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La présence d’étrangers dans les restaurants influe sur la cuisine

Les restaurants français emploient de plus en plus de personnels venus d’horizons divers. Dans les bistrots et brasseries parisiens, chacun peut constater la forte présence du sous-continent indien – Pakistanais et Sri Lankais – et, dans les restaurants de chaînes et les tables plus modestes, celle des Africains et Maghrébins en salle et en cuisine. La mode des cuisines ouvertes, comme La Cagouille, restaurant de poissons, ou bien l’Atelier de Joël Robuchon, contribue à faire prendre conscience de la mondialisation du personnel, même chez les étoilés Michelin.

Pourquoi un appel massif à cette main-d’oeuvre étrangère ? Les professionnels de la restauration traditionnelle mettent habituellement en cause la faible motivation des jeunes Français pour le métier. Les emplois du secteur sont parmi les moins qualifiés de l’économie nationale, 40 % des personnels n’ayant aucun diplôme. On trouve donc des salaires parmi les plus bas, que la baisse de la TVA serait censée rehausser. Un travail harassant, des horaires élastiques en ont découragé plus d’un, sauf les passionnés touchés par la grâce : être Robuchon ou rien !

Un contrat d’études prospectives de la profession a mis en évidence que le secteur (500 000 emplois) permettait à “un public en difficulté d’insertion professionnelle et sociale d’accéder à un premier emploi, puis à une qualification, grâce au développement des CQP (certificats de qualification professionnelle)”. Le chef Gérard Cagna voudrait voir cette qualification étoffée par la création d’un titre d’Officier de cuisine, pour, dit-il, “donner du métier une image valorisante, qui ne soit plus celle de l’émigré de service exécutant un boulot de sous-prolétaire”.

Les mentalités sont en train de changer : beaucoup de chefs pensent que la diversité des personnels peut aussi être une richesse. Gilles Epié, au Citrus Etoile, table raffinée et moderne du 8e arrondissement, a eu longtemps auprès de lui un Kabyle qui était capable à la seule vue d’un plat (viande ou poisson) de juger son état de cuisson : “Il cuisait à l’oeil”, dit-il admiratif. Gérard Allemandou, à La Cagouille (derrière la tour Montparnasse), maintient un style de cuisine naturelle, secondé par Diac, un Sénégalais, qui assure la relève avec de jeunes cuisiniers venus de son village natal. D’autres, nés de parents naturalisés, ont la double nationalité. C’est le cas de Sylvestre Wahid, né au Pakistan, auquel Jean-André Charial a fait appel fin 2005 pour diriger, aux Baux-de-Provence, la brigade de l’Oustau de Baumanière (deux étoiles Michelin), et à son frère Jonathan, pâtissier. Sur la carte d’été 2009, un plat d’agneau parfumé au ras el hanout voisine avec un feuilleté de ris de veau, plat historique de la maison. Dans une France où les minorités revendiquent plus de visibilité, l’exemple de Rougui Dia, née en France mais d’origine peule, est unique depuis qu’elle a été nommée chef au 144, le restaurant d’Armen Pétrossian, dans le 7e arrondissement parisien. La présence aussi en France de nombreux restaurants étrangers entretient une émulation constante. Alain Pégouret, chef du prestigieux Laurent, sur les Champs-Elysées, se souvient d’un jeune Malien auquel il apprit à lever les poissons nobles, soles et turbot. “Il était aussi habile qu’un Japonais, et fut vite nommé chef de partie.”

Ainsi la cuisine française ne doit-elle pas seulement à elle-même son épanouissement formel ; sa force a toujours résidé dans l’accueil qu’elle a su faire aux boutures étrangères.

En cuisine, de nombreux chefs français

Loin de s’essouffler, la gastronomie connaît à Marrakech un regain d’émulation avec l’arrivée prochaine de deux brigades pilotées à distance : l’une par Yannick Alleno, chef du Meurice au Royal Mansour, nouvel ensemble hôtelier voulu par Mohammed VI pour accueillir les hôtes de marque du royaume ; l’autre par Jean-Pierre Vigato (de l’Apicius) à la Mamounia qui doit rouvrir après trois ans de travaux.

Au Fouquet’s, restaurant du nouvel Hôtel Naoura Barrière, ouvert fin février 2009, c’est un marocain, Rachid Maftouh, qui dirige la cuisine, alors que l’encadrement hôtelier est français. Le décor, comme la carte, ont pour modèle la célèbre brasserie des Champs-Elysées, son merlan Colbert et ses ravioles de homard, avec toutefois quelques saveurs marocaines (menu : 36 €).

Au Palais d’hôtes Dar Ambre, dans la Palmeraie, au goût éclectique et raffiné de Pascal Ballester, le chef Eric Boiron intervient sur les deux registres : cuisine locale affinée et cuisine française de haute volée à en juger par un exceptionnel blanc de saint-pierre au corail de homard, légumes, câpres et gingembre (menus : 50 € et 65 €).

La nouvelle adresse branchée du quartier Guéliz est la table du Bab Hôtel et son décor immaculé sous les bougainvilliers, où le jeune Adrien Villedieu tente le pari de satisfaire les “people” et les anonymes (compter 30 €).

Dans la médina, soirée gourmande chez le jovial chef propriétaire, Moha Fedal (Dar Moha – dégustation de couscous : 48 €), à deux pas de l’inépuisable repaire de Mustapha Blaoui (tapis, objets et tissus rares).

 

RESTAURANT TRÈS RAFFINÉ

 

L’une des meilleures adresses de la ville est l’ensemble hôtelier Es Saadi, édifié dans les années 1950 et entretenu par trois générations de la famille Bauchet-Boulhal, dans le parc de 8 hectares du quartier de l’Hivernage. A l’hôtel se sont ajoutés un palace, inauguré en 2007, dans le style Al-Andalus, avec céramiques et zelliges, et une dizaine de villas luxueuses d’inspiration orientale. Les restaurants bénéficient des conseils d’Emile Tabourdiau, un ancien du Bristol à Paris. Le jeune chef exécutif Sébastien Bontour reçoit tous les jours les légumes et les fruits bio de la ferme de M. Boulhal. Ils lui permettent de proposer à la Cour des Lions, le restaurant très raffiné du Palace (menus : 50 €), un éventail de six salades fraîches du bled et un incomparable couscous d’agneau aux sept légumes.

A l’hôtel, on se régale d’un classique bar en croûte de sel ; l’Epicurien (35 €), brasserie du Casino, reste ouvert tard dans la nuit.

 

 


Fouquet’s Marrakech. Bab Doukala, Médina. www.lucienbarriere.com.

Dar Ambre. La Palmeraie. Marrakech, Annakhil. www.darambre.com.

Restaurant Bab. 69, bd El Mansour. Eddahbi, Guéliz. Tél. : 212-0-044-43-95-85.

Dar Moha. 81, rue Dar El Bacha. www.darmoha.ma.

Es Saadi, Gardens & Resort. Rue Ibrahim El Mazini. www.essaadi.com.

 

Apprenez la cuisine avec un grand chef

Cours. Vous aimeriez savoir préparer des nems de betterave rouge crue à la coriandre fraîche et jus de persil plat ou encore une crème renversée à l’anis étoilée et fenouil caramélisé ? Fabrice Seigner, ancien chef de cuisine du grand restaurant de la tour Eiffel, vous offre la possibilité d’apprendre à réaliser un menu complet grâce à un atelier ouvert à tous, débutants comme initiés.

Samedi à 9 h 30 à la Ferme de la Canardière. Tarif : 70 €. Renseignements et inscriptions au 06.62.14.29.30 ou par mail : fabrice.seigner@orange.fr.

 

leparisien.fr

http://www.leparisien.fr/abo-oise/apprenez-la-cuisine-avec-un-grand-chef-23-04-2009-489353.php

Marc Veyrat : “Cuisiner, un acte de civisme”

C’est un jeune retraité. Et, à l’instar de tous les jeunes retraités, il fourmille d’idées. “J’entre en résistance ! Je ne pars pas à la retraite, mais en retraite de résistance”. Marc Veyrat, triplement étoilé au Michelin, auréolé d’un étincelant 20 / 20 au Gault-Millau, a récemment rendu les ors. Sans perdre de son panache. Tout simplement parce que le corps, parfois, ne suit plus. Sa résistance à lui, sa lutte finale, c’est la nourriture. La malbouffe et les maux qu’elle fait naître. “Faire un plat en un quart d’heure avec ses enfants, c’est tout à fait possible ! C’est une oeuvre de bienfaisance pour la terre, un acte de civisme et d’éducation. C’est quelque chose qu’on va partager” . Avec l’entrain qui le caractérise, il a transformé l’accident de ski qui l’a tant fait souffrir

en révélation. “Pour moi, ce qui m’arrive est une résurrection. Je croyais que j’étais mort, après cet accident. Et en réalité, je pars prêcher la bonne nouvelle”. Et son prêche à lui, c’est la cuisine populaire. “Parce que lorsqu’une cuisine populaire meurt auprès d’une nation, c’est tout une nation qui s’effondre”. Et n’allez surtout pas lui dire qu’aujourd’hui, on manque de temps pour cuisiner. “Je n’y crois pas, au manque de temps”. “Le bio c’est un art
de vivre jouissif”

Mais revenons-en aux fondamentaux. C’est-à-dire, aux raisons qui ont poussé Marc Veyrat à venir à Valmy : le beau, le bon, le bio. Défendre les produits de qualité, pour l’homme (et la femme) comme pour la terre. “Le bio doit être un choc culturel. Mais c’est un art de vivre jouissif. C’est du plaisir. Les AOC, c’est très bien, mais dans leur cahier des charges, il y a des fois où on marche sur la tête. On autorise une certaine forme de laxisme caché… Non, il faut que le nouveau critère de surqualité de demain soit le bioterroir. Il faut utiliser les régions, rendre hommage aux hommes qui les travaillent…” “On n’a pas le droit de
politiser l’alimentaire”
Et éviter les kilométrages exorbitants et les émissions de gaz à effet de serre, sous-entend le Savoyard. Mais attention : s’il se considère comme un scientifique de la ferme, il avoue volontiers qu’en mettant du bio à toutes les sauces, ses défenseurs d’aujourd’hui, lui y compris, n’ont tout de même pas inventé l’eau chaude : le bio, c’est ce qui existait avant tout le reste : les pesticides, les traitements… “C’est vrai, dans les années 60, les précurseurs du bio, c’étaient les produits naturels. Une forme de respectabilité du produit. Et la religion intervenait beaucoup. On respectait la valeur des gens, on respectait le monde paysan… Et ceux qui l’avaient quitté nous ramenaient la parole du Monde, en revenant. Et tout cela, c’était autour de l’alimentaire, dans les repas de famille. Il y avait une respectabilité, une certaine solennité” . La nourriture, c’était sacré. Et cela devrait le rester. En revanche, cela ne devrait surtout pas se politiser… “Il y a une prise de conscience généralisée, mais il y a beaucoup de travail à faire. Les gens sont tout à fait ouverts, mais ils veulent une véritable information. Ils veulent qu’on leur dise les choses. On n’a pas le droit de politiser l’environnement ou l’alimentaire. Et je rends hommage à Argelès. On m’a dit qu’il y avait 220 agriculteurs bio dans ce département ; c’est extraordinaire ! Pas étonnant que ce pays soit le fer de lance d’un nouveau mode de consommation !”.
B. G.

http://www.midilibre.com/articles/2009/04/14/20090414-PERPIGNAN-Marc-Veyrat-Cuisiner-un-acte-de-civisme.php5

 

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