C’EST un petit Resto du coeur bis, une association de bienfaiteurs qui réunit un flic, une bonne soeur, une boulangère et des retraités. Tous les samedis, depuis quinze ans, ces bénévoles se relaient pour offrir des repas chauds à une trentaine de SDF et chômeurs, dans une cantine scolaire de Yerres. Une façon de « permettre aux exclus de trouver un endroit pour se nourrir et briser la solitude », résume Jean-Loup Carié, le président de l’association la Table ouverte.
Samedi dernier, après la fermeture estivale, le restaurant a remis le couvert. Mission ? 1 500 repas à servir dans l’année. En salle, il y a Patrick, un policier haut gradé, qui a troqué son 9 mm pour un tablier. La mère abbesse, qui a quitté son couvent pour éplucher les carottes en cuisine. Ou la généreuse boulangère de Limeil-Brévannes, qui a débarqué avec ses miches de pain sous le bras.
«Ici, on ne demande pas de papiers »
Il est 12 h 30, le poulet-jardinière de légumes est fin prêt. Les portes de la cantine s’ouvrent. Voilà Kiki, un tantinet édenté, Norbert, 70 ans, en costume, venu de Paris en RER, Benoît de Melun, qui a entendu parler de la Table ouverte par « un collègue de la rue », un couple qui vit à Yerres « sous un pont avec les rats », un anonyme vêtu d’une combinaison estampillée Ville de Paris, un ancien repris de justice, une jeune femme triste qui ne parle pas…
« Alors, Dédé, Ils t’ont appelé pour le jardinage ? » « Et toi, tu as eu le paquet du Secours populaire ? » Colette, retraitée lumineuse, pomponnée dans son pull vert en crochet, a un petit mot pour chacun. Comptable à la retraite, la « chouchoute » des SDF se mobilise depuis dix ans. « Ils ont besoin de notre amitié. Ce qu’ils vivent, ça peut arriver à tout le monde. »
A ses côtés, Patrick pointe les noms des invités. « Ici, on ne demande pas de papiers », insiste Jean-Loup. La plupart savent qu’il y a un policier parmi les bénévoles. Un seul a « fait la gueule » et lâché : « C’est dommage, j’te trouvais sympa ! ». Mais Patrick reste zen : « Ici, ma fonction, on s’en fout ! Un sans-papiers ? Je zappe. Il s’appellera Robert ! »
Sur les tables en formica, un petit bouquet de fleurs fraîches dans un verre en arcopal. Les serveurs bénévoles débarquent avec les chariots et servent les plats. Le repas a été cuisiné par d’autres volontaires, à leur domicile, grâce au soutien du Cora de Boussy, de la banque alimentaire ou des épiceries sociales. A la fin du déjeuner, on offre des livres, des vêtements récupérés. Dédé et Mireille n’ont pas envie de partir. Norbert passe en cuisine draguer les cuisinières. Les adieux s’éternisent. « Ici, c’est mon bol d’amitié pour la semaine », résume un convive.
La Table ouverte, tous les samedis midi, cantine scolaire des Godaux, rue Frédéric-Koehler, Yerres. Contact : jean-loup.carie/orange.fr. L’association recherche des bénévoles.
Le Parisien
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Ce n’est plus un menu qui est affiché sur la vitrine du très chic restaurant parisien La Grande Armée, mais des banderoles demandant la régularisation de sans-papiers. De quoi surprendre la clientèle. Car, depuis mercredi 13 février, neuf cuisiniers en situation irrégulière, travaillant dans ce restaurant du groupe Costes, situé à quelques pas de l’arc de Triomphe, ont commencé une grève illimitée en présence de syndicalistes de la CGT et de militants de l’association Droits Devant.




