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Tout est bon dans l’esturgeon et pas seulement le caviar
BORDEAUX (AFP) — Le caviar a fait la réputation de l’esturgeon, mais avec le récent essor de l’élevage de ce poisson, les producteurs aquitains tentent de valoriser au mieux sa chair ferme et sa peau très appréciée des tanneurs.
“Nous avons environ 40 tonnes de chair pour 4 tonnes de caviar”, explique Michel Berthommier, gérant de l’Esturgeonnière au Teich (Gironde), une des quatre sociétés d’élevage d’Aquitaine.
La partie noble de la chair est généralement vendue sous forme de filets à des grossistes, à la grande distribution ou même directement à des restaurateurs locaux.
“C’est une chair aujourd’hui méconnue qui se travaille très bien en cuisine”, affirme Laurent Sabeau, directeur général de Prunier Manufacture basée à Montpon (Dordogne).
Un point de vue partagé par de nombreux restaurateurs du Sud-Ouest qui font figurer l’esturgeon en bonne place sur leurs cartes afin de le remettre au goût du jour.
“L’esturgeon a une chair moelleuse qui le rend intéressant et permet de nombreux délires culinaires”, affirme Michel Portos, chef étoilé du Saint-James à Bouliac (Gironde), tout en concédant “que ce n’est pas le poisson le plus goûteux de la planète”.
Rares sont cependant les producteurs qui ont choisi de transformer eux-mêmes cette chair blanche, proche de celle de la lotte.
“Faire des recettes et de la conserve, c’est un autre métier”, affirme Michel Berthommier. Seule, la société Sturgeon, basée à Saint-Sulpice et Cameyrac (Gironde), qui produit 12 tonnes de caviar par an, a fait le choix de valoriser elle-même la chair de ce poisson sous forme de terrines déclinées en cinq parfums différents ou de tranches d’esturgeon fumées, à des prix largement plus accessibles que ceux du luxueux caviar.
“Cette production reste cependant confidentielle et ne représente que 100.000 euros sur un chiffre d’affaires de 8 millions”, affirme Alan Jones, cogérant de Sturgeon.
Chez Prunier Manufacture, la direction affirme cependant réfléchir à la création d’un laboratoire uniquement dédié à la valorisation de l’esturgeon.
Outre la chair, la peau de l’esturgeon rencontre un certain intérêt auprès des tanneurs. “C’est un cuir noble qui sert à la fabrication de ceintures, de courroies ou bien de bracelets-montre”, affirme Michel Berthommier.
Afin d’être exploitable par le secteur de la maroquinerie, cette peau doit être prélevée, à la main, au couteau, afin de ne pas être abîmée. Mais en raison du coût de cette technique, les entreprises de la filière lèvent généralement la peau de manière mécanique.
Une autre partie de l’esturgeon – la vessie natatoire, un organe rempli de gaz qui permet à l’animal de se stabiliser dans l’eau -, offre également des perspectives de développement étonnantes. Elle est utilisée depuis des siècles comme colle par les artisans du livre, de vernis pour la restauration d’oeuvres d’art ou de clarifiant pour la bière ou le vin.
“L’élevage d’esturgeon est une filière récente mais, peu à peu, nous allons arriver à développer tout un tas de choses”, estime Laurent Sabeau. Un point de vue partagé par Alan Jones qui rêve déjà de voir le cartilage de l’esturgeon utilisé, comme celui du requin, dans le traitement de l’arthrose.
http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gVCKzszWlHHe7Cl-17A3iO5ZnZBw
Des recettes vieilles de six cents ans
Propriété de la Médiathèque Valais à Sion, «Du fait de cuisine», un manuscrit médiéval unique au monde, fait l’objet d’une publication grâce à un éditeur français. Actes Sud sort de presse la traduction en français moderne de ce fantastique livre de cuisine, dicté au début du XVe siècle par Maistre Chiquart. Il était le cuisinier du premier Duc de Savoie Amédée VIII.
Ouvrage grand public
Le document est d’importance. D’ailleurs, un fac-similé est exposé depuis peu au château de Chillon. Pourtant, «Du fait de cuisine» était jusqu’ici connu des seuls érudits par sa publication dans la revue Vallesia des archives de l’Etat du Valais. Ce manque de publicité est désormais corrigé avec cet ouvrage grand public. Et si vous désirez épater la galerie familiale pour un repas de fête de fin d’année. Une recette vieille de 600 ans tirée de ce bouquin devrait faire son petit effet sur l’assemblée. Nous publions d’ailleurs une suggestion dans cette page.
«Chaque recette a été publiée en vieux français, mais aussi traduite et mise sous une forme moderne, afin que le lecteur puisse la préparer, aujourd’hui au XXIe siècle», explique Simon Roth. Et le bibliothécaire scientifique à la Médiathèque Valais de citer parmi les nombreuses recettes, celle de la chyvrolée de cerf (voir ci-dessous).
C’est en 1930 que l’Etat du Valais acheta la «Bibliothèque Supersaxo», constituée essentiellement par l’évêque Walter Supersaxo (environ 1401-1482) et son fils. C’est dans cette collection que figurent deux manuscrits médiévaux de grande valeur liés à la cuisine médiévale de France et de Savoie: le «Viandier», dans sa version la plus ancienne de la fin du XIIIe siècle, et le «Du fait de cuisine» de Maistre Chiquart.
Ces documents ont fait l’objet d’éditions critiques par les soins de Vallesia, la revue des Archives cantonales, de la Médiathèque Valais et des Musées cantonaux du Valais (Suisse). Ils ont été aussi souvent présentés ensemble, ces vingt dernières années, lors d’expositions en France ou en Italie consacrées à l’art de la table au Moyen Age.
La Médiathèque Valais-Sion a mandaté l’atelier de restauration de Florence Darbre (Nyon – Suisse) qui a réalisé le fac-similé de ces deux trésors. Ils peuvent donc désormais être exposés en toutes circonstances. Dans le cadre de sa nouvelle muséographie, le château de Chillon présente d’ailleurs depuis quelques mois un beau fac-similé du manuscrit.
13 décembre 2008 – GILLES BERREAU – http://www.lenouvelliste.ch/fr/news/valais/des-recettes-vieilles-de-six-cents-ans_9-122719
Cuisine et management
Ronan Chastellier est l’auteur de « Tendançologie » (Éditions Eyrolles). Il s’entretient avec Guy Savoy, 55 ans, un « chef perfectionniste en cuisine mais pas coupé du monde extérieur ». En 2002, le Guide rouge Michelin a attribué trois étoiles à son restaurant de la rue Troyon. En 2006, il a ouvert le Caesars Palace à Las Vegas.
Ronan CHASTELLIER. – Un grand restaurant, selon vous, c’est le « dernier lieu hypercivilisé » du monde ?
Guy SAVOY. – L’idée, c’est d’inventer une convivialité moderne, l’auberge du XXI e siècle. Le restaurant n’est pas synonyme de fauteuil capitonné et de rideau rouge. Rue Troyon, je revendique mon attachement à l’art contemporain avec mes tableaux d’Alechinsky, ma sculpture de Tony Soulié, mes bronzes dogons. C’est un lieu où l’on capte plein de choses et la cuisine ne peut se comprendre isolée de ça.
Il n’y a pas d’innovation sans tradition, dites-vous. La tendance en gastronomie, c’est la néoauthenticité ?
Il y a des rites qui font qu’on est porté par le temps. Au final, c’est réussi, quand on parvient à faire oublier le travail et les nombreux gestes répétés, synchronisés où chacun à son poste a appris à maîtriser la cuisson, à jouer des saveurs. Il faut par exemple quelques secondes de cuisson pour transformer complètement un filet de rouget, sa couleur, sa texture, son goût. C’est cet artisanat qui sert de repère, d’étalon qualité.
Et la nouvelle cuisine, c’est une synthèse dynamique, le futur ou n’importe quoi ?
C’est parfois n’importe quoi, mais pas n’importe comment. La nouvelle cuisine pour moi ce n’est pas les précieuses ridicules, les appellations ronflantes et compliquées sur les cartes. La nouvelle cuisine, c’est le saumon à l’oseille des frères Troisgros où le poisson est servi en escalope. Le choc de saveurs est créatif. Mais si dans le fait de créer, il faut de la fantaisie, de la curiosité, la rigueur est aussi nécessaire.
François Ladame, un psychanalyste, a jugé bon de se pencher sur vos « pulsions créatrices ». Il en a fait un livre : « Un psychanalyste chez Guy Savoy » (Éd. Puf). Un créateur en 2008, c’est un être complexe ?
Prenez un poulet de Bresse. Pourquoi est-il exceptionnel ? Parce qu’il prospère sur un terrain spécifique. Il y a une substance dans cette terre qui lui est favorable. De même, un créateur a besoin de diversité et de séquences différentes dans la journée. Il est une éponge et restitue ce que son environnement lui procure.
Les considérations économiques sont-elles anticréatives ?
C’est un bilan positif à la fin de l’année qui vous permet de recommencer une année. Mais ce qui doit guider, c’est la recherche de sensation, la fraîcheur poétique d’un radis coupé deux heures avant sa dégustation. Ce qui me rend optimiste, c’est le réveil du consommateur, qui réveille avec lui les producteurs. On voit aujourd’hui l’émergence de toute une génération de producteurs vissés à leur métier, à des règles intangibles et à leurs passions.
http://www.lexpress.fr/emploi-carriere/cuisine-et-management_688542.html
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