un service presqu’instantané,
un chiffre d’affaires élevé, des produits à faible coût, un choix de menu limité et
standardisé, des ventes au comptoir pouvant être consommées sur place ou
emportées ». Par ailleurs, le prix du ticket moyen est plus faible qu’en
restauration traditionnelle.
L’INSEE évalue entre 20 et 29 000 le nombre d’établissements de
restauration rapide, en France, dont la clientèle est constituée pour environ 60 %
de 15 à 24 ans.
Les fast-foods ont quelques grands avantages : ils proposent dans un cadre
accueillant une nourriture très appréciée par les jeunes enfants …..et sans
surprises. De plus, les mesures d’hygiène sont sévères et sont strictement
contrôlées, le calibrage des denrées permet une constance de la qualité
alimentaire des plats servis. Ces aliments mous, gras, chauds et sucrés sont
consommés avec plaisir et le repas est un moment de détente. De nombreux
adultes y ont également recours.
Cependant, hamburgers, frites et sodas constituent une solide ration
énergétique, riche en graisses, pauvre en légumes verts, en fibres et en vitamines.
Mais on trouve aussi dans ces restaurants des laitages, des salades et des fruits, et
on peut aider l’enfant à choisir parmi ces aliments car l’association de sucré et de
gras est un « piège à goût » dans lequel les enfants risquent de tomber.
Le repas fast-food typique, avec hamburger, frites et sodas procure un
apport énergétique de l’ordre de 1 000 à 1 200 calories riches en graisses, alors
que le déjeuner habituel d’un enfant fournit 400 à 800 calories.
Si la fréquentation reste occasionnelle et que, par ailleurs, l’alimentation est
variée et équilibrée, comme tout repas inhabituel et festif (anniversaire par
exemple), le repas fast-food ne compromet pas l’équilibre alimentaire. Les
jeunes adolescents apprécient davantage la façon d’y manger, en toute liberté et
entre pairs, plutôt que la nourriture elle-même. Une enquête récente effectuée en
France montre que les adolescents se rendent en moyenne 2,3 fois par mois dans
un fast-food. Ils sont donc loin d’y passer leur vie.
1 Dossier spécial restauration rapide, néorestauration – Mars 2003 – Syndicat national de
l’alimentation et de la restauration.
97
De plus, il convient de noter que pour un hamburger consommé en France
sont consommés neuf sandwiches. Fast-food est souvent synonyme de « néfaste
food » lorsqu’elle n’est pas occasionnelle.
Par ailleurs, un nouveau concept de service qui s’inspire du modèle
américain du « take away » et qui consiste à acheter un plat à emporter chez soi,
est à noter. Les livraisons à domicile de pizza se font surtout pour le dîner (70 %
des livraisons). Depuis quelques années, la restauration livrée connaît un
progression très rapide : des formules nouvelles sont proposées, le client peut
ainsi, à Paris, depuis 2003, choisir entre 19 plateaux-repas proposés par une
société qui sert d’intermédiaire entre le particulier et une douzaine de restaurants.
L’éducation à l’alimentation reçue dans la famille, en milieu scolaire,
l’information par les organismes représentatifs du personnel, les médecins ou les
diététiciens, sont particulièrement utiles pour permettre dans ce cas de
restauration rapide de veiller cependant au respect de l’équilibre alimentaire.
5.3. La restauration festive
En France, aller au restaurant présente dans de nombreux cas un aspect
festif. C’est une sortie en famille ou avec des amis pour partager un repas, goûter
de nouveaux mets, les comparer, parler des plats et vins dégustés.
Ce qui se passe autour de la table est tout aussi important que ce qui est
posé sur la table comme le souligne André Daguin, président de l’Union des
métiers et de l’industrie de l’hôtellerie. Un repas au restaurant est un moment de
convivialité. Pour André Daguin, il faut réhabiliter la gourmandise.
Le terme de gourmandise est toutefois associé à un excès de
consommation. Brillat-Savarin rejetait cette confusion, elle est pour lui
« ennemie des excès ». « C’est une préférence passionnée, raisonnée et
habituelle pour les objets qui flattent le goût ».
Au milieu du XVIIème, le terme restaurant désigne un bouillon reconstituant
fait de jus de viande concentré. Dès 1771, il désigne également les
établissements servant des repas, à l’origine des bouillons, contre paiement. Les
restaurants se développeront au XIXème siècle.
Si ce type de restauration n’intervient pas directement dans l’éducation,
elle a une influence certaine sur cette dernière et contribue à son évolution. Par
souci d’économies, pour moins manger afin d’éviter de prendre du poids, le
nombre de plats des menus a été réduit.
La nouvelle cuisine, en vogue il y a quelques dizaines d’années, a prôné
une cuisine plus légère, avec moins de sauces, donnant plus d’importance aux
produits, à la présentation dans l’assiette, aux dépens de la quantité servie.
Aujourd’hui, des restaurants gastronomiques accordent une place plus grande
aux légumes dont certains avaient été oubliés.
98
Les restaurants italiens, marocains, indiens, chinois, coréens, japonais et
d’autres pays, de plus en plus nombreux, ont familiarisé les Français avec de
nouveaux mets, de nouvelles saveurs qu’ils apprécient. Couscous, pizza et
paellas sont devenus des classiques au même titre, ou presque, que le steak-frites.
L’importance des colonies de populations de ces différentes nationalités et le
développement du tourisme ont favorisé la multiplication de ces restaurants et
l’internationalisation de la cuisine.
De nombreux restaurants, auberges, bistrots, brasseries, fermes-auberges,
font vivre le patrimoine culinaire français, fait d’une grande diversité régionale
qui valorise les produits du terroir et les recettes locales.
Les guides proposent une sélection de restaurants. Au même titre que
certains monuments, des restaurants « valent le voyage » ou « méritent le
détour », ils font la réputation de la gastronomie française.
Les marchés, la cuisine, les plaisirs de la table, sont pour le touriste un
moyen de découvrir une région, un pays et ses habitants. Il est très intéressant de
voir quelles sont les denrées consommées, la façon dont elles sont accommodées,
la structure des repas et leurs rituels différents selon le niveau social.
La France accueille chaque année 76 millions de touristes étrangers qui
dépensent plus du quart de leur budget vacances pour leur alimentation, soit au
total 18 milliards d’euros1.
Par les menus proposés, la façon dont les plats sont cuisinés, la restauration
a une influence sur l’évolution de l’alimentation à domicile de ses clients,
influence s’ajoutant à toutes les autres.
Vis-à-vis de la clientèle étrangère, en France ou à l’étranger où de
nombreux restaurants français sont installés, elle conforte notre modèle
alimentaire qui, bien qu’en évolution, demeure un élément important de notre
patrimoine culturel.
6. Les services de l’Etat et les autres organismes impliqués dans cette
mise en oeuvre
Les services de l’Etat interviennent pour réglementer, contrôler
l’application de la réglementation en matière d’alimentation, expertiser.
? La Direction générale de l’alimentation (DGAL) dépend du ministère
de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche et des Affaires rurales.
Elle exerce des compétences en matière de maîtrise et de promotion de
la qualité et de la sécurité sanitaire des aliments. Elle participe à la
préparation des réglementations relatives à la qualité des aliments, à la
loyauté des transactions commerciales, à l’information des
1 « Désirs et pratiques alimentaires des visiteurs étrangers en France » – Brochure du secrétariat
d’Etat au tourisme.
99
consommateurs et coordonne les activités du ministère relatives au
Codex alimentarius1.
Elle assure le secrétariat du Conseil national de l’alimentation.
Elle communique régulièrement les résultats des actions menées par le
ministère tout au long de la chaîne alimentaire. Elle diffuse diverses plaquettes
documentaires, des fiches pédagogiques et une lettre d’information mensuelle
« Notre alimentation ».
? La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de
la répression des fraudes (DGCCRF) dépend du ministère de
l’économie, des finances et de l’industrie. Elle intervient comme chef
de file dans l’élaboration des réglementations nationale, communautaire
et internationale (Codex alimentarius). La sous-direction protection du
consommateur assure le suivi du droit national et communautaire de la
consommation, le suivi des travaux nationaux et internationaux en
matière d’hygiène et de sécurité alimentaires, celui des questions
relatives à la loyauté des produits. Elle est chargée de l’étiquetage des
produits.
La DGCCRF joue donc un rôle important pour l’information du
consommateur qui reçoit de toutes parts des messages sur l’alimentation et la
nutrition, les allégations diverses : nutritionnelles, fonctionnelles et relatives à la
santé. Elle est à l’origine de plusieurs publications d’information et de fiches
techniques consultables sur Internet.
Les services de la DGCCRF sont chargés de veiller au respect des
dispositions du Code de la consommation sur les denrées alimentaires visant à
assurer la sécurité et l’information loyale du consommateur. Ils interviennent
notamment auprès des entreprises pour leur demander l’ensemble des éléments
scientifiques permettant de justifier les différentes allégations figurant sur
l’étiquetage ou dans la publicité.
? La Direction générale de la santé relève du ministère de la santé, de la
famille et des personnes handicapées. Elle est chargée de la mise en
oeuvre et de l’évaluation de la politique de nutrition de santé publique.
C’est elle qui a été chargée, à partir des travaux de groupes d’experts,
de la conception du PNNS dont elle a la charge de la coordination.
Parmi les autres services de l’Etat plus particulièrement impliqués dans le
domaine de l’alimentation et de la nutrition on trouve :
? L’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) mise
en place en avril 1999, est placée sous la tutelle des ministres chargés de la
santé, de l’agriculture et de la consommation. Elle est chargée d’évaluer les
1 Le « Codex alimentarius » est une instance internationale, créée en 1962 par la FAO (organisation
des Nations-Unies pour l’agriculture et l’alimentation) et l’OMS qui établit des normes et des
directives « dans le but de protéger la santé des consommateurs et d’assurer la loyauté des
pratiques suivies dans le commerce alimentaire ».
100
risques sanitaires et nutritionnels, elle conduit également des travaux dans le
domaine de la nutrition et des comportements alimentaires (apports
nutritionnels conseillés, enquête sur les consommations alimentaires des
Français, établissement et actualisation des tables de composition des aliments).
Elle est consultée sur les projets réglementaires de son champ de compétence et
sur les dossiers d’autorisations pour lesquels son avis est requis.
Les scientifiques ont joué un rôle important dans la validation scientifique
des recommandations du PNNS.
Des travaux sont conduits sur un certain nombre de nutriments comme par
exemple les omégas 3 ou sur les fibres alimentaires, le sel etc.
? Le Conseil national de l’alimentation (CNA) créé en 1985 a été
institué auprès des trois ministères précités. Il associe des représentants des
administrations, des scientifiques mais aussi des représentants de la filière
agroalimentaire et des consommateurs.
Il émet des avis généraux par exemple sur : l’adaptation de la
consommation aux besoins nutritionnels, la qualité des denrées alimentaires, la
sécurité des aliments, l’information des consommateurs sur les produits ou
encore l’exclusion sociale et l’alimentation, l’étiquetage des aliments constitués
d’OGM ou issus d’OGM, la place de l’éducation dans la construction des
comportements alimentaires, la restauration scolaire.
Il est consulté sur la définition de la politique alimentaire, donne un avis
sur les questions qui s’y rapportent.
Les avis du CNA sont très intéressants car les consommateurs et les
professionnels de l’alimentation sont associés aux représentants de
l’administration pour leur élaboration. Ils pourraient constituer une source
essentielle d’information et d’éducation à l’alimentation, sans doute
insuffisamment connue et utilisée.
? L’Institut français pour la nutrition (IFN) est une association créée
en 1974, par les professeurs Bour et Trémolières et par des industriels de
l’agro-alimentaire afin de « favoriser la concertation entre les milieux
scientifiques et les milieux de la production alimentaire, à l’occasion de
questions intéressant la nutrition et sa promotion », ces échanges, cette
concertation favorisant la mise en place de plans de recherche. L’IFN organise
des conférences, assure des publications, décerne un prix de la recherche en
nutrition.
101
? L’Institut national de la recherche agronomique (INRA) consacrera,
en 2004, 15 % de ses moyens aux recherches sur l’alimentation. C’est en 1989,
que le département scientifique « Nutrition, alimentation et sécurité
alimentaire » a été créé, mais ce n’est que depuis quelques années que l’INRA
se penche sur les comportements alimentaires, la compréhension des
mécanismes de choix des consommateurs, la mise en œuvre des
recommandations nutritionnelles. D’autres travaux de l’INRA portent sur
l’aliment, ses caractéristiques sensorielles, l’influence de la marque, des
indications d’origine, des allégations diverses, du prix sur les préférences et les
choix des consommateurs.
Parmi les recommandations formulées par un groupe de réflexion
prospective sur les recherches que l’INRA devrait mener dans le domaine de
l’alimentation figure la nécessité d’informer le consommateur pour qu’il
s’approprie au mieux les recommandations.
102
103
IV – UNE ÉDUCATION AXÉE SUR LE DISCERNEMENT QUI
S’ADRESSE À L’ENSEMBLE DE LA POPULATION
A – L’INFORMATION DU CONSOMMATEUR
Le traité de la Communauté européenne précisait déjà que celle-ci
contribue à la promotion du droit à l’information des consommateurs.
Le règlement n° 178/2002 du 28 janvier 2002 dispose que « La législation
alimentaire vise à protéger les intérêts des consommateurs et elle leur fournit
une base pour choisir en connaissance de cause les denrées alimentaires qu’ils
consomment ».
Les informations diffusées sous quelque forme que ce soit ne doivent
pas induire le consommateur en erreur.
Cette obligation générale d’information du consommateur est, au niveau
national, l’objet du titre premier du Code de la consommation qui impose à tout
vendeur professionnel de « mettre le consommateur en mesure de connaître les
caractéristiques essentielles du bien ou du service », avant la conclusion d’un
contrat.
1. L’étiquetage
L’étiquetage est une source importante d’information. Dans une enquête de
la Commission européenne réalisée en novembre 2000, il apparaît même que
pour 37 % des personnes interrogées, il n’existe aucun moyen d’information sur
les denrées alimentaires autre que l’étiquetage. Sa lecture et sa compréhension ne
sont pas toujours aisées mais les exigences du consommateur sont parfois
contradictoires, il veut toujours plus d’informations et trouve les informations
données trop techniques, incompréhensibles, trop nombreuses. Un effort est
requis de sa part pour apprendre à lire les étiquettes.
Des directives européennes ont été prises afin de rapprocher les
dispositions législatives et réglementaires des Etats membres de l’Union
européenne et, dans le cadre de la politique agricole commune, des règlements à
caractère vertical s’appliquent à un type de produits (fruits et légumes, œufs,
poissons, chocolat …). Cette harmonisation des législations contribue également
à ne pas restreindre la libre circulation des denrées alimentaires.
La directive européenne du 20 mars 2000 relative à l’étiquetage et à la
présentation des denrées alimentaires rappelle que toute réglementation relative à
l’étiquetage « doit être fondée, avant tout sur l’impératif de l’information et de la
protection des consommateurs », qu’il s’agisse du consommateur final ou des
collectivités (restaurants, hôpitaux, cantines …).
104
L’étiquetage est défini comme « les mentions, indications, marques de
fabrique ou de commerce, images ou signes se rapportant à une denrée
alimentaire et figurant sur tout emballage, document, écriteau, étiquette, bague
ou collerette accompagnant ou se référant à cette denrée alimentaire ».
Il ne doit pas induire l’acheteur en erreur, ni attribuer à une denrée
alimentaire des propriétés de prévention, de traitements ou de guérison d’une
maladie (interdiction des allégations thérapeutiques).
1.1. La liste des mentions obligatoires
a) Pour les denrées préemballées, les mentions obligatoires1 2 sont :
. la dénomination de vente. Elle indique la nature de l’aliment contenu
dans l’emballage. Elle doit mentionner le traitement spécifique qu’il a
subi (déshydraté, surgelé, fumé …) dès lors qu’il peut y avoir un risque
de confusion pour le consommateur. Ces indications sont obligatoires
pour les aliments traités par ionisation ou pour certains produits
déterminés comme le lait pasteurisé, écrémé, la crème stérilisée ;
. la liste des ingrédients. Elle comprend tous les composants qui entrent
dans la fabrication de l’aliment (matières premières agricoles, épices,
additifs). Les ingrédients sont énumérés dans l’ordre pondéral
décroissant. Les ingrédients d’une préparation composée qui possède
une dénomination fixée par la réglementation ou l’usage (exemple :
mayonnaise, confiture) doivent être inscrits si cette préparation
représente plus de 25 % du poids du produit fini ;
. la quantité de certains ingrédients ou catégories d’ingrédients
lorsqu’ils figurent dans la dénomination de vente ou lorsqu’ils sont mis
en relief dans l’étiquetage (exemple : riche en tomates pour une sauce
bolognaise). Cette règle ne s’applique pas aux épices et aux aromates
utilisés à faible dose (exemple : sauce à l’estragon) ;
. les additifs (substances ajoutées en petite quantité à certaines denrées
alimentaires lors du processus de fabrication pour améliorer la texture,
accroître la durée de conservation, l’aspect, …) sont classés par
catégories et désignés soit par leur nom, soit par un numéro de code
européen E suivi d’un numéro à trois chiffres ;
1 Code de la consommation
2 « Comprendre l’étiquetage alimentaire » – Edition 2002 – Institut français pour la nutrition.
105
. la quantité nette : elle est indiquée en unité de volume (litre ou ml)
pour les produits liquides et pour les glaces et en unités de masse (kilo
ou grammes) pour les autres produits. Figure également pour les
conserves de légumes, les fruits au sirop, le poids net égoutté ;
. la date de consommation. Elle figure en clair sur les denrées
préemballées sous deux formes :
- la Date limite de consommation (DLC) indique pour les denrées
périssables la date au-delà de laquelle la consommation du produit
peut présenter un danger. Au-delà de cette date, le distributeur n’est
pas autorisé à vendre le produit. Cette date est accompagnée de
l’indication de la température à laquelle doit être conservée la denrée
alimentaire (de 0°C à + 4°C pour les produits très périssables comme
les salades composées, les viandes froides, inférieure à 8°C pour les
produits périssables, comme les desserts lactés) ;
- la Date limite d’utilisation optimale (DLUO) indique la date au-delà
de laquelle les qualités gustatives ou nutritionnelles du produit
risquent d’être moins bonnes : « A consommer de préférence
avant … » ; la DLUO concerne les produits en conserves, les produits
surgelés, les pâtes ….
. le nom ou la raison sociale et l’adresse du fabricant ou du
conditionneur ou d’un vendeur établi à l’intérieur de l’Union
européenne, c’est-à-dire d’un responsable ;
. le lot de fabrication : ce qui facilite l’identification des produits en cas
de défaut, de recherche ;
. le lieu d’origine ou de provenance : cette mention est obligatoire
chaque fois qu’il y a risque de confusion pour l’acheteur sur l’origine
ou la provenance réelle de la denrée alimentaire ;
. le mode d’emploi ainsi que les conditions particulières d’utilisation,
chaque fois que c’est nécessaire.
D’autres mentions obligatoires sont prévues pour certains produits : degré
alcoolique, la mention « conditionné sous atmosphère protectrice », la mention
« contient une source de phénylalanine » pour les denrées contenant de
l’aspartame ; la mention « une consommation excessive peut avoir des effets
laxatifs » pour les denrées alimentaires contenant des polyols1 autorisés
incorporés à un taux supérieur à 10 %.
Pour les fromages, la matière grasse est exprimée pour 100 g de matière
sèche et non pour 100 g de produit fini.
1 Polyols (édulcorants ayant un pouvoir sucrant modéré).
106
b) L’étiquetage des produits vendus non pré-emballés
Pour les denrées alimentaires vendues à la coupe, en vrac, en libre-service,
le Code de la consommation prévoit que toute denrée alimentaire présentée non
pré-emballée sur les lieux de vente au consommateur final doit être munie, sur
elle-même ou à proximité immédiate, sans risque de confusion, d’une affiche,
d’un écriteau comportant la dénomination de vente.
Il n’est pas fait mention d’autres éléments qui seraient nécessaires à une
bonne information du consommateur comme par exemple la date limite de
consommation.
Le consommateur dispose de moins d’informations pour ce type de
produits que pour ceux similaires vendus sous emballage.
1.2. Les mentions facultatives
a) L’étiquetage nutritionnel
L’acheteur doit pouvoir être informé des apports nutritionnels des denrées
achetées et consommées, même s’il est rarement à même de les apprécier de
façon correcte et de les re-situer dans les apports nutritionnels globaux de
son alimentation. L’étiquetage nutritionnel permet au consommateur de
comparer les apports nutritionnels selon les divers types de produits et de
sélectionner ceux qui conviennent le mieux à l’alimentation recherchée.
Selon la directive européenne, on entend par étiquetage nutritionnel « toute
information apparaissant sur l’étiquette et relative à la valeur énergétique et aux
nutriments ». La directive souligne que pour attirer l’attention du consommateur
moyen et, étant donné le faible niveau de connaissances dans le domaine de la
nutrition, l’information fournie doit être simple et facilement compréhensible.
L’étiquetage nutritionnel est facultatif en Europe et en France. Il est
obligatoire lorsqu’une allégation nutritionnelle figure dans l’étiquetage, la
publicité ou la présentation du produit. Une allégation nutritionnelle est définie
comme « toute représentation et tout message publicitaire qui énonce, suggère
ou implique qu’une denrée alimentaire possède des propriétés nutritionnelles
particulières de par l’énergie et des nutriments ».
L’étiquetage nutritionnel concerne toutes les informations figurant sur
l’étiquette relatives à la valeur énergétique et aux nutriments suivants : protéines,
glucides, lipides, fibres alimentaires, sodium, vitamines et sels minéraux. Deux
niveaux d’étiquetage sont possibles :
- pour le groupe I d’indications figurent la valeur énergétique (en
kjoules1 ou kcal), les protéines, glucides, lipides (en g) ;
1 un kcal correspond à 4,18 kjoules.
107
- pour le groupe II : la valeur énergétique, les protéines, les glucides
dont sucres (en g), les lipides dont acides gras saturés, les fibres
alimentaires et le sodium.
L’étiquetage nutritionnel peut également fournir d’autres éléments
d’information sur l’amidon, les polyols, les acides gras mono-insaturés ou
polyinsaturés, le cholestérol, les sels minéraux et les vitamines.
La teneur des nutriments qui fait l’objet d’une allégation nutritionnelle doit
être précisée.
b) Autres mentions facultatives
Parmi celles-ci l’on peut citer la marque commerciale, le code barre qui
comprend 13 chiffres, les deux premiers chiffres indiquant où le produit a été
fabriqué (30 à 37 pour la France), les cinq suivants désignent le code du fabricant
ou du distributeur, les cinq autres identifient le produit, le dernier est une clé de
contrôle.
Les lignes en grisé permettent la lecture optique.
Le point vert (et son logo) indique que le fabricant participe à un
programme de subventions de tri des déchets d’emballages en vue du recyclage.
1.3. Quelles sont les attentes des consommateurs en matière
d’étiquetage ?
Plusieurs enquêtes ont été faites, par la Commission européenne en
novembre 2001 sur les besoins actuels des consommateurs européens en matière
d’étiquetage des denrées alimentaires, une enquête de la SOFRES pour la
distribution en octobre 2000 intitulée « que faut-il mettre sur l’étiquette ? », une
enquête du CREDOC de février 2001 sur la préoccupation de la qualité
alimentaire pour le consommateur, une autre sur « l’étiquetage en question » de
l’UFCS en mai 2001.
Le Conseil national de l’alimentation1 note que l’enquête de la Commission
européenne révèle l’intérêt des consommateurs pour la qualité intrinsèque des
aliments et pour les effets pouvant être négatifs sur la santé. Parmi les mentions
citées viennent en tête, après la dénomination du produit, (97 %), la durée de
conservation du produit avant ouverture, la liste des ingrédients, celle des
additifs, la durée de conservation du produit une fois ouvert.
La période de l’enquête SOFRES explique sans doute que l’origine de la
viande de bœuf soit une information à laquelle les consommateurs sont attachés.
Ceci démontre le caractère évolutif de l’information souhaitée.
1 Avis du CNA adopté le 25 juin 2002 sur « L’information des consommateurs relative aux denrées
alimentaires ». Rapporteur Alain Soraste.
108
D’après les résultats de l’enquête de la Commission, l’étiquetage est perçu
comme intelligible pour 68 % des personnes interrogées, distinctif de la publicité
pour 66 %, visible pour 54 %. Le consommateur se dit être bien informé (55 %
des personnes interrogées selon, l’enquête de la SOFRES, 51 %, selon l’enquête
INC).
Parmi les attentes des organisations de consommateurs sur les informations
que devrait fournir l’étiquetage, le CNA relève :
- celles relatives aux modes de production ;
- la déclaration exhaustive d’additifs ;
- les arômes et auxiliaires de fabrication ;
- l’abandon de la règle dite des 25 %, relative à la composition des
ingrédients composés ;
- la mention de l’origine du produit ;
- la limitation de la possibilité de déclarer certains ingrédients sous des
noms de catégories ;
- la mention des allergènes parmi les plus connus ;
- l’indication des conditions et la durée de conservation après ouverture
du contenant ;
- l’amélioration de l’information relative aux produits à la coupe.
Les produits achetés en vrac, ou à la coupe comme le fromage ou la
charcuterie, ne disposent, à l’exception de la dénomination, d’aucune indication
qualitative. Certes, il est toujours possible de demander des explications au
vendeur qui est généralement en mesure de les fournir, notamment dans les petits
commerces de proximité mais pas toujours s’il s’agit d’un vendeur qui n’a pas la
charge habituelle du rayon de vente.
Pour les fruits et les légumes, il est important pour l’acheteur d’en
connaître la provenance. Il est par exemple irritant de voir généralement au
printemps afficher l’origine France sur le panonceau d’affichage pour des
pommes dont l’étiquette indique une provenance d’Amérique latine.
De même dans les boucheries, si les obligations informatives sur la viande
sont plus importantes que dans d’autres secteurs, le client devrait cependant
pouvoir disposer de différents autres éléments d’appréciation sur la viande qu’il
achète (race des bovins, âge, lieu de production, maturation de la viande…) sans
avoir à les demander, les demandes étant parfois plus ou moins bien reçues alors
qu’il est légitime pour le consommateur de s’informer sur ce qu’il va consommer
et faire consommer à sa famille ou à autrui.
109
Les organisations de consommateurs souhaitent aussi une meilleure
lisibilité des mentions portées sur les étiquettes, que soit facilitée la
compréhension de l’étiquetage nutritionnel (référence à une portion
moyenne …), une amélioration de la distinction entre signes officiels de la
qualité et autres logos, l’amélioration des représentations graphiques pour éviter
les confusions.
La lisibilité des mentions figurant sur l’étiquette conditionne la bonne
information du consommateur.
Comme le souligne le CNA dans son avis, cette lisibilité peut être
améliorée en augmentant, pour les informations obligatoires, la taille des
caractères, en évitant des polices de caractère peu lisibles, en veillant à un
contraste suffisant entre la police de caractère et le fond.
Des codes de couleur permettraient de mieux visualiser les familles de
mentions.
Le CNA propose en outre une hiérarchisation des informations obligatoires
« en étendant la notion de regroupement dans un même champ visuel à d’autres
mentions obligatoires (délai de consommation après ouverture…) que celles
prévues actuellement ».
Il suggère également de regrouper les informations destinées aux services
officiels de contrôle (code emballage, signe « e » de conformité métrologique,
estampille sanitaire vétérinaire) dans un autre champ.
La date limite de consommation et les conditions de conservation, pour
les produits périssables, sont des informations qui doivent être faciles à
repérer au moment de l’achat et qui doivent être portées sur chaque unité
de consommation.
Une harmonisation des unités utilisées pour donner les valeurs énergétiques
devrait être faite ( qui sait, en effet, qu’une kilocalorie correspond à environ 4,18
kilojoules ?).
Plus personne, ou presque, ne s’y retrouve dans le pourcentage de matière
grasse contenue dans les fromages, yaourts ou fromages blancs. Pour les
fromages, le taux de matière grasse est calculé sur la matière sèche ; pour les
spécialités laitières, il est parfois calculé sur le produit fini, c’est-à-dire avec
l’eau de constitution.
Les caractéristiques et les qualités des denrées alimentaires étant en
évolution constante, l’étiquetage doit être évolutif afin de fournir au
consommateur une information précise et fiable. Le CNA propose qu’une entité
(un groupe mixte du CNA et du Conseil national de la consommation) soit
chargée d’identifier les attentes des consommateurs en matière d’information et
de veiller à une adéquation entre celles-ci et les pratiques en matière
d’étiquetage.
110
Cette entité ne pourrait que favoriser une meilleure information du
consommateur qui a tendance à trouver l’étiquetage trop compliqué et souhaite
pourtant voir figurer toujours plus de données sur l’étiquette.
La participation des associations de consommateurs à la définition du
contenu de l’étiquetage est indispensable et comme le souligne la Commission
européenne dans sa communication1 au Conseil et au Parlement
européen : « L’intervention des organisations de consommateurs est également
précieuse dans le sens où elle constitue un examen de ce qui est proposé ».
Si le consommateur moyen est loin de comprendre toutes les mentions qui
figurent sur l’étiquette, obligatoires ou facultatives, elles lui permettent
néanmoins, s’il le souhaite, de poursuivre ses investigations et – ou – de comparer
différents produits entre eux.
Pour les produits plus particulièrement appréciés par les enfants, un
étiquetage adapté et ludique, qui appellerait leur attention sur les risques d’une
consommation excessive, aurait sans aucun doute des vertus pédagogiques.
L’étiquetage, qui s’inscrit dans un cadre réglementaire complexe, incombe
aux opérateurs économiques. Ceux-ci ne peuvent ignorer les attentes des
consommateurs.
1.4. Les attentes des opérateurs économiques
Selon le CNA, lors de la préparation de l’avis sur l’étiquetage,
l’Association nationale des industries alimentaires a souligné la complexité de la
réglementation, la dispersion dans de multiples textes des différentes mentions
d’étiquetage sans approche globale, l’absence de hiérarchisation ou le caractère
obligatoire de mentions qui ne sont pas directement destinées au consommateur,
les problèmes d’interprétation pour certaines mentions, d’où la nécessité de
guides professionnels d’application.
Pour la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD),
l’étiquetage des denrées vendues aux consommateurs doit permettre à ceux-ci de
choisir librement, en étant informés.
La FCD souligne, comme l’ANIA, la multiplicité des textes juridiques
concernant l’étiquetage, elle estime nécessaire de différencier les informations
pertinentes pour le consommateur de celles qui le sont moins. Elle est favorable
à l’abrogation de la règle des 25 %. Cette règle avait été introduite, il y a plus de
vingt ans, afin de ne pas alourdir la liste des ingrédients. Elle était fondée sur le
principe que le consommateur connaît la composition des ingrédients composés,
comme par exemple la confiture qui garnit un gâteau.
1 Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et
social et au Comité des régions – COM (2002) 208 final 7.5.2002. Stratégie pour la politique des
consommateurs 2002-2006.
111
2. Les allégations
Les allégations diverses faisant rêver de nature, de naturel, de tradition, de
jeunesse et de santé, fleurissent sur les étiquettes, les emballages, les supports
publicitaires.
2.1. Qu’entend-on par allégation ?
Selon le Codex alimentarius, une allégation se définit comme « toute
mention qui affirme qu’une denrée possède des caractéristiques particulières
liées à son origine, ses propriétés nutritives, sa nature, sa production, sa
transformation, sa composition ou toute autre qualité ».
Les allégations peuvent être diverses, certaines sont générales et ne font pas
l’objet d’une réglementation précise comme :
- « naturel » : qualifie un produit que l’on trouve dans la nature, non
traité, sans additif ( exemple : conserve de thon au naturel…) ;
- « frais » : ce produit ne doit pas avoir subi de traitement, hormis la
réfrigération, la pasteurisation et la conservation sous vide. Lorsqu’il
est préemballé, il est soumis à une date limite de consommation,
inférieure à trente jours ;
- « à l’ancienne » : c’est un produit fabriqué selon des usages anciens
répertoriés selon des recettes traditionnelles ;
- « fermier » : préparé à la ferme, à une échelle non industrielle, selon
des techniques traditionnelles ;
- « artisanal » : produit par un fabricant qui possède la qualité d’artisan
conformément à la réglementation française relative au répertoire des
métiers.
La liste des allégations est, on le voit, ouverte et il est difficile pour le
consommateur de savoir ce qu’elles signifient exactement.
A ces allégations générales, se sont ajoutées des allégations nutritionnelles,
fonctionnelles, relatives à la santé qui sont devenues un argument de vente pour
les industries alimentaires.
Les allégations nutritionnelles suggèrent qu’une denrée alimentaire possède
des qualités nutritionnelles particulières (teneur réduite en matière grasse, riche
en vitamine C …, riche en fibres …).
Les allégations fonctionnelles sont décrites par la Commission européenne
comme « les allégations relatives aux effets bénéfiques d’un nutriment sur
certaines fonctions corporelles normales ». L’on peut citer par exemple des
allégations du type : les fibres accélèrent le transit intestinal ou, le calcium
améliore la densité osseuse, ou les omégas 3 contribuent au bon fonctionnement
du système cardio-vasculaire.
112
En ce qui concerne les allégations santé, il s’agit pour la DGCCRF de
« toute revendication qui indique, suggère ou implique qu’une relation existe
entre un aliment, un élément nutritif ou une substance contenue dans un aliment
et un état lié à la santé ou une modification d’un paramètre biologique mais sans
faire référence à la maladie ». Parmi ces allégations on peut citer : « enrichi en
stérols végétaux, qui réduisent significativement le cholestérol dans le cadre
d’un régime adapté », ou « capital santé » ou « pour le bien-être intérieur et
l’équilibre ».
Les allégations thérapeutiques faisant état de la prévention ou de la
guérison d’une maladie sont interdites en Europe.
2.2. Allégations : un argument de vente pour les entreprises
Le consommateur va être tenté d’acheter1 ces aliments naturels ou qui
l’assurent de bien-être ou lui promettent une réduction des risques comme les
margarines qui contribuent à réduire ou à prévenir l’excès de mauvais
cholestérol, le lait enrichi en vitamine D, les œufs naturellement riches en
oméga 3, qui contribue au bon fonctionnement cardio-vasculaire, le lait fermenté
au bifidus actif, ou celui au L casei defensis, les allumettes de lardon fumées à
teneur en sel réduite, les céréales à diffusion progressive d’énergie …
Les produits alimentaires, pour certains innovants, et qui ont fait l’objet de
recherches scientifiques importantes, coûtent selon le guide de l’Institut national
de la consommation d’avril-mai 2003, de 20 à 30 ou 40 % plus cher que les
produits classiques.
Le consommateur va être tenté d’essayer le produit, il verra à l’usage s’il
renouvelle ou non son achat, mais les effets promis sont, dans certains cas,
difficiles à mesurer, dans d’autres, ils ne seront perceptibles qu’à long terme.
Le type d’allégations évolue dans le temps et selon les modes, les allégés
en matières grasses et en sucre se sont développés dans les années 80 pour lutter
contre les excès de poids et de cholestérol. En 2000, selon SECODIP les yaourts
allégés, nature ou aux fruits, représentent 20 % du marché de ce secteur.
Les aliments2 revendiquant l’amélioration du bien-être ou de la santé ne
représenteraient encore que 1,1 % du marché de l’alimentation à domicile. C’est
un créneau très intéressant pour les industriels de l’alimentation, les ventes des
yaourts et laitages enrichis en bactéries susceptibles de stimuler la flore
intestinale et les margarines aux phytostérols qui consistent à réduire le taux de
cholestérol, augmenteraient de 50 % par an.
1 Lettre scientifique de l’Institut français pour la nutrition – Avril 2003. « Le marketing des aliments
de santé ».
2 Le guide des aliments santé – 60 millions de consommateurs – avril/mai 2003. Institut national de la
consommation.
113
Selon un sondage de l’Association consommation, logement et cadre de vie
(CLCV), 70 % de personnes interrogées aimeraient savoir si la façon dont ils se
nourrissent est bonne pour leur santé et 90 % souhaiteraient être éclairées sur les
nutriments qui ont des effets positifs. Ces résultats démontrent à la fois l’intérêt
du consommateur pour ces produits et ses interrogations quant à leurs
allégations.
Certains abus relatifs aux allégations santé ont été relevés par l’Institut
national de la consommation qui déplore par exemple, la caution de l’Institut
Pasteur de Lille dont le nom figure en toutes lettres sur l’étiquette d’une bouteille
d’huile et sur l’emballage d’une margarine dont l’allégation associe ces produits
aux régimes proposés pour l’excès de cholestérol. Pour la section de
l’agriculture et de l’alimentation, ce type de caution ne peut que contribuer
à accroître la perplexité des consommateurs au sujet de ces multiples
allégations santé.
2.3. Les règles de vente applicables à ces produits
L’article L212-1 du Code de la consommation dispose que les produits mis
sur le marché doivent répondre aux prescriptions en vigueur relatives à la
sécurité et à la santé des personnes.
« Tant qu’il n’y a pas d’ajout, que l’aliment est bien la source de nutriment
considéré, l’industriel n’est pas tenu de fournir des preuves pour vanter les
mérites nutritionnels de son produit » (Ambroise Martin – AFSSA). L’industriel
doit vérifier que cette allégation nutritionnelle correspond à celles autorisées en
1997 par la Commission interministérielle d’études des produits destinés à une
alimentation particulière (CEDAP).
L’enrichissement des aliments courants par des nutriments est interdit mais
des exceptions sont prévues : le sel peut être enrichi en iode depuis 1952, en
fluor depuis 1985, le lait et les produits laitiers frais en vitamine D depuis
2001 ….
Lorsqu’il y a nouveauté, un dossier scientifique peut être exigé par la
Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des
fraudes qui fait appel à l’AFSSA pour instruire ce dossier. L’allégation qui reçoit
l’aval de l’AFSSA est rendue publique.
Un programme de recherche a été lancé en 1995, au niveau européen sur
les aliments fonctionnels, associant scientifiques du secteur public et de
l’industrie. Ces travaux devraient permettre, en 2005, de déterminer quelles
allégations peuvent être cautionnées.
Dans son avis du 30 juin 1998 sur les allégations faisant un lien entre
alimentation et santé, le Conseil national de l’alimentation a souligné les risques
de confusion croissante des messages nutritionnels et des risques de
consommation déséquilibrée des aliments portant ces allégations au détriment
d’autres aliments tout aussi utiles.
114
Dans cet avis, le CNA souligne la nécessité :
- d’un haut niveau de qualité de la justification scientifique des effets
allégués ;
- de la mise en œuvre d’une période d’essai, associée à une observation
de l’évolution des comportements et à une analyse de l’impact des
allégations ;
- d’une mise en œuvre d’un guide de bonnes pratiques de la
communication par le biais des allégations ;
- d’une responsabilisation de tous les acteurs de la filière alimentaire
qui utilisent des allégations santé.
Le CNA souligne que « les allégations santé devraient s’inscrire
obligatoirement dans un contexte d’éducation et d’information sur
l’alimentation globale, soit directement auprès des consommateurs, soit
indirectement via des relais ». Il ne peut qu’être entièrement souscrit à ces
recommandations.
Un projet de règlement communautaire sur les allégations nutritionnelles,
fonctionnelles et relatives à la santé a été soumis aux Etats membres de l’Union
européenne, en 2002.
3. Produits « diététiques » et compléments alimentaires
Les produits « diététiques » correspondent à des « aliments destinés à une
alimentation particulière», ils sont vendus dans les pharmacies, les
parapharmacies, les magasins de diététique et les magasins d’alimentation.
Ils doivent être vendus dans des rayons à part et sont soumis à des règles
d’étiquetage spécifiques.
Les compléments alimentaires sont destinés à compléter les régimes
alimentaires normaux. Ils se présentent sous forme de gélules, sachets de poudre,
pilules, ils sont censés améliorer la circulation, embellir la peau, les ongles,
permettre de lutter contre la fatigue etc. Une directive européenne a été publiée
en 2002 pour imposer un étiquetage respectant un certain nombre de règles.
4. Problèmes particuliers d’étiquetage
4.1. L’étiquetage des allergènes
Il s’agit de permettre au consommateur d’éliminer, par son choix d’achat
les produits susceptibles de déclencher chez lui des manifestations allergiques
qui peuvent prendre des formes variées.
L’AFSSA1 estime la prévalence des allergies alimentaires dans la
population générale entre 2,1 % et 3,8 % de la population, elle est plus fréquente
chez l’enfant.
1 Allergies alimentaires – Etat des lieux et propositions d’orientations – AFSSA, janvier 2002.
115
En France, chez l’enfant, l’œuf est le premier allergène par ordre de
fréquence suivi par l’arachide, le lait et le poisson. Chez l’adulte, les allergènes
d’origine végétale sont majoritaires, les fruits du groupe latex (bananes, avocats,
chataîgnes, kiwis) représentent 14 % des cas d’allergies, ceux du groupe des
rosacées (abricot, cerise, fraise…) 13 % des cas, les fruits secs oléagineux et les
ombellifères (céleri, fenouil, persil…) 9,5 % des cas.
L’étiquetage devrait permettre une meilleure information des personnes
allergiques. La suppression de la règle des 25 % et plus généralement celle du
seuil pour l’étiquetage des ingrédients composés devrait y contribuer, de même
que l’étiquetage systématique de tous les ingrédients considérés comme étant le
plus souvent à l’origine d’allergies ; la liste devant évoluer en fonction des
connaissances scientifiques.
La mention « peut contenir …tel ingrédient » contribue à créer une
inquiétude sans donner une véritable information, elle ne devrait pas être utilisée.
En attendant l’intervention d’une réglementation européenne visant à
améliorer l’étiquetage des allergènes, l’Association nationale des industries
alimentaires (ANIA) vient de publier une brochure, préparée en collaboration
avec des associations de personnes allergiques et des médecins, intitulée
« Allergies et intolérances alimentaires : comment lire les étiquettes pour mieux
choisir », brochure également consultable sur le site Internet de l’ANIA.
4.2. L’étiquetage des denrées contenant des OGM
La culture des plantes transgéniques, même à titre d’expérimentation,
soulève les passions. Pour le moment, cela est moins vrai s’agissant de la
présence d’OGM dans les denrées alimentaires.
En France, comme en Europe, les industriels ont renoncé à utiliser des
céréales transgéniques dans leurs produits en raison des réticences des
consommateurs.
Des travaux portant sur l’évaluation de l’innocuité des plantes
transgéniques à destination de l’alimentation, ont été conduits sous l’égide de
l’OCDE, de l’OMS et de la FAO. Les principes d’évaluation ont fait l’objet d’un
consensus scientifique et ont été traduits en une réglementation commune en
Europe.
Selon Gérard Pascal, directeur scientifique à l’INRA, le nouveau concept
« d’équivalence1 substantielle » qui a été adopté « consiste à considérer de la
même manière, sur le plan de la sécurité, la nouvelle denrée et l’aliment ou
l’ingrédient traditionnel lorsqu’aucune différence significative n’a été mise en
évidence ».
1 Organismes génétiquement modifiés à l’INRA – Environnement, agriculture et alimentation -
INRA, mai 1998.
116
Dans le cadre du Codex alimentarius, le principe de traçabilité a été défini
comme outil de gestion du risque et des procédés ont été fixés pour déterminer si
un aliment transgénique contient des allergènes ou des produits toxiques.
Mais comme le souligne M. Yves Coquin de la Direction Générale de la
Santé, ce dispositif doit être considéré comme soumis à évolution pour tenir
compte des nouvelles données scientifiques.
Après l’adoption de la nouvelle réglementation en matière d’étiquetage et
de traçabilité, il sera obligatoire de mentionner sur les étiquettes la présence
d’OGM lorsque leur proportion dépassera 0,9 % (le précédent taux était de 1 %).
Cette règle s’appliquera également aux aliments destinés aux animaux. Seront
étiquetés tous les aliments, y compris ceux contenant des dérivés d’OGM ne
présentant plus de traces d’ADN modifié, comme par exemple une huile produite
à partir de colza OGM, mais cela posera le problème des produits importés.
L’étiquetage sera nécessaire au-delà du seuil de 0,5 % pour des composants
OGM non autorisés dans l’Union européenne, présents de manière fortuite dans
les produits, cette dernière mesure est valable pour 3 ans.
La traçablilité des OGM devra permettre de retrouver le responsable d’une
éventuelle contamination.
Il appartiendra donc au consommateur de faire son choix entre produits
avec ou sans OGM, compte tenu de l’offre de produits qui sera adoptée par les
industriels de l’agroalimentaire et de la distribution.
A partir du moment où la mise sur le marché a été autorisée, le produit est
considéré comme sain. La capacité d’expertise personnelle du consommateur ne
lui permet pas de juger le produit, il doit s’appuyer sur des « garanties
extérieures au marché » et leur faire confiance.
Le consommateur décidera d’acheter ou de ne pas acheter les denrées
contenant des OGM. Sa prise de position sera influencée par celle des différents
mouvements consuméristes et de protection de l’environnement et par l’opinion
publique, influencée elle-même par les médias.
Ne sera pas éliminée pour autant la question des risques de contamination
par la diffusion de pollen sur les cultures non transgéniques. La cohabitation
entre différents types de plantes, transgéniques ou non, continuera à poser
problème.
4.3. Le sel
Selon l’enquête INCA déjà citée, la consommation moyenne de sel par
personne, hors sel ajouté pour la cuisson ou à table, est de 8 g par jour, plus
faible pour les femmes (6,9 g) que pour les hommes (9,1 g). La consommation
de sel ajouté majorerait ce chiffre de 10 à 20 % selon l’AFSSA, portant la
consommation journalière entre 9 et 10 g au total.
117
Par rapport à une précédente enquête de 1994, une augmentation des
apports est constatée, qui serait liée à l’évolution des consommations
alimentaires et notamment à l’augmentation des consommations de pizza,
quiches, tartes salées, pâtisseries et viennoiseries.
La consommation française représente plus de dix fois les besoins
minimaux quotidiens de l’organisme humain. Les consommations les plus fortes
accompagnent souvent des apports alimentaires excessifs et mal équilibrés.
Le sel a une valeur organoleptique pour les pâtisseries, il est un exhausteur
du goût sucré. Il est également utilisé, et ce depuis les temps les plus anciens,
pour des raisons hygiéniques et/ou technologiques ; pendant des siècles la
salaison fut, avec le fumage, un moyen essentiel de conservation.
Pour faire diminuer les apports salés, le groupe de travail de l’AFSSA, qui
associait scientifiques, associations de consommateurs, acteurs économiques et
administrations, a proposé de sensibiliser le consommateur à la problématique du
sel, de mieux l’informer sur les différentes sources d’apport de sel, de lui donner
des repères de consommation, de favoriser dès le plus jeune âge, une
consommation moindre de sel.
On l’a vu, la circulaire de l’Education nationale, du 25 juin 2001,
recommande d’habituer les enfants à manger peu salé.
En matière d’étiquetage, celui du sodium est facultatif sauf s’il est fait
mention d’allégations. Il convient de souligner que le sel ne doit pas être
confondu avec le sodium.
L’on ne peut que souscrire à la recommandation visant à réduire la teneur
en sodium de certains aliments, réduction acceptable sur les plans gustatif,
technologique et hygiénique. Un test consommateur réalisé par l’UFC – Que
Choisir a montré qu’une panification longue pouvait, par exemple, compenser
une réduction importante de la teneur en sel dans l’appréciation portée sur le pain
par le consommateur.
Il est nécessaire également, comme cela est proposé par l’AFSSA, de
recommander au consommateur de limiter sa consommation d’aliments riches en
sodium, de réguler l’utilisation du sel de cuisson, de ne pas saler ou re-saler les
aliments parfois avant de les avoir goûtés.
*
* *
L’information ne suffit pas pour être utile, elle doit s’accompagner
d’une éducation du consommateur qui doit disposer de connaissances
suffisantes pour en tirer parti, et considérer son régime alimentaire dans sa
globalité. Les médecins, les nutritionnistes, les associations de
consommateurs doivent, à côté des pouvoirs publics, contribuer à cette
éducation qui concerne l’ensemble de la population.
118
5. Les signes officiels de qualité et d’origine1
De plus en plus, les consommateurs sont désireux d’être informés sur
l’origine, le mode d’élaboration, la qualité ou la spécificité des produits agricoles
qu’ils consomment, leur « histoire ». Les signes officiels de qualité et d’origine
sont une réponse à cette demande, ce sont des repères, comme le sont les
marques.
Comme l’indique la loi d’orientation agricole du 9 juillet 1999, la qualité et
l’origine des produits agricoles ou alimentaires peuvent donner lieu à la
délivrance par l’autorité administrative de signes d’identification qui sont :
? l’Appellation d’origine contrôlée (AOC).
Elle identifie un produit dont la spécificité est en lien avec le terroir,
l’origine géographique. Les AOC ont été officialisées dès 1935, pour les vins et
eaux-de-vie. En 1960, les produits laitiers ont pu en bénéficier et depuis 1990,
toutes les catégories d’aliments peuvent y accéder. Ce sont des comités
nationaux, constitués de professionnels et de personnalités qualifiées qui fixent
les conditions de production et délimitent les zones de production pour chaque
AOC. L’Institut national des appellations d’origine (INAO), établissement
public, sous tutelle du ministère en charge de l’agriculture et de l’alimentation,
en contrôle les conditions de production.
Il existe aujourd’hui 480 AOC pour les vins, eaux-de-vie et cidres, 43 AOC
pour des produits laitiers, 22 AOC pour d’autres produits agro-alimentaires.
? les labels agricoles.
Le label agricole a été créé en 1960, il atteste qu’un produit agricole ou une
denrée alimentaire possède un ensemble de qualités et de caractéristiques,
préalablement définies dans un cahier des charges, qui lui confèrent une qualité
supérieure. Le « label Rouge » marque collective du ministère de l’agriculture
permet au consommateur d’identifier les produits labellisés.
Des organismes certificateurs sont agréés pour délivrer ce label.
? la certification de conformité.
Elle atteste d’atouts qualificatifs significatifs, strictement contrôlés. C’est le
plus récent des signes officiels de qualité, il a été mis en place en 1990.
Parmi les produits ayant obtenu une certification de conformité, on peut
citer le jambon cuit supérieur sans polyphosphates, les fruits cueillis à maturité,
la mâche prête à l’emploi sans sable…C’est un secteur en progression. Il n’y a
pas de logo officiel pour identifier les produits certifiés mais des marques
collectives privées comme le sigle « Critères qualité certifiés » (CQC) apposé
sur les viandes ou le sigle « Atout qualité certifié ».
1 Rapport du Conseil économique et social présenté par M. Gilbert Louis, intitulé « Qualité et
origine des produits agricoles et alimentaires » -J.O n°41101-0004.
119
Les caractères spécifiques certifiés sont mentionnés sur les étiquettes (ex :
viandes issues d’animaux de race à viande ; animaux élevés 4 mois minimum au
pis de la mère puis nourris à base d’herbe ; maturation de 7 jours minimum pour
la tendreté), ainsi que le nom et les coordonnées de l’organisme certificateur. Il
est à souligner que ce signe de qualité, le plus récent, reste méconnu en dépit
d’une progression rapide et importante du nombre de produits concernés.
? Le mode de production biologique.
Il atteste de pratiques culturales et d’élevage qui proscrivent l’usage de
pesticides et d’engrais chimiques de synthèse. Par ailleurs, l’utilisation de
produits de traitement et de fertilisation est limitée.
C’est la loi d’orientation agricole de 1980 qui a défini les règles de
l’agriculture biologique. Une réglementation européenne de 1991 reconnaît ce
mode de production pour les productions végétales, et en 1999 pour les
productions animales.
Le contrôle des conditions de production est assuré par six organismes
certificateurs agréés.
Le logo AB, propriété du ministère de l’Agriculture, permet au
consommateur d’identifier les produits issus de l’agriculture biologique.
En 2002, 11 000 exploitations pratiquaient cette agriculture et cultivaient
518 000 ha (en hausse de 23 % par rapport à 2001).
Le secteur de l’agriculture biologique connaît actuellement des difficultés
pour la vente de certains produits dont les prix à la production ont fortement
baissé. Un plan d’action européen devrait être mis en place en 2004 pour
conforter ce type d’agriculture.
En 2001, un sondage CSA-Printemps Bio a révélé que parmi les
motivations de consommation de produits de l’agriculture biologique, venaient
en tête les bienfaits attendus de ces produits pour la santé (73 % des sondés), la
qualité et le goût (66 %), les raisons éthiques et environnementales et le bien-être
des animaux (46 %) et la sécurité sanitaire (40 %).
47 % des Français consomment des produits de l’agriculture biologique
dont 19 % au moins une fois par semaine. Les acheteurs réguliers et exclusifs de
ces produits seraient très peu nombreux.
Un rapport de l’AFSSA d’avril 2003 constate qu’en ce qui concerne les
bénéfices nutritionnels des aliments issus de l’agriculture biologique, il n’existe
pas de différences significatives avec les matières issues de l’agriculture
conventionnelle. L’impact structurel sur le long terme nécessiterait la mise en
place d’études comparatives auprès des consommateurs, difficiles à réaliser.
Le mode de production biologique, en proscrivant le recours aux produits
phytosanitaires de synthèse, élimine les risques pour la santé associés à ces
produits. Les teneurs en nitrates des légumes sont également plus faibles.
120
Les niveaux de contamination en mycotoxines sont variables mais ils sont
globalement similaires à ceux de l’agriculture conventionnelle.
En ce qui concerne les produits des industries alimentaires, des approches
technologiques différentes favorisent une meilleure préservation des qualités
nutritionnelles intrinsèques de la matière première. Les procédés de broyage et
de blutage utilisés permettent ainsi une meilleure conservation du germe et des
téguments des grains, ce qui donne des pains plus riches en minéraux, fibres et
vitamines.
Ces signes officiels s’articulent avec les protections juridiques européennes
que sont l’AOP (appellation d’origine protégée), l’IGP (indication géographique
protégée), l’attestation de spécificité.
5.1. Comment ces signes sont-ils perçus ?
Les signes officiels d’identification de la qualité et de l’origine apportent
aux consommateurs des garanties sur l’origine, le mode d’élaboration ou la
spécificité des produits grâce à un cahier des charges validé par les pouvoirs
publics. Des contrôles par tierce partie justifient leur crédibilité.
Le Conseil national de l’alimentation note dans son dernier projet d’avis,
en cours d’élaboration, sur ces signes d’identification de la qualité et de l’origine
que ce sont des « outils de confiance et de promotion de la qualité ».
Selon une étude du CREDOC, les Français connaissent assez bien les
signes de qualité. A une question ouverte sur les signes de qualité connus, les
personnes interrogées ont cité le label Rouge (43 %), l’agriculture biologique
(18 %), l’AOC (12 %). Il n’existe pas pour eux une frontière très nette entre
signes officiels de qualité et autres critères de « rassurance » comme la marque,
les indications de provenance, ou d’autres mentions valorisantes qui ne sont pas
soumises aux mêmes contrôles.
Une personne sur deux identifie le label Rouge à une origine de production
et une sur quatre a une assurance de qualité gustative, six personnes sur dix
associent le label AB à l’absence de produits chimiques et l’AOC à une origine
de production. La certification de conformité n’est en revanche citée que par 2 %
des personnes enquêtées.
Selon cette enquête, les deux premiers éléments que les Français lisent sur
l’étiquette sont l’origine de production et la composition précise du produit, les
signes de qualité viennent en troisième position, juste avant la composition
nutritionnelle.
5.2. Les consommateurs sont-ils prêts à payer pour plus de qualité ?
Le prix est le second critère de choix après les garanties d’hygiène et de
sécurité du produit.
Plus d’un consommateur sur deux (58 %) considère plutôt ou tout à fait
normal que l’amélioration de la qualité se traduise par une augmentation de son
121
coût. Ce sont les Français les moins diplômés et les moins aisés qui admettent le
moins l’idée d’un coût de la qualité.
Les produits agricoles à qualité spécifiée assurent la reconnaissance de la
qualité, des savoir-faire, la promotion des terroirs. Pour les producteurs, il s’agit
de démarches volontaires de valorisation de certaines productions qui
contribuent aussi à la renommée de ces produits agricoles et alimentaires,
exportés dans le monde entier, et de la culture alimentaire française.
Pour le consommateur, ces produits sont porteurs d’imaginaire, de rêve : la
dégustation du Munster fait revenir en mémoire les images de l’Alsace ; le
Roquefort celles des Causses de l’Aveyron, le vin d’Irouléguy le pays Basque.…
Sur le plan international, cependant, l’existence de ces produits fait débat,
notamment au sein de l’OMC.
Actuellement, une requête des Etats-Unis et de l’Australie vient d’être
déposée devant l’organe des règlements des différends de l’OMC, ces pays
contestant le régime de protection des indications géographiques pour les
produits agricoles et les denrées alimentaires.
B – UN ESPRIT CRITIQUE À DÉVELOPPER
Comme le disait Claude Fischler dans un colloque organisé par l’Institut
Français pour la Nutrition (IFN), « être un consommateur aujourd’hui est un
sacré boulot ». Effectivement, les consommateurs veulent savoir ce qu’ils
mangent et ils sont très préoccupés par leur santé. Ils veulent donc savoir, pour
faire les meilleurs choix possibles. Cela dit, ils gardent encore pour l’instant, au
pays de la gastronomie, tout leur bon sens.
Une enquête menée par l’Institut national de la consommation (INC) avec
le CREDOC, en mars 2001, pour essayer de savoir ce qu’était la qualité
alimentaire pour les consommateurs, montre que le premier critère, c’est le goût,
bien avant les apports nutritionnels.
Un sondage, tout à fait récent, de l’association des consommateurs,
« Consommation logement et cadre de vie » (CLCV) montre également, en
matière d’allégations nutritionnelles, que les consommateurs restent méfiants,
qu’ils ont du mal à comprendre ces messages. Il est vrai que le flou et la
confusion règnent dans ce domaine : entre les mentions sur l’emballage, les
publicités, on a du mal à s’y retrouver.
En matière de nutrition, le consommateur a de plus en plus de mal à
distinguer ce qui relève de l’information ou de la désinformation, ce qui
relève de l’information véritable ou de la publicité, laquelle publicité est
parfois à la limite de la publicité mensongère.
Les associations de consommateurs et l’INC apportent à cet égard leur
contribution tout à fait essentielle à l’éducation au discernement.
122
1. L’action des associations de consommateurs
Il y a en France 18 associations nationales de consommateurs d’origine
diverse :
- consuméristes (CLCV, UFC-Que choisir, ALLDC) ;
- familiales (CNAFAL, CNAFC, CSF, Familles de France, Familles
rurales, UFCS et UNAF) ;
- d’origine syndicale (ADEIC, AFOC, ASSECO-CFDT,
INDECOSA-CGT et ORGECO).
Trois autres sont spécialisées dans le logement ou les transports.
A ces associations nationales, sont rattachées 800 associations locales qui
vont pouvoir informer le consommateur, le conseiller ou éventuellement lui
apporter une assistance en cas d’intervention auprès des tribunaux.
Elles jouent un rôle de lobbying important et insuffisamment,
semble-t-il, un rôle d’éducation à l’alimentation.
Selon l’étude du CREDOC sur « Les Français, la qualité de l’alimentation
et l’information, de mars 2001 », pour l’Institut national de la consommation ,
ceux-ci font très largement confiance aux associations pour les informer sur la
qualité des produits alimentaires à la télévision (52 %), alors que la publicité des
entreprises n’est créditée en premier que de 5 % des réponses et les pouvoirs
publics que de 4 %.
Les associations de consommateurs exercent leur vigilance pour tous les
problèmes relatifs à la consommation et à la publicité. Celles-ci peuvent le cas
échéant ester en justice. L’Union française des consommateurs suit ainsi plus de
cent procès par an.
Elles sont membres de différents organismes comme le Conseil national de
l’alimentation, l’Institut français pour la nutrition (IFN), l’INC, etc.., où elles
sont les porte-parole des consommateurs et, en retour, elles peuvent informer,
éclairer leurs adhérents sur les questions en débat.
Elles ont également été associées aux états généraux de l’alimentation, au
programme national nutrition-santé… Les consommateurs deviennent ainsi, par
l’intermédiaire de leurs associations, des « co-décideurs de leur alimentation ».
Certaines de ces associations ont des publications diffusées auprès de leurs
adhérents ou auprès du grand public comme l’UFC. Celle-ci publie la revue
« Que choisir » qui recueille 320 000 abonnés. Cette revue toucherait, selon la
présidente de l’UFC, plus spécifiquement les classes moyennes.
Pour mieux répondre à cette mission d’éducation à l’alimentation, les
associations de consommateurs auraient besoin de plus de moyens.
123
2. Le rôle de l’Institut national de la consommation (INC)
Créé par une loi de 1966, l’Institut national de la consommation (INC) est
un établissement public national à caractère industriel et commercial au service
de tous les consommateurs et de leurs associations. Ses ressources proviennent
des ventes de ses publications et d’une subvention votée par le Parlement.
L’Institut contribue et participe à l’information du consommateur dans tous les
domaines.
? Etudes juridiques et économiques.
Ce service assure le suivi de l’activité économique et juridique en France et
en Europe. Des études comparatives sont effectuées.
L’INC élabore également des fiches pratiques (publiées dans INC Hebdo),
des dossiers pédagogiques et rassemble des éléments de jurisprudence dans une
banque de données. Par ailleurs, un appui économique et juridique
consommation est fourni par cet organisme aux associations de consommateurs
et aux centres techniques régionaux de la consommation.
? Essais comparatifs.
Le centre d’essais comparatifs a pour mission de mettre en oeuvre des
essais comparatifs de produits, de services et des études techniques. Les secteurs
couverts sont : l’agroalimentaire, mais aussi la santé, l’hygiène, les cosmétiques,
les produits ménagers et de loisirs. Les résultats de ces essais permettent
d’obtenir des améliorations, et parfois le retrait, de certains produits, susceptibles
d’être dangereux pour les consommateurs.
? 60 Millions de consommateurs.
60 Millions de consommateurs est un magazine de service public réalisé
par des journalistes professionnels, qui travaillent en étroite collaboration avec
les experts de l’INC. C’est un magazine sans publicité commerciale, ce qui
garantit son indépendance vis-à-vis des fabricants et des distributeurs. Le
mensuel, les hors-séries et les numéros pratiques sont diffusés en kiosque et par
abonnement. Sur le réseau des marchands de journaux, la moyenne des ventes du
mensuel en 2001 était de 53 200 exemplaires. Le nombre d’abonnés atteint un
chiffre proche de 95 000 personnes. Le service « 60 répond », service de
renseignements téléphoniques personnalisés exclusivement accessible aux
abonnés, a reçu plus de 21 000 appels dans l’année.
? Documentation.
Le centre de documentation recherche analyse et informe dans le domaine
de la consommation. Il gère un fond documentaire spécialisé et des bases de
données sur l’ensemble des secteurs de la consommation. Il apporte notamment
son concours aux travaux effectués par l’établissement et par les associations de
consommateurs.
124
Sa pédagothèque, base de données recensant les matériels pédagogiques,
contribue à la promotion de l’éducation des consommateurs, enfants, adolescents
et adultes.
Il y a 284 documents dans la pédagothèque, dont 81 concernent les
aliments, soit 27 %, 52 portent sur les sujets « alimentation et nutrition » et 29
sur les produits alimentaires.
Le site internet est consulté à ces sujets tous les mois par 1 500 personnes
qui sont principalement des enseignants.
? Autre type d’action.
les émissions télévisées sur France 2 et France 3, qui s’appellent
Consomag. Il s’agit de deux émissions sur chacune des chaînes publiques qui
sont regardées par 7 à 8 millions de téléspectateurs en moyenne, par émission.
En 2002, ont été traités 9 sujets ayant trait à l’alimentation, que ce soient des
sujets de sécurité des produits, de nutrition des produits, de signes de qualité,
etc…, ou comment choisir et décrypter les étiquettes, ou « votre enfant déjeune à
la cantine », ou bien les fruits, le foie gras, le label rouge, etc…
125
CONCLUSION ET PROPOSITIONS
Ainsi que nous l’avons vu, on a longtemps pensé qu’il suffisait de fournir
au mangeur des connaissances nutritionnelles pour qu’il modifie des
comportements inappropriés. Or, l’expérience a montré que ni l’acquisition et la
compréhension de nouveaux savoirs par les individus, ni leur adhésion aux
messages diffusés, ni même leur motivation réelle à rompre avec de mauvaises
habitudes ne garantissaient à coup sûr le changement. L’explication est très
simple : si les connaissances et attitudes peuvent avoir un rôle directif sur les
comportements, c’est-à-dire les influencer, en réalité elles n’ont pas vraiment
d’effet causal. C’est l’interaction des savoirs et des motivations du sujet avec le
contexte (l’environnement familial, social, socio-économique, culturel, religieux)
et avec les contraintes (réelles ou perçues) de sa situation qui, in fine,
déterminent le comportement (comme l’illustrent par exemple, les contradictions
apparentes souvent observées entre l’excellente image santé des fruits et des
légumes et les niveaux pourtant bas de consommation effective).
Pendant trop longtemps, l’éducation à l’alimentation a été fondée sur la
diffusion d’un message unique (identique pour tous), unidirectionnel (de
l’émetteur « savant » aux récepteurs « ignorants » et à « éduquer ») et à contenu
négatif, voire culpabilisant (si vous consommez trop de graisses animales, vous
risquez d’être victime de maladies cardio-vasculaires).
La très faible efficacité de telles options doit aujourd’hui conduire à
privilégier des approches :
- différenciées : adaptation des messages et actions aux caractéristiques
spécifiques de la population visée (sexe, tranche d’âge, « niveau »
intellectuel et culturel, éventuelle situation de précarité économique,
etc.) ;
- considérant l’environnement social dans lequel évoluent les individus
ou les groupes ;
- reposant sur l’écoute, le dialogue et la participation : construire les
argumentaires à partir des propres connaissances et représentations
des groupes-cibles (y compris de leurs idées fausses et de leurs a
priori), de leurs contraintes effectives ou ressenties ; reconnaître et
valoriser leurs bonnes pratiques alimentaires ; les doter de nouveaux
savoir-faire (en termes d’achats et de conservation des produits, de
pratiques culinaires, de recherche d’informations et d’interprétation) ;
faire appel à leur intelligence et à… leur esprit critique ;
- valorisant les dimensions positives et poursuivant une visée globale :
par exemple, consommer plus de fruits et légumes…pour assurer « un
état complet de bien-être physique, mental et social » (définition de la
santé selon l’OMS).
126
En d’autres termes, il s’agit de promouvoir le bien-être, le plaisir, la
dimension sociale du repas et aussi ses composantes culturelles et religieuses.
L’enjeu tient en deux mots : substituer à « l’éducation nutritionnelle »
la « promotion du bien-manger ».
Pour parvenir à ces objectifs que certains jugeront ambitieux, voire
utopiques, la section de l’agriculture et de l’alimentation a été amenée à formuler
les propositions suivantes dont certaines concernent la famille, certains groupes
sociaux et socio-professionnels, d’autres s’adressant plutôt à l’Etat et aux
individus :
- le rôle de la famille dans la construction du comportement alimentaire
des enfants est fondamental, il doit être valorisé. La famille assume
d’évidentes responsabilités dans la mise en place de tel ou tel modèle
alimentaire partagé par l’enfant et les actions d’éducation à
l’alimentation ne doivent pas remettre en cause cet ordre des choses.
Celles-ci doivent valoriser le rôle de la famille par exemple en
fournissant des éléments de connaissance susceptibles de l’aider à
composer des repas variés et équilibrés ;
- il convient de réaffirmer la pertinence nutritionnelle de certains
modèles alimentaires traditionnels (Crétois, méditerranéen, chinois,
japonais, régionaux français, etc. ). D’une manière générale, il doit
être admis qu’un message éducatif qui bousculerait trop les croyances
ou les habitudes alimentaires, risquerait d’être contre-productif dans
la mesure où il ne serait pas pris en compte et favoriserait de surcroît
le maintien des comportements antérieurs ;
- il faut faire naître des initiatives coordonnées entre les
interprofessions. En effet, la section de l’agriculture et de
l’alimentation constate qu’il n’existe pas d’exemple d’initiatives
coordonnées entre ces filières. Or, l’éducation alimentaire, telle
qu’elle doit être dispensée, ne saurait se limiter à la prise en compte
raisonnée de telle ou telle famille d’aliments ;
- l’éducation à l’alimentation doit être considérée comme un axe
fondamental de toute politique en faveur de la nutrition ;
- la section de l’agriculture et de l’alimentation considère que les
actions d’éducation alimentaire doivent reposer sur un enseignement
ludique et bien illustré qui favorise un travail d’éveil sensoriel et
d’éducation au goût, les actions éducatives doivent prendre en compte
les aspects hédoniques de l’alimentation. Cet enseignement doit
impérativement mettre en valeur le plaisir de la table et l’aspect
convivial et social du moment du repas ;
127
- il paraît indispensable qu’une impulsion forte au niveau national soit
donnée à une éducation à l’alimentation en s’appuyant sur les
référentiels existant déjà dans les différentes disciplines à tous les
niveaux de l’enseignement scolaire ;
- le besoin de formation des enseignants à l’alimentation doit être
rappelé à l’autorité éducative ; l’alimentation doit être incluse dans
les programmes de formation initiale et continue des enseignants et
des autres acteurs de la communauté scolaire ;
- il faut sensibiliser les instances éducatives aux possibilités offertes
par les projets d’école ou d’établissement pour y inclure les thèmes
de l’alimentation ;
- un projet d’éducation alimentaire cohérent nécessite une
collaboration active entre les différents personnels impliqués dans le
domaine de l’alimentation (enseignants, professionnels de la santé,
cuisiniers, gestionnaires, agents chargés de l’entretien des locaux,
etc.). Des formations interdisciplinaires à l’intérieur de l’école ou de
l’établissement contribueront à y impulser une dynamique de travail
d’équipe ;
- la section de l’agriculture estime qu’il conviendrait de développer
l’évaluation a posteriori des actions entreprises en terme d’impact sur
le comportement alimentaire de la population ;
- il faudrait disposer de références scientifiques reconnues
officiellement pour mener à bien les actions d’éducation alimentaire.
A cet égard, il faudrait développer les actions de recherche
scientifique dans le domaine de l’alimentation ;
- des campagnes de sensibilisation dans les médias pourraient être
lancées chaque année au moment de la semaine du goût, le plaisir de
manger n’étant pas en contradiction avec une alimentation saine ;
- il convient de favoriser l’apprentissage du « mangeur » à la lecture
critique des informations diverses et variées mises à sa disposition ;
- une éducation à l’alimentation est un outil important d’insertion
sociale, des conseils nutritionnels et de gestion du budget alimentaire
devraient être donnés aux populations défavorisées.
Plus généralement, s’impose une veille permanente et pluridisciplinaire sur
l’univers de l’offre alimentaire et la dynamique des comportements. Ainsi s’en
trouveront éclairés, chacun pour ce qui les concerne, les individus et la
collectivité.
128
129
ANNEXES
130
131
Annexe 1 : Résultat du vote de l’étude en section
Ont voté pour : 20
Agriculture MM. Cazaubon
Ferré
Giroud
Rousseau
Thevenot
Vanier
Rattaché administrativement
au groupe de l’agriculture
M. Le Fur
CFDT MM. Denizard
Heyman
CFE-CGC Mme Viguier
CGT Mme Hacquemand
CGT-FO M. Houp
Entreprises privées MM. Chesnaud
Gauthier
Scherrer
Personnalités qualifiées M. Pasty
UNAF M. Guimet
Membres de section Mme Ologoudou
MM. Daguin
Menuel
132
133
Annexe 2 : Liste des personnalités rencontrées
- M. Jérôme Bédier, délégué général de la Fédération du commerce et
de la distribution ;
- M. Yves Boutonnat, directeur général du CIDIL ;
- M. le Docteur Jean-Michel Borys, coordinateur de l’étude Fleurbaix
Laventie Ville Santé ;
- M. Jean-Marie Chouleur, responsable de l’ADIEC-FEN Nîmes,
membre du Conseil national de l’alimentation ;
- M. Jean-Pierre Coffe, journaliste à Radio France, auteur de nombreux
ouvrages sur l’alimentation ;
- Mme Marie-Claude Combourieu, responsable du département action
sociale et culture à l’Association des maires de France et M. Gérard
Masson, directeur adjoint ;
- M. Bertrand du Cray, responsable des relations extérieures et de
l’enseignement au Centre d’études et de documentation du sucre
(CEDUS) ;
- M. Laurent Damien, directeur général de l’APRIFEL et M. Xavier
Herry, responsable de la promotion et de la distribution ;
- M. Stéphane Dufort, responsable « Allo – consommateurs »
Carrefour ;
- Mme Maïté Errecart, directrice générale de l’Institut national de la
consommation (INC) ;
- M. Bruno Gouzy, responsable du secteur collectivités territoriales
chez Sodexho ;
- M. Jean-Jacques Hazan, administrateur national de la FCPE,
association de parents d’élèves ;
- M Christophe Hébert, président de l’Association des directeurs de
restaurants municipaux ;
- Mme Armelle de Kerros, directrice de la communication à
l’Association nationale des industries alimentaires ;
- M. Jean-Louis Lambert, sociologue à l’école nationale d’ingénieurs
des techniques des industries agroalimentaires de Nantes
(ENITIAA) ;
- Mme Françoise Lapeyre, chef du bureau de la Loyauté à la direction
générale de la concurrence, de la consommation et de la répression
des fraudes (DGCCRF) et M. Patrick Dauchet, adjoint au chef du
bureau de la Loyauté ;
134
- M. Jean-Paul Laplace, adjoint au directeur scientifique chargé de la
nutrition humaine et de la sécurité alimentaire à l’INRA, président de
l’Institut français pour la nutrition ;
- M. Nicolas Larmagnac, directeur du département politique à UFC
Que Choisir ;
- Mme le Docteur Claudie Mariojouls, service de nutrition à l’Institut
Pasteur de Lille ;
- M. Ambroise Martin, directeur à l’Agence française de sécurité
sanitaire des aliments (AFSSA) ;
- M. Louis Orenga, directeur général du Centre d’information des
viandes (CIV) ;
- Mme France Picard, chargée des questions d’éducation et de
formation à l’UNAF ;
- Mme Marie-Christine Puissant, cadre supérieure diététique à la
direction générale de l’Assistance publique de Paris ;
- M. Claude Risac, directeur général du Centre d’études et de
documentation du sucre (CEDUS) ;
- Mme Simone Sitbon, responsable environnement, alimentation à
l’Union nationale des associations familiales (UNAF) ;
- Mme Monise Théobald, service de la documentation de la direction
générale de l’alimentation du ministère de l’agriculture, de
l’alimentation, de la pêche et des affaires rurales.
135
Annexe 3 : Tableau récapitulatif des émissions gastronomiques françaises
Média Nbre Fréquences Titres
TV
15
Quotidienne
Hebdomadaire
Mensuelle
Bon appétit bien sûr ! (FR3) ;
Fiche cuisine – Manger Show (Cuisine TV) ;
Cuisinez comme un grand chef,
Planète gourmande (Gourmet TV)
Carte postale gourmande (FR5), Teva Cuisine
(TEVA) ;
Cuisinez avec Jean Soulard – Cuisine mode
d’emploi – Tout nouveau tout bon – Le bonheur
est dans le plat (Cuisine TV) ;
La cuisine de Babeth (Gourmet TV) ;
Au bon plaisir (Escales).
Les dossiers de la bouffe – Les tables de Sophie
(Cuisine TV).
Radio
10
Quotidienne
3 fois/semaine
Hebdomadaire
Deux couverts (BFM) ; l’eau à la bouche
(France Bleue).
Saveurs de saisons (France Info).
Jean-Luc Petitrenaud (Europe 1) ; De bouche à
oreille (France Culture) ; Le marché des 4
saisons – Les saveurs du terroir (France Info) ;
Ça se bouffe pas, ça se mange (France Inter) ;
Le goût du monde (RFI) ; Question de goût
(RTL).
Source : Sopexa d’après TV Thème et Radio Thème, printemps 2002, Editions TV Thème.
136
137
Annexe 4 : Liste des sigles
- AFSSA Agence française de sécurité sanitaire des aliments ;
- ANC Apports nutritionnels conseillés ;
- ANIA Association nationale des industries alimentaires ;
- AOC Appellation d’origine contrôlée ;
- AOP Appellation d’origine protégée ;
- APRIFEL Agence pour la recherche et l’information en fruits et légumes
frais ;
- BAFA Brevet d’aptitude à la formation d’animateur ;
- BAFD Brevet d’aptitude à la fonction de directeur ;
- BVP Bureau de vérification de la publicité ;
- CCAS Centres communaux d’action sociale ;
- CEDUS Centre d’études et de documentation du sucre ;
- CIDIL Centre interprofessionnel d’information et de documentation
laitières ;
- CIV Centre d’information des viandes ;
- CNA Conseil national de l’alimentation ;
- CNDP Centre national de documentation pédagogique ;
- CREDOC Centre de recherche pour l’étude et l’observation des
conditions de vie ;
- DGAL Direction générale de l’alimentation ;
- DGCCRF Direction générale de la concurrence, de la consommation et
de la répression des fraudes ;
- DLC Date limite de consommation ;
- DLUO Date limite d’utilisation optimale ;
- ESB Encéphalopathie spongiforme bovine ;
- FAO Organisation des Nations-Unies pour l’agriculture et
l’alimentation ;
- FCD Fédération des entreprises du commerce et de la distribution ;
- HACCP Hazard analysis critical control point ;
- HCSP Haut comité de la santé publique ;
- IFN Institut français de la nutrition ;
- IGP Indication géographique protégée ;
- INC Institut national de la consommation ;
- INCA (enquête) Individuelle et nationale de consommation alimentaire ;
138
- INRA Institut national de la recherche agronomique ;
- INSEE Institut national de la statistique et des études économiques ;
- INSERM Institut national de la recherche et de la santé médicale ;
- INTERFEL Interprofession de la filière des fruits et légumes frais ;
- OGM Organisme génétiquement modifié ;
- OMS Organisation mondiale de la santé ;
- ONILAIT Office national interprofessionnel du lait et des produits du
lait ;
- PNNS Plan national nutrition santé ;
- SCEES Service central des enquêtes et études statistiques du ministère
de l’agriculture ;
- SDF Sans domicile fixe ;
- SUVIMAX
(enquête)
supplémentation en vitamines et minéraux anti-oxydants.
CONSEIL ECONOMIQUE ET SOCIAL
Le plaisir de manger, l’apprentissage des saveurs,
l’éducation au goût, le bien-être et la santé grâce à une
alimentation équilibrée, tels sont les enjeux majeurs
d’une éducation à l’alimentation dont la dimension
sociale et culturelle doit être soulignée.
La filière agricole dans son ensemble et la restauration
hors foyer doivent, à côté de la famille et de l’école,
contribuer à cette éducation et à une meilleure
information du consommateur.















