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Genève sera la capitale européenne de la cuisine

Concours | Première en Suisse: Palexpo accueillera en juin une vingtaine de chefs pour le Bocuse d’or. Ce concours, qui est un tremplin commercial pour les chefs, n’échappe pas à la critique.

Genève décroche une compétition de prestige: Palexpo accueillera ce printemps le Bocuse d’or Europe 2010. Le 7 et 8 juin, une vingtaine de grands chefs s’affronteront pour décrocher le titre européen. Le tout sous la direction du cuisinier triple étoilé Philippe Rochat et du «Cuisinier du XXe siècle» Frédy Girardet.

«A l’image d’un pilote de F1 et de son écurie, les cuisiniers et leurs escortes en découdront devant les fourneaux», sourit Julien Neirynck, responsable commercial de la manifestation qui a lieu pour la première fois en Suisse. Mais le nom des participants ne sera connu qu’à la fin du mois prochain.

«Remporter un prix à cette manifestation, créée en 1987 par le chef lyonnais Paul Bocuse, est la garantie de pouvoir exploiter un restaurant étoilé Michelin», assure Julien Neirynck, lui-même cuisinier de formation. Quoi qu’il en soit, les 12 premiers marmitons pourront ensuite se qualifier pour la Coupe du monde qui aura lieu en 2011 à Lyon.

«Ce type de concours attire des chefs tout en suscitant des jalousies chez d’autres qui trouvent la démarche trop élitiste», reconnaît Julien Neirynck. Quoi qu’il en soit, ces olympiades du goût sont considérées comme un tremplin commercial remarquable.

Où sont les Genevois?

Star du Domaine de Châteauvieux, Philippe Chevrier estime qu’en décrochant le Bocuse d’or, la Suisse prouve qu’elle devient l’autre pays de la gastronomie: «Ces manifestations se tenaient habituellement à Lyon. Elles permettent de stimuler les vocations et la créativité chez les jeunes. Je n’ai jamais eu l’occasion d’y participer faute de temps, mais ces rendez-vous sont essentiels.»

Même du côté des cuisiniers, qui ont délibérément tourné le dos aux macarons Michelin et aux services en argent, on salue les vertus du Bocuse d’or: «Je ne suis pas branché concours à la base, mais cette manifestation est la plus prestigieuse, souligne Gérard Bouilloux, chef du Vieux Collège à Carouge. C’est très important que Genève ait été choisie, car la ville et la région lémanique accueillent de nombreuses très grandes tables.»

A ce jour, aucun Suisse n’a remporté le premier prix de la compétition dominée par la France. En 1987, le 1er lauréat est Jacky Freon, un candidat tricolore qui empochera un chèque de 10 000 dollars. Il faudra attendre vingt ans pour voir un professionnel helvétique grimper sur le podium: sous-chef à l’Hôtel de Ville de Crissier, Franck Giovannini peut en effet se vanter d’avoir remporté en 2007 le Bocuse de bronze.

Un cuisinier genevois relèvera-t-il le défi? Pour l’heure, motus et bouche cousue du côté de l’organisation. «J’espère que cela contribuera à sensibiliser les gens à la gastronomie», esquive simplement Julien Neirynck.

 


 

«Obnubilés par la hiérarchie»

Le concours n’est pas l’avenir de la gastronomie aux yeux de François Simon. Réputé pour sa plume assassine, ce critique gastronomique au Figaro voit dans le Bocuse d’or un spectacle tape à l’œil parmi tant d’autres. «Une sorte de frénésie permanente, une discussion entre premiers de classes.»

Qu’est-ce qui vous gêne dans les concours?

Ils ne me gênent pas en tant quel tels. Nombre de chefs ont souvent des vies de chiens. Ils bossent des heures dans la vapeur des cuisines, la chaleur, les odeurs de graisse et de poissons. Ces rendez-vous permettent de les sortir un peu, de les faire exister.

Alors où est le problème selon vous?

Dans cette surenchère permanente, le concours statufie la cuisine, la rendant savante et orgueilleuse, plutôt que de la rendre digeste, simple, chaleureuse.

Avec ce genre de manifestation, on assiste à de la cuisine de chefs pour les chefs. Il faut dire que cette profession est obnubilée par la notion de hiérarchie, un système qui les poursuit sans cesse.

Pour vous, la gastronomie ne sort donc pas gagnante des concours?

Effectivement. Cela dit, ces concours, qui sont censés stimuler les chefs, valorisent ces êtres hypersensibles. On se retrouve avec des rencontres où les professionnels s’affrontent sur leurs techniques, et dans ce sens-là c’est louable. Mais quand on les voit concocter des plats en forme de ballon de foot ou d’autres formes très kitsch, on se demande où est le bon goût. Ces concours sont trop souvent la manifestation de l’ego insatiable des chefs.

FEDELE MENDICINO

http://www.tdg.ch/geneve/actu/geneve-capitale-europeenne-cuisine-2009-08-03

Tokyo, capitale culinaire du monde?

Paris vaut encore la peine si vous avez plein d’argent et que vous recherchez le nec plus ultra. Mais c’est plutôt à Tokyo que les choses se passent en matière de gastronomie, du moins si l’on en croit les Français qui suivent ces tendances.

Lorsque le vénérable Guide Michelin a publié la première édition de son guide consacré à la ville de Tokyo, il était si élogieux qu’on aurait dit un communiqué de presse pour l’Association des restaurants du Japon. Sa conclusion: Tokyo est la capitale culinaire du monde.

Mais l’est-elle réellement?

Voici ce qu’on a dit chez Michelin: «Tokyo est une étoile brillante dans le monde de la cuisine», a déclaré le directeur des guides Michelin, Jean-Luc Naret, peu après la parution de l’édition sur Tokyo, en novembre dernier.
«Nous avons trouvé que les restaurants de la ville étaient excellents, qu’ils utilisaient les meilleurs produits, des talents culinaires et une tradition transmise de génération en génération que perfectionnent encore les chefs d’aujourd’hui.»

Le Guide Michelin de Tokyo a accordé pas moins de 191 étoiles à 150 restaurants de la capitale nippone, un nombre record d’étoiles jamais accordées à une ville. Auparavant, c’était Paris, avec 65 étoiles, qui en détenait le plus grand nombre. Huit restaurants à Tokyo – trois français, deux bars à sushi et trois restaurants japonais traditionnels – ont reçu la plus haute distinction des 3 étoiles.

Paris peut toujours se targuer d’avoir le plus grand nombre de restaurants avec trois étoiles, soit 10. New York n’en a que trois.

Une annonce en or pour Tokyo
L’annonce est une réelle aubaine pour le Japon, qui essaie depuis des années de redonner du lustre à une industrie touristique qui souffre des prix notoirement élevés du pays et d’une féroce concurrence d’attractions touristiques tout près de chez elle, notamment les légendaires quartiers commerçants de Hong Kong, les plages de Thaïlande et la ville de Shanghai, en train de s’imposer rapidement comme l’un des paysages urbains les plus intéressants d’Asie.

Les Japonais ont également vu dans les critiques élogieuses de Michelin, qui ont fait la manchette des journaux et ont été reprises dans tous les journaux télévisés, une confirmation de la valeur de quelque chose qu’ils considèrent comme une source de fierté nationale – leur maîtrise du sushi, du poisson cru et de tous les autres éléments subtils de la cuisine indigène du Japon.

Le Guide s’est vendu à 120 000 exemplaires en trois jours à peine.

C’était un honneur durement gagné pour Tokyo.

Le classement a été établi par une équipe de trois inspecteurs européens et deux inspecteurs japonais, qui ont passé une année et demie à visiter incognito 1 500 des quelque 160 000 restaurants recensés à Tokyo, selon Michelin. Le Guide note les restaurants selon l’excellence de la cuisine, du service, du cadre et de la tenue de l’établissement.

Scepticisme
Mais le battage médiatique autour du Guide Michelin a été accueilli avec beaucoup de scepticisme, surtout de la part des autres critiques.

Un choix particulièrement controversé a été celui d’un bar à sushi qui – bien qu’il figure sur à peu près toutes les listes pour sa qualité – est situé dans un sous-sol, est exigu même selon les normes tokyoïtes et partage ses toilettes avec d’autres locataires de l’immeuble. L’ambiance, semble-t-il, est une chose bien subjective.

Certains concurrents de Michelin disent que c’est toute la démarche de Michelin qui pose de sérieux problèmes. Pourquoi, par exemple, trouve-t-on autant de restaurants français parmi les trois-étoiles de Tokyo? Pourquoi n’y a-t-il aucun chinois, aucun italien, aucun palais de tofu?

«Il y a de nombreuses villes formidables dans le monde, a dit Tim Zagat, le fondateur des guides Zagat, à l’agence Associated Press. Tokyo est un excellent endroit pour manger. Mais Paris aussi est un excellent endroit pour manger. Rome l’est aussi.»

La question, dit-il, est de savoir si Tokyo est mieux. «Je ne pense pas qu’il soit utile de faire ce genre d’affirmation, estime Tim Zagat. Tokyo a les meilleurs sushis au monde. Mais, on ne trouve pas autant de diversité que dans les autres villes, et ce, de loin.»

Une cuisine délicieuse
Il ne fait aucun doute que le milieu de la restauration de Tokyo – le pays du «Chef de fer» – est exceptionnellement bien développé.

Selon Tim Zagat, il y a de nombreuses raisons à cela, le fait que les Japonais aiment bien manger, qu’ils ont de l’argent à y consacrer et que leur cuisine indigène est hautement raffinée et accorde une grande importance à la tradition, à la fraîcheur et à l’harmonie naturelle des ingrédients, n’étant pas les moindres.

Mais il y a une autre raison, cependant, à savoir qu’il n’est souvent pas question de recevoir chez soi, surtout pour les dîners d’affaires. Les logements sont toujours relativement exigus et souvent situés loin du centre-ville. C’est ce qui a favorisé le développement des restaurants qui vont des bistros de quartier à des secteurs entiers de la ville qui sont entièrement consacrés au divertissement après les heures de travail.

Yasuo Terui, rédacteur en chef du guide Tokyo Ii Mise, Umai Mise (Bon restaurant, délicieux restaurant à Tokyo), édité depuis 1967, également très critique du Guide Michelin, estime que Michelin n’a fait qu’effleurer la surface des richesses culinaires de Tokyo.

«Je ne crois pas que le Michelin connaisse quoi que ce soit du Japon», dit-il.

Il est toutefois d’accord pour reconnaître que Tokyo est le meilleur endroit au monde pour manger.

«Je crois que nous pouvons l’appeler la capitale culinaire du monde, dit-il. Quelle que soit la cuisine que vous essayez, il est difficile de vous tromper à Tokyo.»

Yasuo Terui attribue une partie du succès de Tokyo à l’émergence d’une génération de chefs japonais qui ont étudié la cuisine italienne, française, chinoise et autres cuisines du monde, et qui s’efforcent d’être créatifs en les mêlant à la cuisine japonaise traditionnelle.

Toutefois, ajoute-t-il, les guides ont des limites – il y a forcément de bons endroits que l’on oublie.

«On trouve de nombreux endroits dont on ne parle pas et où l’on mange bien quand on voyage en Europe, surtout dans les campagnes, remarque-t-il. Je suis sûr que c’est pareil au Japon.»

Mari Yamaguchi a contribué à la rédaction de cet article.
Associated Press – AP
Photos:  AP/Shizuo Kambayashi

 

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