C’est un jeune retraité. Et, à l’instar de tous les jeunes retraités, il fourmille d’idées. “J’entre en résistance ! Je ne pars pas à la retraite, mais en retraite de résistance”. Marc Veyrat, triplement étoilé au Michelin, auréolé d’un étincelant 20 / 20 au Gault-Millau, a récemment rendu les ors. Sans perdre de son panache. Tout simplement parce que le corps, parfois, ne suit plus. Sa résistance à lui, sa lutte finale, c’est la nourriture. La malbouffe et les maux qu’elle fait naître. “Faire un plat en un quart d’heure avec ses enfants, c’est tout à fait possible ! C’est une oeuvre de bienfaisance pour la terre, un acte de civisme et d’éducation. C’est quelque chose qu’on va partager” . Avec l’entrain qui le caractérise, il a transformé l’accident de ski qui l’a tant fait souffrir
en révélation. “Pour moi, ce qui m’arrive est une résurrection. Je croyais que j’étais mort, après cet accident. Et en réalité, je pars prêcher la bonne nouvelle”. Et son prêche à lui, c’est la cuisine populaire. “Parce que lorsqu’une cuisine populaire meurt auprès d’une nation, c’est tout une nation qui s’effondre”. Et n’allez surtout pas lui dire qu’aujourd’hui, on manque de temps pour cuisiner. “Je n’y crois pas, au manque de temps”. “Le bio c’est un art
de vivre jouissif”
Mais revenons-en aux fondamentaux. C’est-à-dire, aux raisons qui ont poussé Marc Veyrat à venir à Valmy : le beau, le bon, le bio. Défendre les produits de qualité, pour l’homme (et la femme) comme pour la terre. “Le bio doit être un choc culturel. Mais c’est un art de vivre jouissif. C’est du plaisir. Les AOC, c’est très bien, mais dans leur cahier des charges, il y a des fois où on marche sur la tête. On autorise une certaine forme de laxisme caché… Non, il faut que le nouveau critère de surqualité de demain soit le bioterroir. Il faut utiliser les régions, rendre hommage aux hommes qui les travaillent…” “On n’a pas le droit de
politiser l’alimentaire”
Et éviter les kilométrages exorbitants et les émissions de gaz à effet de serre, sous-entend le Savoyard. Mais attention : s’il se considère comme un scientifique de la ferme, il avoue volontiers qu’en mettant du bio à toutes les sauces, ses défenseurs d’aujourd’hui, lui y compris, n’ont tout de même pas inventé l’eau chaude : le bio, c’est ce qui existait avant tout le reste : les pesticides, les traitements… “C’est vrai, dans les années 60, les précurseurs du bio, c’étaient les produits naturels. Une forme de respectabilité du produit. Et la religion intervenait beaucoup. On respectait la valeur des gens, on respectait le monde paysan… Et ceux qui l’avaient quitté nous ramenaient la parole du Monde, en revenant. Et tout cela, c’était autour de l’alimentaire, dans les repas de famille. Il y avait une respectabilité, une certaine solennité” . La nourriture, c’était sacré. Et cela devrait le rester. En revanche, cela ne devrait surtout pas se politiser… “Il y a une prise de conscience généralisée, mais il y a beaucoup de travail à faire. Les gens sont tout à fait ouverts, mais ils veulent une véritable information. Ils veulent qu’on leur dise les choses. On n’a pas le droit de politiser l’environnement ou l’alimentaire. Et je rends hommage à Argelès. On m’a dit qu’il y avait 220 agriculteurs bio dans ce département ; c’est extraordinaire ! Pas étonnant que ce pays soit le fer de lance d’un nouveau mode de consommation !”.
B. G.
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